Jeudi 9 juillet 2009

Scène VI

KOUGNONBAF – ÉVA – MAMADOU – MOHAMMED – JULIEN – SABINE

SABINE

Elle a réussi ! Grâce au pouvoir que je lui ai donné, cette petite Parisienne a réussi sa mission. Je viens d’entendre la balle qui a tué mon gibier. À présent le règne est à moi. Il ne peut pas m’échapper. J’ai payé plein tarif à la Toute-puissance. Lynda est morte, me voici reine de Syldurie. Que tous les manants se prosternent devant Sabine première, la Grande.

KOUGNONBAF

Pardon. Ce n’était pas dans le contrat. Je t’ai payé assez cher pour la réussite de mon plan. Le roi se Syldurie, c’est moi : Ottokar premier, le Grand.

SABINE

Misérable ver de terre, punaise, mollusque, protozoaire ! Tu croyais vraiment pouvoir te servir de la grande Sabine Mac Affrin, celle qui possède la toute-puissance des lieux obscurs ? Tremble misérable mortel, devant celle qui détient le salut ou la perdition de ton âme entre ses mains.

KOUGNONBAF

Mais enfin, Sabine ? Qu’est-ce que c’est que ce délire ?

SABINE

Que les cent mille démons t’entraînent dans les abysses de l’enfer.

(Elle fait le geste d’étrangler quelqu’un.)

KOUGNONBAF

Je ne peux plus respirer. Pitié, Sabine !

SABINE

Pas de pitié pour les vaincus.

(Elle étrangle à nouveau, Kougnonbaf s’écroule. Entrent Lynda et Elvire. Cette fois, c’est Lynda qui tient Elvire en respect. Sabine a un mouvement de recul, Kougnonbaf est brusquement soulagé.)

Scène VII

KOUGNONBAF – ÉVA – MAMADOU – MOHAMMED – JULIEN – SABINE – LYNDA – ELVIRE

JULIEN

Lynda !

LYNDA

Je t’avais bien dit de ne pas t’en faire, mon gros lapin.

SABINE

Par la queue fourchue de Belzébuth ! Elle est vivante.

ELVIRE

Elle m’a encore eue.

KOUGNONBAF

Quelle gourde ! Mais quelle gourde ! Elle raterait un cachalot à bout portant.

JULIEN

Et dire que je n’ai pas levé le petit doigt pour te sauver ! Comment as-tu échappé à cette furie ?

LYNDA

Raconte lui, ma douce Elvire. Ce récit nous amusera tous.

ELVIRE

Va-t’en au diable !

LYNDA

Je ne sais pas qui t’a appris à tirer, ma charmante Elvire, mais c’était un piètre professeur. Donc, Elvire m’a conduite, sous la menace de cette arme, dans la galerie des rois. Elle a visé mon front, elle a tiré. Cette godiche n’avait jamais entendu parler du recul. Sa main a dévié et la balle m’a dépeigné le sommet du crâne. En revanche, elle n’a pas raté Stanislas XII : dans le mille entre les deux yeux. Profitant de sa surprise, je te l’ai anesthésiée d’un solide uppercut. Elle est restée un bon moment étalée. Quand elle est sortie du cirage, elle se trouvait du mauvais côté du canon.

ELVIRE

Faites quelque chose, Maîtresse. Elle va me tuer.

LYNDA

Je ne suis pas une criminelle.

SABINE

Je te maudis par tous les dieux de Canaan. Que Moloch brûle ton premier-né dans ses entrailles !

(Elle fait à nouveau le geste d’étrangler, sans résultat.)

Que Baal-Peor te dévore toute vive !

(même jeu)

LYNDA

Tu auras peut-être plus de chance avec les dieux babyloniens.

SABINE

Par Dagon, dieu des philistins ! La Toute-puissance m’abandonne. Elle me livre à la merci de celle que j’exècre. Je suis trahie ! Trahie.

LYNDA

Elvire et Ottokar, placez-vous tous les deux face contre ce mur.

