Jeudi 14 février 2008

Scène V

MANSINQUE - LYNDA - FABIEN - FABIENNE - MAMADOU - MOHAMMED - YAKOUBA - MOUSSA - VALERIE - AÏCHA - JULIEN - ELVIRE - ISSOUVREZ -
LES CRS

Le vent est de plus en plus violent jusqu’à la fin de la scène.

MAMADOU - MOHAMMED (ensemble)

Paul Yssouvrez !

YSSOUVREZ

Surpris de me voir, les cailles - rats !

FABIENNE

Nous aussi on est surpris, le kangourou dégénéré !

MANSINQUE

L’Eure - et - Loir ne fait pas partie du dix - huitième arrondissement, autant que je sache.

YSSOUVREZ

Exact. Vous n’êtes pas dans ma juridiction. Mais qu’à cela ne tienne. J’ai des relations très élevées, vous le savez. C’est la raison pour laquelle je suis Commissaire Divisionnaire malgré mes piètres résultats scolaires. Et comme je tenais absolument à l’exclusivité de votre arrestation, je me suis arrangé avec Nénesse qui m’a procuré une dérogation.

FABIEN

Nénesse ?

YSSOUVREZ

En personne.

CRS 1

On est venu pourquoi, nous ?

CRS 2

Un groupe terroriste.

CRS 3

Ah bon ! Je croyais que c’était un réseau de trafic d’héroïne.

CRS 4

Mais pas du tout ! Ce sont des sans papiers à expulser. C’est la priorité de la République. Une femme et un enfant. Des maliens.

CRS 3

Je comprends qu’on nous envoie si nombreux et si bien armés.

YSSOUVREZ

Quelle pêche miraculeuse ! Toute une brochette de malfaiteurs réunie dans ce trou à rats. Quelle prise ! Je serai bientôt Ministre de l’Intérieur, en attendant mieux !

FABIENNE

Ne pavoise pas trop vite, gerboise d’Egypte.

YSSOUVREZ

Mamadou Djembé, trafiquant, receleur ; Mohammed Bendjellabah, trafiquant de stupéfiants. Depuis le temps que je retourne la terre entière pour vous trouver, vous voilà enfin à ma merci. Et vous, les noircicots en cavale ! Vous irez cavaler dans le désert.

MOHAMMED

Nous sommes fichus.

MAMADOU

Fichus de chez fichus.

LYNDA

Faites moi confiance, et surtout, faites Lui confiance.

YSSOUVREZ

Et qui es cette sauterelle qui se paie ma tête en silence depuis le début ?

LYNDA

Je pas comprends. Vinir Boulgaria, chercher travail.

YSSOUVREZ

Vous comprendrez bien assez tôt ce qui vous arrive, croyez - moi. Vous êtes la complice de ces malfrats. Vous passerez votre belle jeunesse en prison. Quand vous en sortirez, vous serez une vielle mémère toute décatie. Pareil pour vous deux : la honte de la police. Vous allez prendre perpète, les amoureux. On vous mariera à la Santé. Ça vous amuse, Mansinque, vous qui avez osé héberger des criminels dans votre bicoque.

FABIENNE

Yssouvrez, nous ne sommes que des pieuvres, mais vous, vous êtres un encornet que je vais faire frire.

YSSOUVREZ

Ah oui ? Assez ri, assez discuté. Rendez - vous.

LYNDA

Non.

YSSOUVREZ

Ne nous obligez pas à utiliser la force.

LYNDA

Messieurs, j’ai entre les mains une arme plus puissante que vos pistolets mitrailleurs.

(Elle montre sa Bible.)

CRS 1

Qu’est ce que cette que cette folle ?

CRS 2

On est tombé dans une secte.

CRS 3

On n’a jamais été formé pour ça.

CRS 4

Qu’est - ce qui va nous arriver ?

YSSOUVREZ

Tirez une rafale au dessus de sa tête. Ça va la dépeigner, cette fissurée du bocal.

CRS 1 (Il tire, son arme s’enraye.)

Saloperie de mécanique française !

LYNDA

« Je tournerai ma face contre vous, et vous serez battus devant vos ennemis ; ceux qui vous haïssent domineront sur vous, et vous fuirez sans que l’on vous poursuive. »

CRS 1

Qu’est - ce que c’est encore que ce charabia ?

CRS 2

C’est une sorcière. Elle fait des incantations.

YSSOUVREZ

Cette fille est une terroriste. Elle travaille pour les ayatollahs. Tirez ! Tirez ! Tirez !

(Les CRS tirent. Aucune arme ne fonctionne.)

CRS 2

Saloperie de cochonnerie de mécanique à la noix !

LYNDA

« Je rendrai pusillanime le cœur de ceux d’entre vous qui survivront, dans les pays de leurs ennemis ; le bruit d’une feuille agitée les poursuivra ; ils fuiront comme on fuit devant l’épée, et ils tomberont sans qu’on les poursuive. Ils se renverseront les uns sur les autres comme devant l’épée, sans qu’on les poursuive. Vous ne subsisterez point en présence de vos ennemis. »

CRS 3

Elle appelle une armée de démons à son secours.

CRS 4

Ils vont nous pulvériser.

CRS 1

Ils vont nous entraîner dans les profondeurs infernales.

LYNDA

Lévitique, chapitre 26, versets 17, 36 et 37.

YSSOUVREZ

Saisissez - la. Menottez - la.

(Le vent fait claquer une porte.)

CRS 2

C’est le diable !

LES CRS

Au secours !

(Les CRS s’enfuient. Le vent se calme.)

YSSOUVREZ

Mais ce n’est pas possible, ça ! Je délire ! J’hallucine ! Je cauchemarde ! Revenez ! Revenez, bande de pleutres. Je vais vous taper un rapport sanglant !

LYNDA

Alors, monsieur le futur Premier Ministre. Vous voici seul, face à une dangereuse criminelle.

YSSOUVREZ

Comment avez-vous fait.

LYNDA

Je vous avais prévenu : Je possède une arme redoutable.

YSSOUVREZ

Avec votre gros bouquin, vous avez mis en fuite une compagnie de C.R.S. en armes.

LYNDA

Je vous conseille de courir aussi vite que vos copains, avant que je me mette en colère.

YSSOUVREZ

Vous avez ridiculisé les forces de l’ordre. Vous m’avez humilié. Mais je me vengerai. Je vous retrouverai, je vous anéantirai.

LYNDA

Salutations à votre ami Nénesse.

(Sort Yssouvrez)

Scène VI

MANSINQUE - LYNDA - FABIEN - FABIENNE - MAMADOU - MOHAMMED - YAKOUBA - MOUSSA - VALERIE - AÏCHA - JULIEN - ELVIRE

MOHAMMED

Tu nous avais habitués à quelques happenings, mais là vraiment, tu nous coupes le souffle.

MAMADOU

Nous sommes époustouflés.

VALERIE

Quelqu’un pourrait - il nous expliquer ce qui s’est passé ?

LINDA

Ne vous ai - je pas déjà dit qu’un grain de mil peut soulever des montagnes ?

AÏCHA

Pourvu que ce grain soit rempli de foi.

MOUSSA

Dis, Lynda.

LINDA

Oui mon enfant.

MOUSSA

Est - ce que c’est le diable qui a claqué la porte ?

LINDA

Non, Moussa, c’est un courant d’air.

MOUSSA

Alors pourquoi ont - ils eu si peur ?


LINDA

« Je rendrai le cœur de tes ennemis lâche au point qu’ils s’enfuient au bruit d’une feuille agitée par le vent, » ou au bruit d’une porte qui claque. C’est Dieu qui a donné ces paroles. Il suffisait d’y croire.

FABIEN

Lorsque tu a cité ce texte et qu’ils ont cru que tu invoquais le diantre, était - ce de la magie ?

LINDA

Non, c’était de la foi.

VALERIE

Décidément, Lynda, je n’arrive plus à te suivre.

FABIENNE

Moi non plus.

AÏCHA

En tout cas, tu nous as donné une sérieuse leçon. Placez votre confiance en Dieu, et le miracle s’accomplira.

MANSINQUE

La foi c’est très beau, mais les anges sont au ciel et nous sur la terre. Comment Yssouvrez a - t’il pu débarquer ainsi ? Qui l’a averti de notre présence et de notre secret ?

FABIENNE

Des voisins nous auraient dénoncés.

MANSINQUE

Nous n’avons pas de voisins. Personne ne nous a vu venir.

AÏCHA

Alors l’un des nôtres a trahi.

FABIEN

Qui ? Et pourquoi ?

LINDA

Nous allons bientôt le savoir.

(Linda regarde en face chaque membre de l’assistance. Quand vient le tour d’Elvire, celle - ci perd contenance.)

Lève les yeux, Elvire. Aurais - tu peur d’affronter mon regard ?

ELVIRE

Non, ce n’est pas …

LINDA

Regarde moi dans les yeux et dis moi d’une voix haute et intelligible : « Ce n’est pas moi. »

ELVIRE

Ce n’est pas moi.

LINDA

Dis - le avec plus d’assurance, et regarde - moi en face.


ELVIRE

Arrête, je t’en pris. Tu me fais revivre des moments insupportables. Je revois tes ongles dans mes cauchemars.

LINDA

Pourquoi ?

ELVIRE

Parce que je te hais, Lynda, je te hais.

LINDA

Comme tu me fais mal ! Moi je t’aimais. Tu m’as trahie, tu m’as poignardée. J’en ai tant souffert. Mais j’ai su pardonner. Aujourd’hui tu reviens, tu me trahis par un baiser, comme Judas. Tu me poignardes à nouveau. C’est moi qui aurais de bonnes raisons de te haïr.

ELVIRE

Tu ne comprends donc pas ! Faut - il que tu sois naïve ! Je me suis servie de toi quand tu étais dans l’abondance, je t’ai méprisée quand tu étais dans la misère. Maintenant que tu relèves la tête je ne puis que te haïr. Je te hais parce que tu possèdes ce que je désire : la beauté, l’intelligence, mais surtout, la richesse, le succès et la gloire. Je te hais parce que Julien t’a aimée avant moi. Je te hais parce que je te hais.

LINDA

Quelle folie ! Pauvre Elvire ! Quand je pense que j’ai vraiment cru à notre réconciliation. Je ne suis décidément qu’une ravissante idiote.

ELVIRE

Laisse - moi partir maintenant.

LINDA

Pas encore. J’ai une question à te poser : Comment m’as - tu suivie jusqu’ici ?

ELVIRE

Ma pauvre amie ! Quand on est une célébrité comme toi, on ne peut pas se cacher, même avec une perruque ridicule et un français brisé. Tu ne lis donc jamais les journaux ? Tu ne lis pas France - Dimanche ? C’est trop compliqué pour toi ?

LINDA

Non. J’aurais dû ?

ELVIRE

Tu aurais appris tout ce qu’on dit sur toi.

LINDA

Et que dit cette vénérable presse à mon sujet ?

ELVIRE

Lis - moi ça, pauvre cloche ! .J’en ai gardé un en souvenir.

(Elle lui tend un journal.)

LINDA

« Les nouvelles frasques de Lynda. »

Parce que j’ai aussi de vieilles frasques ?

ELVIRE

Lis !

LINDA

« Sous la fausse identité d’une réfugiée bulgare, Lynda de Syldurie, la ravissante idiote subitement propulsée dans le Gotha balkanique hante à présent les quartiers chauds de Paris. »

ELVIRE

Ils ne te font pas de cadeaux, hein ! Cassée, ma Lynda.

LINDA

Comme ils ont d’imagination ! Me voici promue baronne de la mafia parisienne. Je comprends que cette littérature ait élevé ton esprit à un si haut niveau moral.

ELVIRE

Tu peux toujours ironiser ! Quand on a traîné son manteau royal dans la boue des bas - quartiers !

LINDA

Mais je rêve ! C’est signé C.D.G. Mon vieux copain Cyril.

ELVIRE

Il a fait son chemin dans la hiérarchie journalistique.