SABINE

Je ne me sens pas bien du tout. Un poids terrible me presse. C’est la puissance de lumière. Je ne puis la supporter. Il faut que je sorte d’ici.

LYNDA

Éva, place-toi vite devant la petite porte. Moi, je m’occupe de la grande.

SABINE

Je me sens de plus en plus mal. Je dois partir. Ôtez-vous de là, Lynda, que je m’en aille.

LYNDA

Pourquoi vouloir nous quitter, Sabine Mac Affrin ? Nous avons tant de choses intéressantes à nous dire.

SABINE

Je souffre. C’est le feu de l’enfer que j’ai invoqué. Une dernière fois, Lynda, ôtez-vous de mon chemin.

LYNDA

Non.

SABINE

Ça me brûle. Lynda, je vous en conjure, laissez-moi sortir.

LYNDA

Vous ne sortirez pas.

SABINE

Éva, je vous en supplie, laissez-moi sortir, je serai votre esclave. Ayez pitié de moi.

ÉVA

Allons-nous prolonger longtemps ce jeu cruel ?

LYNDA

Jusqu’à ce qu’elle ait demandé pardon au Crucifié.


SABINE

Çà ! Jamais ! Jamais ! Jamais !

(Elle se précipite à travers la verrière en poussant un grand cri.)

Scène VIII

KOUGNONBAF – ÉVA – MAMADOU – MOHAMMED – JULIEN – LYNDA – ELVIRE

(Tous se précipitent vers la verrière.)

JULIEN

Elle a fait une chute de deux mètres.

MOHAMMED

Elle est blessée. Elle se relève.

MAMADOU

Elle s’enfuit en claudiquant.

ÉVA

Cette fois nous ne la reverrons plus.

ELVIRE

Je ne sais pas ce qui se passe. Je me sens bien. Vraiment bien. C’est comme si mon cœur avait été serré dans un étau de haine. Une force miraculeuse vient de le briser. Je me sens libre. Lynda, je t’ai si souvent menti que tu n’es pas obligée de me croire, mais maintenant j’ai une folle envie de t’aimer. Je te demande pardon.


LYNDA

Moi aussi, j’ai envie de t’aimer. Tu as été manipulée par cette femme, et la voilà vaincue avec ses maléfices. Il est temps pour toi de laisser l’amour du Sauveur envahir ta vie.

ELVIRE

Je veux le recevoir.

(Lynda embrasse Elvire, puis elle enlève le chargeur du revolver et le lui rend.)

LYNDA

Ainsi, tu ne risques plus de blesser quelqu’un.

ELVIRE

Merci. Rendons à César ce qui revient à César, et cet objet à son propriétaire.

(Elle rend l’arme à Kougnonbaf.)

KOUGNONBAF

Je… Je suis un misérable et un lâche. Traite-moi comme je le mérite. J’ai chargé Elvire de te tuer parce que je n’avais même pas le courage de le faire moi-même. J’ai toujours été orgueilleux et ambitieux. J’ai convoité le pouvoir. J’ai haï le Roi ton père, et je t’ai haï. Je me suis laissé aveugler. J’ai acheté les services de cette sorcière.


LYNDA

Elle t’a trahi. Elle se serait elle-même emparée de la couronne et elle t’aurait ensuite éliminée.

KOUGNONBAF

Comme j’ai honte ! J’ai honte ! Je n’ose pas te demander pardon. Je ne le mérite pas.

LYNDA

Tu as raison, le pardon ne se mérite pas. Un homme avait une dette de dix mille talents. Dix mille talents, ce ne sont pas dix mille dollars : Ce sont dix mille tonneaux remplis de pièces d’or. Sachant qu’il lui était impossible de rembourser une telle somme, le créancier lui a remis sa dette. Je suis ce débiteur. N’aurais-je aucune compassion pour celui qui me devrait trois mois de son salaire. Tu te souviens certainement de mon passé et du mal que j’ai fait à mon père. S’il m’a été beaucoup pardonné, je me dois de pardonner à mon tour. À toi maintenant de saisir cette occasion de recommencer ta vie comme j’ai recommencé la mienne.