Ayant donc appris que tu te planquais à nouveau du côté de Barbès - Rochechouart, chère Lynda, je me suis mis à écumer le quartier. J’ai pris mes renseignements. Je suis allé manger dans ton restaurant préféré : Le Palais de Shanghai de Hong - Kong de la Cité Interdite. Je dois reconnaître que tu m’avais habituée à mieux. Enfin ! J’ai cuisiné le vieux chinois, c’est tout de même un comble. Je me suis fait passer pour ton amie. D’ailleurs je n’ai pas menti : je suis ta meilleure amie. J’ai joué à la foi de ma séduction de ma persuasion et de ma perversion. Il a fini par me donner ta nouvelle adresse. Et me voilà débarquée comme une jolie fleur dans ta cambrousse, non sans avoir averti ton cher ami Paul Yssouvrez.

FABIENNE

Laisse - moi lui servir une bonne raclée, cadeau de la maison.

ELVIRE

Non ! Ne m’approchez pas !

LINDA

Laisse - la. Elle serait déjà morte si je n’étais pas devenue un disciple du Christ.

FABIENNE

Moi j’ai encore beaucoup de progrès à faire dans la vie chrétienne. Mes poings ne sont pas encore convertis.

LINDA

Encore une question, Elvire : Comment se fait - il que notre ami commun, Yssouvrez, soit arrivé avec toute une armée, comme s’il s’attendait à trouver Ben Laden en personne ?

ELVIRE

Je lui ai brossé un magnifique portrait de toi,et j’ai quelque peu exagéré la dangerosité de ta personne.



LINDA

J’ai bien envie de laisser Fabienne te corriger le tien, de portrait. Allez, va - t - en avant que je me déconvertisse.

(Elvire sort précipitamment.)

Scène VII

MANSINQUE - LYNDA - FABIEN - FABIENNE - MAMADOU - MOHAMMED - YAKOUBA - MOUSSA - VALERIE - AÏCHA - JULIEN

LYNDA

Tu ne vas pas rejoindre ta fiancée, Julien ?

JULIEN

J’aimerais pouvoir me transformer en cloporte, pour que tu puisses m’écraser sous ton pied. J’ai trop honte ! Je te supplie de me croire : Jamais Elvire ne ma parlé de son infâme projet. Elle m’a séduit et elle m’a trompé. Et j’ai servi ses plans en toute candeur.

LYNDA

Tu ne dois pas avoir honte. Elle m’a déjà trompée deux fois et je ne suis par fière de moi.

JULIEN

Je n’épouserai pas Elvire. Laissons - la courir où elle veut. Ma blessure est profonde, mais tu sauras m’aider à en guérir.

LYNDA

Voilà une bonne décision. Maintenant pensons à l’avenir. Nous avons mis l’ennemi en déroute, mais nous ne l’avons pas détruit. Ils vont rapidement se ressaisir et attaquer de nouveau.

FABIENNE

Où est le problème ? Tu vas ressortir un petit miracle de ta poche et nous serons définitivement débarrassés de ces cocos - là.

LYNDA

Si le miracle devenait une habitude, il n’aurait plus rien de miraculeux.

Nos vacances dans la Terre de Zola auront été bien courtes. Reprenons nos bagages et partons.

FABIEN

Partons ? Pour aller où ?

LYNDA

Pour aller où ? Mais en Syldurie, bien sûr !

FABIEN

En Syldurie ?

LYNDA

Et pourquoi pas en Syldurie ? C’est un très beau pays qui, de plus, s’est engagé résolument sur la voie de la démocratie.

FABIENNE

Mais comment nous y rendre ?


LYNDA

J’ai prévu un plan d’urgence. Un avion nous attend à l’aérodrome de Vendôme. Il ne faut pas perdre de temps.

Yakouba et Moussa, la France ne veut pas de vous, mon pays vous accueillera.

YAKOUBA

Nous te suivons.

MOUSSA

Chouette !

LYNDA

Mohammed et Mamadou. Il est temps pour vous de prendre votre décision.

MOHAMMED

Nous préférons tomber entre tes mains que dans celles de ce paranoïaque. Considère nous comme tes prisonniers.

MAMADOU

J’espère que tu viendras nous porter des oranges.

LYNDA

Je ne manquerai pas à ce devoir. « J’étais en prison et vous m’avez visité. »

Commissaire, vous voici grillé, maintenant, et par ma faute.

MANSINQUE

Je ne connais plus personne ici. Autant passer ma retraite avec mes nouveaux amis.

LYNDA

Valérie ?

VALERIE

Je pars avec toi, et je m’appuie sur ton aide pour retrouver Youssouf.

LYNDA

J’en fais une affaire d’honneur.

MOUSSA

Chouette !

LYNDA

Et toi, ma chère Aïcha.

AÏCHA

Les jeunes m’attendent, je ne veux pas les abandonner à leurs problèmes. Il semble que notre cher divisionnaire ait été aveuglé d’une certaine manière et n’ait pas même remarqué ma présence. Je te remercie pour ta gentillesse, mais je vais repartir pour Paris.

LYNDA

Nous regretterons ton absence, mais j’espère que tu nous rendras visite.

AÏCHA

Bien entendu ! J’ai choisi la destination de mes prochaines vacances. Mais il y a un petit détail qui me chagrine.


LYNDA

Lequel ?

AÏCHA

Eh bien ! Vous êtes tous devenus chrétiens, ou en passe de le devenir,et moi je n’ai pas fait le même choix. Je crains de jouer un canard dans votre bel orchestre.

LYNDA

Il y a des bémols qui illuminent toute la symphonie. Sois sans crainte, nous respectons tous tes convictions.

AÏCHA

Je dois néanmoins admettre que votre foi en Jésus - Christ a produit chez chacun d’entre vous des effets remarquables. Mais, comme je vous l’ai déjà dit, je ne puis reconnaître sa divinité. Nous croyons à un Dieu unique, et vous l’affirmez aussi. Mais en pratique, vous adorez le Créateur, auquel vous associez un « fils », Jésus, et l’Esprit saint. Vous dites n’avoir qu’un seul Dieu, mais pour moi, un plus un, plus un, cela ne fait pas un, cela fait trois. Et pourtant, se sont les arabes qui ont presque tout appris aux européens sur les mathématiques.

LYNDA

C’est vrai. Sans le secours de tes ancêtres, nous compterions encore avec des grains de riz. Imagine maintenant que je te présente un certain monsieur Dupont. Il est médecin, maire de son village, et il vient d’être élu député. Si l’on te parle du Docteur Dupont, de Dupont maire, ou du Député Dupont, il s’agit bien de la même personne, pas de trois Dupont. Eh bien Dieu est à la fois Père, Fils et Saint - Esprit. C’est la même personne, mais il exerce plusieurs fonctions. Considère maintenant de l’eau, de la glace et de la vapeur. Nous voyons trois aspects différents, mais c’est toujours de l’eau : H2O.

AÏCHA

Je n’avais pas envisagé la question sous cet angle. Je ne puis prendre position maintenant, mais je te promets d’examiner le problème avec le plus grand sérieux.

LYNDA

Prends tout ton temps.

Et vous, les amoureux,

FABIEN

Nous voulons nous marier en Syldurie. Ce sera beaucoup plus romantique.

JULIEN

Et moi, je vais rester tout seul. Je n’ai vraiment pas de chance avec les filles.

LYNDA

Toi tu pars avec nous, le temps d’oublier ta chipie.

Mais il faut lever le camp maintenant.

(Chacun prend sa valise et se dirige vers la porte.)

FABIENNE

Fabien.

FABIEN

Oui, mon amour.


FABIENNE

Promets - moi que, lorsque nous serons en Syldurie, tu perdras l’habitude de faire les yeux doux à Lynda, sinon je reste ici.

FABIEN

Je ne m’appelle pas Ruy Blas.

RIDEAU


Châteaudun, janvier 2008

Par Lilianof - Publié dans : PLACE AU THEATRE - Communauté : auteurs dramatiques chrétiens
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Dimanche 10 février 2008

ACTE V

La ferme de Mansinque, à Romilly - sur - Aigre.

Scène première

MANSINQUE - LYNDA - FABIEN - FABIENNE - MAMADOU - MOHAMMED - YAKOUBA - MOUSSA

Les parisiens arrivent avec leurs bagages.

MANSINQUE

Nous voici arrivés chez moi. Mettez - vous à l’aise. Déposez vos valises.

LYNDA

C’est mignon ici.

YAKOUBA

Voilà qui va nous changer de la Goutte d’Or.

MANSINQUE

Soyez les bienvenus dans la Terre d’Emile Zola.

MOHAMMED

La terre d’Emile Zola ? Mais je croyais que c’était vous le propriétaire.1

MANSINQUE

C’est exact.

FABIEN

La Terre ? Mais bien sûr ! La Terre ! Rognes, c’est ici, Romilly - sur - Aigre.

MANSINQUE

C’est exact.

MAMADOU

Je ne comprends plus rien, moi. Ici on est à Rognes ou à Romilly - Machintruc ?

MANSINQUE

Zola exagère un peu quand il écrit : « Pas un arbre, pas un coteau. » vous verrez, la vallée de l’Aigre et celle du Loir offrent des promenades agréables, vallonnées et arborisées.

YAKOUBA

Nous allons nous plaire ici. Ce n’est pas à Paris que nous trouverons ce calme propre à la méditation. Et puis cet air pur, cette verdure qui nous entoure !

MANSINQUE

C’est vrai, mais à partir de maintenant, nous sommes hors la loi. Yakouba et Moussa auraient du être expulsés vers le Mali. Mohammed et Mamadou devraient être en prison. Quand à vous, Lynda, si l’on vous découvre ici en aussi bonne compagnie, je crains de sérieuses complications diplomatiques entre la France et la Syldurie.

FABIENNE

Raisons de plus pour nous placer sous la protection de Dieu. Lynda, auriez - vous l’obligeance de prier en notre nom.

LYNDA

Père Eternel, nous voulons te louer parce que tu as créé le monde et nous a donné la vie. Nous te louons également parce que tu nous a donné ton fils Jésus, qui s’est sacrifié pour nous afin de nous sauver du péché et de sa condamnation. Nous te demandons de garder notre séjour dans cette maison et de veiller sur nous, sachant que nous osons braver la loi des hommes en vertu de ta propre loi qui nous ordonne d’aimer et de secourir l’étranger au milieu de ton peuple. Nous voulons te présenter Mohammed et Mamadou qui on fait le choix d’accepter Christ pour sauveur. Nous te demandons de les assister dans la décision qu’ils prendront au regard de leurs fautes passées et de la justice humaine. A toi seul, Père, soit la gloire, dans le nom de ton fils Jésus - Christ. Amen.

(On frappe à la fenêtre.)

MANSINQUE

Qui est - ce ?

LYNDA

Que viennent - ils faire ici ? Je ne les ai pas invité.

MANSINQUE

Vous les connaissez ?

LYNDA

D’anciens amis.

MANSINQUE

Entrez.

Scène II

MANSINQUE - LYNDA - FABIEN - FABIENNE - MAMADOU - MOHAMMED - YAKOUBA - MOUSSA - JULIEN - ELVIRE

LYNDA

Je ne m’attendais vraiment pas à votre visite.

ELVIRE

Nous avons tenu à vous faire la surprise.

LYNDA

Pour l’effet de surprise, c’est réussi !

JULIEN

Lynda, nous tenions à être les premier à t’annoncer la bonne nouvelle. Elvire et moi, nous allons nous marier.

LYNDA

Je vous souhaite beaucoup de bonheur.

JULIEN

Elle n’a pas l’air vraiment ravie de nous revoir.

LYNDA

Julien, je suis très heureuse pour toi. Mais j’aurais simplement souhaité que votre venue ait été annoncée.

JULIEN

Je comprends. Pardonne - nous si nous arrivons à un mauvais moment. Nous avions une bonne intention.

LYNDA

Vous êtes excusés. Puisque vous êtes ici, prenez donc place. Nous venons d’arriver. Nos effets sont encore dans les valises.

ELVIRE

Ne sois pas fâchée contre Julien ma petite Lynda. C’est moi qui ai eu l’idée de venir te retrouver ici. C’était une mauvaise idée, mais je tenais vraiment à te revoir. J’ai du remord, tu sais. Je voudrais tant me faire pardonner. Je voudrais que tu redeviennes mon amie, comme autrefois.

LYNDA

C’est vrai nous avons vécu des moments mémorables, et il faut le reconnaître, des cuites fameuses. Maintenant, nous n’aurons plus l’occasion de nous enivrer ensemble, mais nous aurons encore celle de nous amuser, si toutefois tu acceptes la compagnie d’une chrétienne engagée.