KOUGNONBAF

Je remettrai ma vie en question.

ÉVA

Et Sabine ? crois-tu qu’elle trouvera un jour la grâce et le pardon.

LYNDA

Rien n’est impossible à Dieu. Mais avec elle, il aura du travail !

MAMADOU

Voilà une aventure qui se conclut dans la joie ? Chère Lynda, je voulais te faire un petit cadeau, mais je n’ai pas la patience d’attendre le jour de ton mariage.

(Il lui donne un paquet.)

LYNDA

Qu’est-ce que c’est ?

MAMADOU

Ouvre-le !

LYNDA

Une montre !

MAMADOU

Elle vient de ma boutique.

LYNDA

Mamadou, tu es un amour.

MAMADOU

As-tu regardé la marque ? C’est une Cartier. Une vraie. Pas QU comme un quartier d’orange. C comme… comme Cartier.

LYNDA

Tu as fait des progrès en orthographe.

MAMADOU

C’est de la tocante. C’est pas du toc.

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Lundi 6 juillet 2009

Scène IV

KOUGNONBAF – ELVIRE – LYNDA – ÉVA – MAMADOU – MOHAMMED

MOHAMMED

La marche dans la nature m’a creusé l’appétit. Je mangerai volontiers un petit morceau.

ÉVA

Après avoir respiré l’air pur de Syldurie, une collation s’impose.

LYNDA

Par exemple ! Elvire ! Que fais-tu ici ?

ELVIRE

Surprise de me voir, ma chérie ?

LYNDA

Je ne me souviens pas de t’avoir invitée.

ELVIRE

C’est grand tort. Tu ouvres grande les portes de ton palais à ces deux rastaquouères, tandis que tu me laisses pour compte, moi, ta meilleure amie. Comme tu me déçois, Lynda, comme je suis vexée !

LYNDA

Ma meilleure amie ? Toi ?

ELVIRE

N’avons-nous pas vécu de bons moments ensemble ?

LYNDA

Assurément, le jour où les faux jetons navigueront, tu seras amiral.

ELVIRE

Tu es injuste !

LYNDA

Pour commencer, tu vas m’expliquer les raisons de ta présence ici. J’ai le pressentiment que tu ne m’apportes rien de réjouissant.

ELVIRE

Tu ne croyais pas si bien dire, pauvre cloche. Je suis venu te tuer.

LYNDA

Me tuer ? Quelle est donc cette nouvelle invention ? Tu ne m’avais pas encore fait ce coup-là.

ELVIRE (pointant son arme contre elle)

Tu vas mourir, ravissante idiote.

LYNDA

Il y a longtemps qu’on ne m’avait pas traitée de ravissante idiote.

MAMADOU

Elvire, je vous en prie, lâchez cette arme.

ELVIRE

Toi le négro, tu la fermes !

MOHAMMED

Si jamais vous faites du mal à Lynda…

ELVIRE

Tu restes à ta place, ou je te taraude le nombril.

LYNDA

Merci de votre aide, les garçons, mais c’est une affaire entre elle et moi.

ELVIRE

Et cette affaire sera vite conclue, chienne, à moi la vengeance et le plaisir de voir ton sang jaillir de ton corps.

LYNDA

Qui a pu mettre en ton cœur une telle félonie ?

ELVIRE

Ah ! Non ! Ne me regarde pas de cette façon-là.

LYNDA

Pourquoi donc, ma grande ? Tu espérais lire la terreur et la supplication dans mon regard, et tu y trouves encore ce feu qui t’a déjà tant de fois consumée.

ELVIRE

Ne commence pas ! Tu n’es pas en mesure de me braver. L’arme qui va t’abattre est dans ma main.

LYNDA

Misérable traîtresse, et maintenant meurtrière, tu vas découvrir comment meurt une reine, et surtout comment meurt une chrétienne. Prends-en de la graine pour le jour où ton tour viendra.