ELVIRE

Ma chérie, tes convictions et tes engagements importent peu. Ce qui compte, c’est que tu m’aies pardonné mon attitude. J’étais ton amie dans les jours d’abondance, et je t’ai abandonnée dans les jours de disette.

LYNDA (à part)

Et maintenant que la fortune tourne en ma faveur, je suis de nouveau ta chérie. Méfie - toi petite Lynda.

(à Elvire)

Explique moi : Je n’ai laissé mon adresse à personne. Comment m’as-tu trouvée ici ?

ELVIRE

Ma pauvre Lynda. Tu crois me connaître, mais tu ne connais de moi que l’Elvire fêtarde et superficielle. A présent que nous sommes de nouveau amies, tu vas connaître la véritable Elvire, la profonde. Cette Elvire - là n’a pas fini de t’étonner.

LYNDA

Eh bien ! Tant mieux ! Mais cela ne réponds pas à ma question. Comment es - tu parvenue jusqu’à moi ?

ELVIRE

Disons que mon instinct m’a conduit jusqu’à toi.

LYNDA

Mais encore.

ELVIRE

Il y a un Sherlock Holmes, doublé d’un James Bond qui sommeillait en moi, et que j’ai réveillé. Mais comme te voilà inquiète, ma petite chérie, que je t’aie retrouvée si facilement !

LYNDA

Ecoute, Elvire. Je suis venue ici avec mes amis dans le plus grand secret. En effet, ça m’agace de savoir que tu as découvert mon repaire dans ta boule de cristal. Promets - moi au moins de garder le secret de ma présence en ce lieu. D’ailleurs, je ne sais pas ce qui me retient de vous ligoter tous les deux et de vous enfermer dans la cave tout le temps qu’il faudra.

ELVIRE

Crois - tu qu’une bonne amie telle que moi ne soit pas capable de garder une secret. Je serais muette comme une girafe. Nous allons rester cette nuit chez toi, et puis nous repartirons demain matin. Personne ne saura que nous t’avons revue.

LYNDA

Me voilà rassurée.

(On frappe à la fenêtre.)

Cette fois - ci, c’est une visite attendue. Julien, veux tu bien faire découvrir à ta fiancée les joies de la campagne. Nous avons des choses à partager.

JULIEN

Décidément, tu es une fille bien secrète.

(Sortent Julien et Elvire, entrent Valérie et Aïcha.)

Scène III

MANSINQUE - LYNDA - FABIEN - FABIENNE - MAMADOU - MOHAMMED - YAKOUBA - MOUSSA - VALERIE - AÏCHA

MOUSSA

C’est ma maîtresse d’école. Madame Ozdenir. Je suis si content que vous soyez venue.

VALERIE

La classe est finie, mon petit Moussa. Tu peux m’appeler Valérie.

MOUSSA

Je suis vraiment heureux, madame Valérie. Tu vas rester avec nous ?

VALERIE

Certainement, quelques jours.

MOUSSA

Oh ! Restez, Valérie. J’ai besoin d’une institutrice, moi.

VALERIE

Je viens de croiser un jeune couple qui sortait.

FABIEN

Ce sont des amis de Lynda.

FABIENNE

Nous somme heureux que vous ayez finalement décidé de nous rejoindre, Aïcha, et vous aussi, Valérie. Je croyais vraiment que vous me haïssiez.

VALERIE

Mon visage a retrouvé son aspect normal, et ma colère s’est apaisée.

AÏCHA

Quelques jours de vacances à la campagne me feront du bien. J’ai invoqué ce prétexte à mon patron qui me trouvait fatiguée. Et puis j’avais le mal du pays. J’ai grandi à Saint - Denis - les - Ponts.

MOHAMMED

Nous avons besoin de votre aide, Aïcha. Nous avons pris des décisions. Nous voulons abandonner totalement notre vie de délinquants. Nous sommes des disciples de Jésus - Christ, à présent.

AÏCHA

Je dois reconnaître qu’il a opéré des prodiges dans vos vies.

MAMADOU

Pourquoi ne croirais - tu pas toi aussi ?

AÏCHA

Je suis une mahométane. Je ne puis servir que le Créateur. Jésus n’est pour moi qu’un prophète. Mais je reconnais qu’il y a dans ses paroles un charisme qui change le mal en bien.

LYNDA

Je suis ravie de faire votre connaissance, Aïcha. Les garçons m’ont raconté tout ce que vous avez fait pour eux. Vous êtes une jeune fille remarquable. J’aimerais vous avoir pour amie.

AÏCHA

Mon amitié vous est accordée. J’ai appris tant de choses sur vous. A moi aussi, ils ont parlé de votre aventure extraordinaire et de votre dévouement. Je sais que vous prenez des risques pour aider nos deux protégés dans leur dilemme.

LYNDA

Et vous-même, Valérie Ozdenir. Je vous remercie d’avoir voulu nous rejoindre. Les Diallo m’ont parlé de votre gentillesse et de vos épreuves.

VALERIE

Je désirais tant vous rencontrer ! Une reine qui quitte son trône lointain pour secourir des enfants dans la peine ! Je ne suis pas digne de vous avoir pour amie. Mais je suis désespérée. La séparation de l’homme que j’aime m’a été imposée.

LYNDA

Je connais votre histoire, mais ne perdez pas courage. Mon pays est proche de la Turquie. Accompagnez - moi en Syldurie. Vous pourrez y enseigner le français. Et moi je n’aurai guère de difficulté à vous rendre votre mari.

VALERIE

Lynda, pourquoi tant de sollicitude ? Je ne la mérite pas.

LYNDA

Rien ne se mérite. Tout est question d’amour.

(Entrent Julien et Elvire.)

 

Scène IV

MANSINQUE - LYNDA - FABIEN - FABIENNE - MAMADOU - MOHAMMED - YAKOUBA - MOUSSA - VALERIE - AÏCHA - JULIEN - ELVIRE

LYNDA

Déjà de retour ? Vous êtes de bien piètres marcheurs !

ELVIRE

Décidément ! Elle n’a pas envie de nous voir.