KOUGNONBAF

Est-ce que ce n’est pas bientôt fini ? finissez-en, Elvire. Vous ne comprenez donc pas qu’elle est en train de vous distraire pour vous désarmer.

LYNDA

Accorde-moi la grâce de ne pas mourir idiote, et raconte-moi ce que cette larve de Kougnonbaf vient faire dans ta combine ?

ELVIRE

Tu auras ton explication, ce sera ta cigarette du condamné à mort : Ottokar de Kougnonbaf est prêt à tout pour devenir roi à la place de la reine, et il me paie grassement pour t’éliminer. J’ai échoué une première fois quand tu nous as fait ton numéro du Lévitique, mais cette fois-ci, tu es fichue, ma jolie, je te tiens au bout de mon revolver.

ÉVA

Elvire Saccuti, vous n’êtes vraiment qu’une scolopendre.

ELVIRE

Attends, un peu, petite bécasse, tu es sur ma liste, mais je n’ai que deux mains ; Ton tour viendra.

(Entre Julien.)

Scène V

KOUGNONBAF – ELVIRE – LYNDA – ÉVA – MAMADOU – MOHAMMED – JULIEN

JULIEN

Ma chérie, pour la marche nuptiale : Wagner ou Mendelssohn ?

LYNDA

Mendelssohn. Non, Wagner. Non, Mendelssohn. Non, Wagner. Non, Mendelssohn. Non, Wagner.

JULIEN

Wagner ? Tu en es sûre ?

LYNDA

Oui.

JULIEN

Allons-y pour Wagner !

(il sort en chantant.)

ELVIRE

Celui-là, il plane vraiment dans la strato… Eh ! Dis donc ! Rappelle ton copain.

LYNDA

Mais…

ELVIRE

Rappelle ton copain, ou je descends l’arabe.

LYNDA (à la porte)

Euh… Julien, tu peux venir une minute ?

(nouvelle entrée de Julien)

ELVIRE

Prends un siège, mon petit Julien, installe-toi confortablement. Je vais t’offrir un spectacle dont tu te souviendras toute ta vie.

JULIEN

Qu’est-ce que c’est que cette comédie ?

ELVIRE

Une comédie ? Tu appelles ça une comédie ? Sanglante comédie en vérité ! Je vais abattre ta petite chérie devant tes yeux. Voilà qui mettra un peu de sucre glace sur le gâteau de ma vengeance.

JULIEN

Elvire, mais pourquoi ?

ELVIRE

Tu n’es pas en mesure de poser des questions.

JULIEN

Harpie !

(il se précipite sur Elvire. Elle le menace de son arme.)

ELVIRE

Je ne te conseille pas de jouer les chevaliers servants. Retourne t’asseoir. On n’arrête pas les balles avec le poing.

LYNDA

Ne te fais pas de souci, mon trésor ; ce n’est pas parce qu’elle a un lance-pierre qu’elle me fait peur. J’en ai brisé de plus solides.

KOUGNONBAF

Assez perdu de temps en discussions ! Elvire, exécutez votre contrat. Et allez faire ça ailleurs. Je ne supporte pas la vue du sang.

ELVIRE

Bonne idée. Passons dans la grande salle derrière. Nous y serons plus tranquilles pour régler nos comptes.

(Elle entraîne, Lynda vers la sortie.)

JULIEN

Je t’aime, Lynda. Je t’aime.

LYNDA

Moi aussi, Julien. Ne t’inquiète pas.

ELVIRE

Allez ! Avance !

(Lynda sort avec Elvire, sous la menace de son pistolet. Quelques secondes de silence. On entend un coup de feu.)

JULIEN

Lynda !

(Silence d’environ une minute. Puis entre Sabine.)

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Vendredi 3 juillet 2009

ACTE V

Même décor.

Scène première

LYNDA – ÉVA – MAMADOU – MOHAMMED

ÉVA

Je ne sais comment vous exprimer ma joie, les dernières maisons ont été achevées, et nous allons commencer à construire une école et des commerces de proximité.

LYNDA

Voilà qui est fort encourageant. Et vous, les garçons, où en est votre projet ?

MAMADOU

Grâce à ton aide, il avance très bien et dès demain, nous pourrons ouvrir notre boutique.

LYNDA

Voilà une bonne nouvelle ! Ainsi, Mohammed, tu t’es associé à ton ami dans cette belle entreprise.

MOHAMMED

Le temps de la faire démarrer. Le temps aussi de purger ma peine. Dans trois ans, je serai quitte et je repartirais certainement pour la France. Aïcha m’a envoyé une gentille lettre. Elle vient de commencer un nouveau travail social en banlieue parisienne, et elle apprécierait que je vienne l’aider. Je crois que je vais répondre à son appel. Je l’aime bien, Aïcha.

MAMADOU

Quant à moi, j’aurai bientôt un nouvel associé, ou plutôt, une associée.

LYNDA

Vraiment ?

MAMADOU

Il faut dire que je suis tombé dans un piège.

LYNDA

Un piège ?

MAMADOU

Notre chère Éva a lâché un filet au-dessus de ma tête, et je n’ai pas pu lui échapper.

LYNDA

Est-ce à dire que vous avez commencé une petite romance, tous les deux ?

MAMADOU

Ne t’en déplaise, ma chère petite reine.

ÉVA

Ma petite sœur, j’aimerais tant que nous célébrions nos trois mariages le même jour dans la même église : Julien et toi, Fabien et Fabienne, Mamadou et moi.

LYNDA

J’en serais ravie. Cette fois, je trouve ton choix bien plus judicieux que le précédent. Je m’en réjouis et vous souhaite le plus grand bonheur.

ÉVA

Mamadou sera le premier Africain dans la famille royale.

MAMADOU

On m’appellera « le Prince noir ».

ÉVA

Tiens ! mais voilà justement mon amoureux éconduit.

(Entre Kougnonbaf, tenant des journaux.)

Scène II

LYNDA – ÉVA – MAMADOU – MOHAMMED – KOUGNONBAF

LYNDA

Marquis de Kougnonbaf, que nous vaut l’honneur de votre visite ?

KOUGNONBAF

Eh ! bien, je souhaitais vous rencontrer, ma grande reine, ma souveraine illustre…

MOHAMMED

Comme on dit chez nous : En voilà des bonjours !

KOUGNONBAF

J’espère que vous avez constaté mes efforts pour faire oublier ma mauvaise conduite et gagner votre pardon. Je suis désormais un sujet bien soumis, prêt à vous obéir, et disposé à tout sacrifice pour vous plaire.

LYNDA

En effet, Marquis. (à part) Quel fiel a-t-il encore mêlé avec son miel ?

KOUGNONBAF

Et pour vous montrer mes bonnes intentions, je vous ai apporté ma dernière édition. Elle est tout à votre louange.

LYNDA

 « Lynda, la Jeanne d’Arc Syldurienne. » Marquis, je ne vous en demandais pas tant.

KOUGNONBAF

Votre cote remonte dans les sondages. Soixante-deux pour cent d’opinions favorables. Et la courbe monte encore. Tout cela grâce à qui ? Grâce à Ottokar de Kougnonbaf, le génial président de Kougnonbaf-Presse. Vous devriez être fière de moi, et j’espère que vous m’accorderez bientôt une place dans le gouvernement.

LYNDA

C’est bien ce qui me chagrine, Marquis : Vous faites et défaites la réputation des personnes selon votre bon plaisir. Je rêve d’une presse juste et impartiale.



KOUGNONBAF

Euh !... Bon ! J’y réfléchirai, Majesté. (à part) Tu ne perds rien pour attendre, ma cocotte.

LYNDA

Quel temps superbe ! Si nous en profitions pour faire un tour dans le parc.

ÉVA

Bonne idée.

LYNDA

Viendrez-vous avec nous, Marquis ?

KOUGNONBAF

Je vous remercie beaucoup. Je vous retrouverai un peu plus tard.