JULIEN

Je te l’avais bien dit. Ce n’était pas une bonne idée de nous pointer comme cela, à l’improviste.

LYNDA

Ne soyez pas vexés. Les amis sont toujours les bienvenus, même quand ils arrivent sans prévenir. J’ai le droit de vous taquiner un peu.

JULIEN

A la bonne heure ! Je croyais que tu étais fâchée.

LYNDA

Mon pauvre Julien à qui j’ai fait subir tant de méchanceté. C’est toi qui aurais lieu d’être fâché.

ELVIRE

Le vent se lève. C’est pourquoi nous sommes retournés nous mettre à l’abri.

JULIEN

Un drôle de vent. Un vent tout chaud. Ce n’est pas banal. Surtout en cette saison.

ELVIRE

Un vent qui nous agace, un vent qui fait peur.

JULIEN

Un vent à rendre fou.

FABIEN

« Le vent qui passe à travers la montagne, me rendra fou. »

LYNDA

Un vent chaud qui rend fou ? Cela existe en Europe centrale. On l’appelle le fœn.

JULIEN

Mais le fœn ne souffle pas dans nos régions.

MANSINQUE

C’est exact.

ELVIRE

Il ne faut pas m’en vouloir, ma petite. Je suis un peu ta sœur, et j’ai été malhonnête et injuste. Je serais morte de chagrin si tu m’avais gardé de la haine. J’ai compris que le sentiment qui nous avait uni n’était pas une amitié festive. Aussitôt la fête finie, après l’instant où je t’ai trahie et où tu ma chassée, j’ai compris que j’avais perdu bien plus qu’une copine : une amie irremplaçable. J’ai réalisé que je ne pourrais plus vivre sans toi, mais je n’osais pas venir te demander pardon. Tu étais si furieuse! Quand j’ai su que tu étais repartie dans ton pays, j’ai craint de ne plus jamais te revoir. J’étais désespérée. Heureusement pour moi, Julien m’a soutenue dans ces moments d’épreuve. Jour après jour j’ai repris goût à la vie, et puis nous nous sommes aimés. Je tiens à ce que tu sois témoin de notre mariage. Embrasse - moi, Lynda, j’ai trop attendu ce moment.

(Elles s’embrassent.)

JULIEN

Tu vois, Lynda, notre aventure trouve une issue favorable. Tu as été cruelle avec moi, mais j’ai trouvé la consolation dans les bras d’Elvire.

(On entend des bruits de moteur.)

FABIEN

Vous attendiez quelqu’un ?

MANSINQUE

Non.

(Mansinque va regarder à la fenêtre.)

Lynda, venez - voir.

LYNDA (regardant à la fenêtre)

Alors - là ! Nous avons un gros problème.

FABIEN

Qu’est - ce que c’est ?

LYNDA

Trois Heuliez bourrés de C.R.S.

FABIENNE

Tout ça en notre honneur !

LYNDA

Je n’imaginais pas que nous fussions une si grande menace pour la République.

MANSINQUE

Les voilà qui descendent. C’est pire que pour Al - Qaïda. Ils ont des armes automatiques.

(Fabien et Fabienne sont à leur tour à la fenêtre.)

FABIENNE

Regardez - moi qui dirige cette équipe de polichinelles !

FABIEN

Qu’est - ce qu’il fait ici ?

MANSINQUE

Il n’a rien à faire ici !

LYNDA

En tout cas, il est ici.

YSSOUVREZ (en coulisse)

Police, Ouvrez.

(Les CRS forcent l’ouverture de la porte et entrent, armés de pistolets mitrailleurs, Yssouvrez à leur tête.)

1 A partir d’ici, Mohammed et Mamadou ont perdu leur tic verbal. La vie nouvelle passe aussi par le langage.

Par Lilianof - Publié dans : PLACE AU THEATRE - Communauté : auteurs dramatiques chrétiens
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Jeudi 7 février 2008
Le blog de Lilianof a franchi hier le cap des 5000 pages vues  ...
Par Lilianof
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Mardi 5 février 2008

FABIENNE

« A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »4

FABIEN

Jésus affectait la compagnie des mal aimés, comme les collecteurs d’impôts, les prostituées. Il se moquait bien de la rumeur. Il savait leur donner l’amour qu’il leur manquait. Ces paroles m’ont éclairé. J’ai choisi mon camp. Je ne veux plus servir que la vraie justice : celle qui est fondée sur l’amour.

FABIENNE

As - tu trouvé dans ce livre une réponse aux questions existentielles ?

FABIEN

J’ai quelques pistes.

FABIENNE

Par exemple ?

FABIEN

« Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. »5

FABIENNE

C’est trop simple !

FABIEN

J’ai tant envie d’y croire !

FABIENNE

Je le voudrais, mai aussi, mais j’ai peur d’être trompée.

FABIEN

Je ressens la même crainte. Imagine que je mette toute ma confiance dans ce livre, et que tout ceci ne soit qu’illusion, sentiment et philosophie. La philosophie est un art noble, mais aucun philosophe n’a vu Dieu en face. Aucun d’eux n’a visité le paradis ni l’enfer.

LYNDA

Attendez - moi, les enfants.

(Elle s’approche de la table de Fabien et Fabienne.)

Veuillez pardonner ma démarche, mes amis, mais j’ai entendu une partie de votre conversation. Accepteriez - vous que j’apporte un avis.

FABIEN

Volontiers, chère mademoiselle.

LYNDA

Puis - je vous demander de lire ce texte ?

FABIEN

Avec plaisir. (Il lit.)

« Car des chiens m’environnent, Une bande de scélérats rôdent autour de moi, Ils ont percé mes mains et mes pieds. Je pourrais compter tous mes os. Eux, ils observent, ils me regardent ; Ils se partagent mes vêtements, Ils tirent au sort ma tunique. Et toi, Eternel, ne t’éloigne pas ! Toi qui es ma force, viens en hâte à mon secours !6 »

LYNDA

Merci. A votre avis, de qui est - il question ici ?

FABIEN

Il est parlé de pieds et de mains percés. Cela me rappelle la crucifixion.

FABIENNE

Il y a bien, dans les Evangiles, une histoire de soldats qui jouent aux dés la chemise de Jésus !

FABIEN

C’est donc le Christ qui est concerné dans ces versets.

LYNDA

Bonne réponse. Deuxième question : qui a écrit ce Psaume ?

FABIEN

Jésus lui - même. C’est logique, puisqu’il parle à la première personne.

LYNDA

Mauvaise réponse. On ne gagna pas à tous les coups.

FABIENNE

Facile ! C’est écrit au début du chapitre : « Au chef des chantres. Sur « Biche de l’aurore ». Psaume de David. »

LYNDA

Excellent ! Voyez - vous à présent où je veux vous mener ?

FABIEN

C’est évident : David a vécu environs mille ans avant Jésus - Christ.

FABIENNE

Et la crucifixion a été inventée beaucoup plus tard, par les Romains.

FABIEN

Quand au détail de la tunique tirée au sort, il n’est pas atterri dans notre texte par hasard.

FABIENNE

David n’avait pas pu imaginer cela tout seul.

FABIEN

Il va falloir que je m’explique avec Dieu.

FABIENNE

Autant pour moi. Nous n’avons plus d’excuse.

LYNDA

Nous nous sommes compris. Je vous ai suffisamment importunés. Merci de m’avoir écoutée.

(Elle retourne à sa place.)

MOHAMMED

‘Tain ! Il faut arrêter de marcher un pied sur le trottoir et l’autre dans le caniveau. C’est décidé : je finis mon chop suey et je file au commissariat.

MAMADOU

Moi aussi, mon potte. C’est décidé, je me livre à la police.

LYNDA

C’est une décision courageuse.

(Entre Yssouvrez.)

1 EXODE 22.21/22

2 LEVITIQUE 19.33/34

3 MATTHIEU 25.31/40

4 JEAN 13.35

5 ROMAINS 10.9

6 PSAUME 22.16/19

Scène V

XI - FABIENNE - LYNDA- MAMADOU - MOHAMMED - FABIEN - MANSINQUE - YSSOUVREZ

MOHAMMED

‘Tain ! J’ai une envie pressante.

MAMADOU

Moi aussi, mon potte !

(Ils se précipitent vers les toilettes.)

LYNDA

Mais quel frelon les a piqués, ces deux - là ?

YSSOUVREZ

Alors, Tchang - Kaï - Tchek ! Qu’est - ce qu’on sert dans ton bouge ? Omelette aux œufs centenaires ? Tripes de varan farcies ?

XI

Ici très bonne cuisine chinoise, exécrable divisionnaire. Chop suey, canard laqué, porc caramélisé, soupe aux nids d’hirondelles.

YSSOUVREZ

Pouah !

LYNDA

Divisionnaire ? Ma petite Lynda, observe bien le visage de ton ennemi.

YSSOUVREZ

Qu’est - ce que vous avez à me regarder comme ça, vous ?

LYNDA (cachant complètement son visage derrière sa perruque)

Je pas comprends. Vinir Boulgaria, chercher travail Frantsia. Boulgaria, pas travail …

YSSOUVREZ

Bulgarie ? Vous avez de la chance !

Et toi, Mao Tsé toung ? Qu’est - ce que tu caches encore dans tes cuisines insalubres et tes latrines fétides ?

XI

Rien cacher, exécrable divisionnaire. Xi Ling Yang honnête commerçant. Très bonne cuisine pas chère.

YSSOUVREZ

Eh ! Vous, là ! Vous êtes seule à manger avec trois assiettes. Sûr qu’il y a deux terroristes planqués dans les pissodromes !

LYNDA

Je pas comprends. Vinir Boulgaria chercher …

YSSOUVREZ

Oui, bon ! Ça va ! J’aurai ta peau, Lao Tseu ! Je démantèlerai ton trafic souterrain. Je te ferai fermer ta fumerie.

XI

Pas demain la veille, exécrable divisionnaire.

YSSOUVREZ

Mansinque ! Qu’est ce que vous faites ici ?

MANSINQUE

Ça se voit ! Je me restaure.

YSSOUVREZ

Vous vous goinfrez de cochonneries au lieu de procéder à des interpellations.

MANSINQUE

C’est exact.


YSSOUVREZ

Mais ma parole, c’est une conspiration ? Dufour ! Qui vous a permis ? Qu’est - ce que vous faites là ?

FABIEN

Moi aussi je me restaure. Et vous devriez goûter la soupe aux nids d’hirondelles. C’est délicieux.

YSSOUVREZ

Ne jouez pas au roi des imbéciles avec moi. Vous perdrez à tous les coups.

FABIEN

Oui, patron.

YSSOUVREZ

Je croyais vous avoir formellement interdit toute relation avec cette harpie. Non seulement vous fréquentez la taverne qui l’a récupérée, mais je vous vois vous tenir la main comme des amoureux.

FABIEN

« On a beau faire, on a beau dire, qu’un homme averti en vaut deux.

On a beau dire, on a beau faire, ça fait du bien d’être amoureux. »

YSSOUVREZ

Quoi ?

FABIEN

Jacques Brel.

YSSOUVREZ

Je me fiche de Jacques Brel.

FABIEN

Pas étonnant, vous êtes un béotien divisionnaire.

YSSOUVREZ

Vous aurez de mes nouvelles. Dufour, dans mon bureau immédiatement.

FABIEN

Pas avant d’avoir fini mon repas.

YSSOUVREZ

Vous la gargottière, allez servir vos clients.

FABIENNE

J’ai un patron pour me donner des ordres.

YSSOUVREZ

Je vous interdis de vous aimer.

FABIEN

A vos ordres, Monsieur le Commissaire divisionnaire.

(Il embrasse Fabienne.)

YSSOUVREZ

Ça alors ! Je … Je … Dufour ! Vous êtes viré ! Vous êtes viré ! Dumoulin ! Vous êtes virée !

FABIENNE

Tu m’as déjà viré la semaine dernière, vieille grosse tâche indélébile !

YSSOUVREZ

Quoi ? Vous … Je … Mansinque ! Faites quelque chose, nom de non ! Mais à quoi est - ce que je vous paye ?

MANSINQUE

Je suis à table, en train de manger. Si vous me contrariez pendant mon repas, je vais mal digérer. Je vais avoir des aigreurs d’estomac et toute cette sorte de désagréments. Je prendrais au moins trois semaines d’arrêt de travail.