Scène III

KOUGNONBAF – ELVIRE

KOUGNONBAF

Comment se fait-il qu’Elvire ne lui ait pas encore réglé son compte ? On ne peut compter sur personne !

(Entre Elvire.)

Mademoiselle Saccuti, où donc étiez-vous passée ?

ELVIRE

Mais je suis toujours à votre disposition. Trouvez-vous étonnant que je me fasse discrète ? Je suis forcée continuellement de me cacher. Tout ceci est bien pénible et je suis pressée d’en finir.

KOUGNONBAF

Ça ne se dirait pas.

ELVIRE

Pourquoi donc ?

KOUGNONBAF

Mais depuis le temps que j’ai remis cette arme entre vos mains ! Qu’est-ce que vous attendez pour abattre Lynda ? Vous la haïssez autant que moi. À moins que je me sois trompé et que vous ayez envie de sauver sa peau. À moins que vous ayez peur. À moins que vous vous fichiez de moi. Si vous avez changé d’avis, rendez-moi mon revolver. Je l’exécuterai moi-même, ce sera vite fait. Mais oubliez aussi mes promesses. Je voulais partager le pouvoir avec vous. Je voulais vous épouser pour que vous deveniez ma reine. Mais quand j’aurai atteint le trône, je vous ferai jeter eu cachot et je vous ferai trancher la gorge.

ELVIRE

Mais c’est qu’il va se calmer le petit Ottokar ! En voilà des manières ? Si vous voulez m’épouser, il faudra déjà que vous appreniez à me connaître et compter avec mon caractère. Je ne suis pas une fille docile, et quand il s’agit de traquer mon ennemie, je sais me montrer impitoyable. J’attends le meilleur moment, je la poursuis, je l’affaiblis, je l’épuise, je la libère de son sang, goutte après goutte. Et quand j’ai bien joui du bonheur de la faire souffrir et que je suis rassasié de ses cris d’agonie, je l’achève d’une giclée de plomb.

KOUGNONBAF

C’est excellent, mais ne tardez pas trop. Pour une biche aux abois, je la trouve encore vigoureuse.

ELVIRE (à part)

Qu’est-ce que c’est ? Une pensée ? Ce n’est pas ma pensée. C’est une voix intérieure. Est-ce vous, Maîtresse ? Comment ? Maintenant ? J’agirai selon vos ordres. Donnez-moi la force ! Oui, Maîtresse.

(à Kougnonbaf)

Soyez rassuré, marquis, mon intuition me conduit, et vous serez bientôt satisfait. J’aurai bientôt le plaisir de voir cette belle rivale s’écrouler à mes pieds.

(Entrent Lynda, Éva, Mamadou, Mohammed.)

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Jeudi 2 juillet 2009

Scène VI

LYNDA – JULIEN – ÉVA – MOHAMMED – MAMADOU – BIFENBAF

ELVIRE et SABINE (cachées)

LYNDA

On frappe avant d’entrer, Marquis de Bifenbaf.

(Bifenbaf sort et frappe à la porte.)

Entrez.

BIFENBAF

J’espère ne pas arriver à un moment importun.

LYNDA

Pas du tout, marquis. Quel vent vous amène, aquilon ou zéphyr ?

BIFENBAF

Un vent doux, je l’espère, chère Lynda, nos relations ont été assez tendues, ces derniers jours, et croyez-moi, j’en suis marri. J’aimerais signer la paix avec vous.

LYNDA

La rancune n’est pas dans mon tempérament. Asseyez-vous, je vous prie.

ELVIRE

Allons bon ! Cela va encore s’éterniser. C’est que je m’ankylose, moi.

SABINE

Tais-toi et rampe !

BIFENBAF

Mais qui sont ces jeunes gens ? J’ai cru comprendre que l’un d’eux vous avait ravi votre cœur.

LYNDA

Vous voilà bien renseigné ! Mes amis viennent tous trois de Paris. Voici Mohammed, natif d’Algérie. Mohammed, Miroslav de Bifenbaf.

MOHAMMED

Enchanté.

BIFENBAF

Enchanté.

LYNDA

Voici Mamadou, originaire du Mali.

BIFENBAF

Enchanté.

MAMADOU

Enchanté.

LYNDA

Et voici Julien, que je vais bientôt épouser.

BIFENBAF

Enchanté.

JULIEN

Enchanté.

BIFENBAF (à part)

C’est donc toi, jeune blanc-bec, qui me ravis celle que j’aime tant. Tu ne connais pas Miroslav, marquis de Bifenbaf. Votre histoire d’amour va bien vite tourner à la tragédie.

(à Julien)

Et que faites-vous de beau dans la vie ?

JULIEN

Je travaille dans une maison d’éditions, sur le Boulevard Saint-Michel, et je suis en vacances en Syldurie.

BIFENBAF

Et vous profitez de vos vacances pour nous enlever la plus belle fille du pays. Sacré verni ! La fortune a bien tourné pour vous.

JULIEN

En effet. Voici un heureux dénouement.

BIFENBAF

Et pour célébrer cet heureux dénouement, j’ai apporté une bonne bouteille de champagne. Du vrai, pas celui du palais.

LYNDA

Comme c’est gentil, Marquis.

BIFENBAF

Me feriez-vous le plaisir de m’appeler Miroslav ?

LYNDA

C’est très gentil, Miroslav, il ne fallait pas. Mon petit Julien, veux-tu aller chercher des flûtes ? Derrière la bibliothèque… Profitons-en, c’est la dernière fois. Par respect pour la mémoire de mon père, j’ai décidé de condamner cette buvette cachée.

(Julien va chercher les verres, Bifenbaf sert le champagne, discrètement, il fait tomber un comprimé dans le verre de Julien.)

BIFENBAF

À la santé des amoureux.

ELVIRE

Et nous alors ? On n’a droit à rien ?

SABINE

C’est dégueulbif !

BIFENBAF

Vous verrez, c’est de l’excellent. (à part) Que cette bouteille soit l’instrument de ma vengeance !

LYNDA

Attends, mon petit Julien, ne bois pas tout de suite.

JULIEN

Mais pourquoi ? Il m’a l’air très bon. Regarde-moi cette limpidité, cette effervescence !

LYNDA

Justement. Tu ne remarques rien dans cette effervescence ?

JULIEN

Non.

LYNDA

Elle est différente de celle des autres.

JULIEN

Pour moi, une bulle, c’est une bulle.

LYNDA

Échange ta flûte avec celle de Miroslav.

(Elle échange les verres.)

BIFENBAF

Que signifie cette fantaisie ?

LYNDA

À ta santé, Miroslav.

(Tous commencent à boire, sauf Bifenbaf).

Eh bien ! Cher Marquis, vous ne buvez pas ? Vous avez pourtant raison, c’est de l’excellent champagne.

BIFENBAF

Euh ! C’est que… Brusquement je n’ai plus soif.

LYNDA (sortant un pistolet)

J’ai dit : À ta santé, Miroslav.

ELVIRE

La vache ! Elle est armée. C’est que je n’avais pas prévu ça ! Si jamais elle dégaine plus vite que moi, c’est elle qui va me tuer.

SABINE

Je t’ai promis la gloire et le pouvoir. Cela vaut bien le risque de prendre une balle ou deux dans la peau.

LYNDA

Je compte jusqu’à trois. (Elle arme son pistolet.)

BIFENBAF

Tu ne peux pas faire cela. C’est écrit dans la Bible : « Tu ne tueras pas. »

LYNDA

Un.

BIFENBAF

Lynda ! Non.

LYNDA

Deux.

BIFENBAF

Lynda !

LYNDA

Je te laisse le choix. Un canon dans le fusil ou une balle dans le cassis.

BIFENBAF

Pitié !

LYNDA

Qu’as-tu mis dans ce verre ?

BIFENBAF

D’accord, d’accord. Ne tire pas. Je dirai tout. Pour la pastille, c’est Sabine.

SABINE

Cafeteur !

LYNDA

C’est Sabine qui a fabriqué la pastille. Et qu’est-ce qu’elle a mis dans cette pastille ?

BIFENBAF

Le champignon qui a tué l’empereur Claude : L’amanite phalloïde. Le poison n’agit qu’au bout d’environs deux semaines, le temps d’oublier que Julien a pris un pot avec moi. Ensuite la mort est douloureuse et irréversible.

LYNDA

Scélérat ! Pourquoi Julien ?

BIFENBAF

Parce que tu l’aimes.

SABINE

Ah ! L’amour qui pousse à toutes les folies !

BIFENBAF

Maintenant que j’ai tout avoué, retire ça de devant mon nez et laisse-moi partir.

LYNDA

Non.

BIFENBAF

Que veux-tu d’autres ?

LYNDA

Tu vas mourir, mon gros.

BIFENBAF

Ce n’est pas sérieux !

LYNDA

Est-ce que j’ai la figure d’une fille qui rigole ?

JULIEN

Lynda, tu ne vas tout de même pas…

LYNDA

Je vais me gêner !

JULIEN

Mais enfin…

SABINE

Voilà qui devient amusant.

ELVIRE

Je ne regrette pas d’être restée, finalement.

LYNDA

Il existe une loi féodale que mon père a oublié d’abolir. Elle m’autorise à exécuter moi-même un meurtrier sans aucun procès.

BIFENBAF

Je ferai ce que tu voudras. Ne tire pas.

ELVIRE

Elle va le descendre.

SABINE

Non.

ELVIRE

Elle va tirer.

SABINE

Elle veut lui faire peur.

ELVIRE

Elle est capable de tout. Elle va le tuer, je te dis.

SABINE

On parie ?

ELVIRE

Dix mille.

SABINE

Tope-là !

LYNDA

N’aie pas peur, tu ne souffriras pas. La balle va traverser ton cerveau à la vitesse supersonique. Et comme le tien est particulièrement mou, ce sera encore plus rapide.

BIFENBAF

Au secours !

LYNDA

Adieu, Miroslav.

(Elle maintient son arme durant plusieurs secondes contre le front de Bifenbaf, puis elle tire. Le chargeur était vide.)

Pan ! Tu es mort.

BIFENBAF

Ah ! Elle m’a tué.

(Il s’évanouit.)

SABINE

La garce ! Elle l’a tué.

ELVIRE

Par ici les fifrelins !

SABINE

Minute !

MAMADOU

Tu ne l’as pas tué par balle, mais il en a fait un infractus.

MOHAMMED

Infarctus.

MAMADOU

Le résultat est le même.

LYNDA

Penses-tu ? Il est juste un peu émotif, Miroslav. (Elle lui tapote la joue pour le réveiller.) Debout, mon gros ! Il ne fallait pas te mettre dans des états pareils. C’était une blague.

BIFENBAF

Hein ! Quoi ? Où suis-je ? Je suis en enfer, et la première personne que j’y trouve, c’est toi.

SABINE

J’ai gagné.

(Elvire lui donne un billet de banque.)

LYNDA

Bois un coup pour te remettre de tes émotions, Marquis. J’espère que tu te souviens dans quelle coupe tu as lâché la pastille. Sache que je ne tire que sur des bonshommes en carton, jamais à moins de vingt mètres, et que je ne les rate jamais. Maintenant, pour te prouver que je n’ai pas de rancune, je vais t’offrir un petit cadeau : un billet d’avion pour la Bolivie. Aller simple. Maintenant, disparais, je ne veux plus jamais te revoir.

(Bifenbaf sort.)

Mon petit Julien, fais-moi penser, quand j’irai faire mes courses, à acheter des munitions. Avec tous ces lascars qui veulent ma tête au-dessus de leur cheminée, ça peut tout de même servir. Éva, rappelle-moi de faire voter l’abolition de cette fameuse loi. Tout compte fait, je ne la trouve pas très républicaine.

Par Lilianof - Publié dans : PLACE AU THEATRE - Communauté : auteurs dramatiques chrétiens
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