YSSOUVREZ

Un insolent doublé d’un incapable. Mansinque ! Vous êtes viré.

MANSINQUE

A la bonne heure !

YSSOUVREZ

C’est vrai, j’oubliais ! Vous n’en avez plus rien à lustrer. Vous ne pensez plus qu’à la retraite.

MANSINQUE

C’est exact.

YSSOUVREZ

Raison de plus. Après le dessert vous irez voir la comptable.

MANSINQUE

Avec le plus grand plaisir ! Mais d’abord je bois mon café, ensuite le saké.

YSSOUVREZ

C’est moi qui ne peux plus vous saquer ! C’est une véritable révolte !

FABIEN

La révolte des pieuvres !

YSSOUVREZ

Vous allez me payer tout ça ! Et au prix fort ! Toi le chinetoque, je te le ferai fermer, ton tripot.

(Sort Yssouvrez.)

XI

Au plaisir de vous revoir, exécrable divisionnaire.

Scène VI

XI - FABIENNE - LYNDA - MAMADOU - MOHAMMED - FABIEN - MANSINQUE

MOHAMMED (sortant timidement des toilettes)

Il est parti ?

LYNDA

Il est parti. Vous pouvez revenir, et votre chop suey est froid.

(Mamadou et Mohammed reviennent sur le devant de la scène.)

MAMADOU

Maintenant tu le connais, le Commissaire divisionnaire Paul Yssouvrez.

LYNDA

Ce n’est pas une case qui lui manque : c’est l’échiquier !


MOHAMMED

‘Tain ! Nous nous sommes encore conduits en héros !

MAMADOU

Quel courage, mon potte !

MOHAMMED

Je n’oserai même plus regarde Aïcha dans les yeux.

MAMADOU

Moi non plus.

XI

Exécrable divisionnaire sale type. Toujours venir chez Xi, jamais manger. Pas aimer les noirs, pas aimer les arabes, pas aimer les chinois. Toujours fouiller partout. Fouiller cuisine, fouiller cave, fouiller toilettes, fouiller congélateur. Jamais rien trouver. Jamais trouver drogue, jamais trouver clandestins, jamais trouver viande pourrie.

FABIENNE

Pire que dans « L’aile ou la cuisse ». Il ne lui manque plus que la pipette et le tube à essai.

LYNDA

Enfin, il est parti.

FABIENNE

Vous pouvez enlever votre perruque, tout le monde vous a reconnue, Lynda de Syldurie.

(Lynda retire sa perruque et la fourre dans sa poche.)

FABIEN

D’ailleurs, vous êtes plus jolie ainsi.

(Fabienne lui donne un coup de pied dans le tibia.)

Aïe !

FABIENNE

Pardonnez - moi ma curiosité, Lynda. Voudriez - vous nous expliquer les raisons de votre visite si royale et si peu protocolaire ?

LYNDA

Volontiers.

Vous savez que mon père, dans les derniers mois de sa vie, avait commencé à combattre dans notre pays pour le respect des droits de l’homme. Lui-même n’a pas hésité à renoncer à certains privilèges liés à la royauté, afin d’offrir plus de liberté au peuple. Appelée à lui succéder, j’ai tenu à poursuivre sa lutte. Son combat est devenu le mien. J’ai voulu étudier de part le monde ce que les nations avaient à nous apprendre, et bien entendu, j’ai opté pour la France. Le pays des droits de l’homme par excellence. Je suis arrivée à Paris dans le plus strict incognito, et j’ai commencé à mener mon enquête.

FABIEN

Vous avez pourtant déjà séjourné à Paris.

LYNDA

Environs un an. Mais je ne préoccupais pas de la liberté de mon peuple. Je ne me suis d’abord intéressée qu’à mes propres plaisirs, ensuite qu’à ma propre misère.

FABIEN

Pourquoi avez-vous choisi d’établir votre état major dans ce quartier défavorisé ?

LYNDA

C’est ici que j’ai souffert et côtoyé la souffrance. C’est ici que se trouvent mes vrais amis. Tout bien pesé, je préfère les quais de la station Barbès à ma suite de l’hôtel Georges Cinq.

FABIEN

Vous ne dites plus « Georges Vé » ?

LYNDA

Je ne suis plus une ravissante idiote.

FABIEN

Vous n’êtes plus une idiote, mais vous êtes toujours ravissante.

(Fabienne lui donne un coup de pieds dans le tibia.)

FABIEN

Houlà ! Et pourquoi n’avez - vous pas demandé à rencontrer notre Président ?

LYNDA

J’en avais l’intention, mais je voulais d’abord visiter la France d’en bas et de l’intérieur. Ce que j’y ai vu m’a cruellement déçue. Je n’irai pas à Paris en visite officielle. C’est décidé, je n’irai pas. Je n’ai pas trouvé la France que j’aimais. J’ai trouvé la France qui exclue, la France qui expulse, la France qui opprime l’étranger, la France qui rend les puissants plus riches et les pauvres plus misérables. Cette France là, c’est ce qu’a été la Syldurie. Ce que la France a été, c’est ce que deviendra la Syldurie.

MOHAMMED

‘Tain, Lynda ! Ça c’est envoyé.

MAMADOU

C’est parlé comme une reine, mon potte.

FABIENNE

Qu’allez - vous faire, maintenant ?

LYNDA

Retourner dans mon pays. La France n’a rien à m’enseigner. Bientôt je donnerai des leçons à la France.

FABIENNE

Lynda a raison. La France a fait de mauvais choix, elle en subira bientôt les conséquences.

LYNDA

Je veux partir, mais pas sans avoir aidé mes amis, les exclus et les menacés.

FABIEN

Yssouvrez est plus furieux que jamais. Il va se venger sur vos amis. Pour lui, il suffit d’expulser tous les exclus, les africain et les maghrébins pour que la France devienne un paradis.



MANSINQUE

Je suis à la retraite depuis cinq minutes, et je vais rentrer dans ma province. J’ai justement hérité d’une ferme dans l’Eure - et - Loir, à l’écart du village. La place ne manque pas. Nous pourrions y cacher les plus menacés : madame Diallo et son fils, pour commencer.

FABIEN

Cela peut vous coûter la prison.

MANSINQUE

Et alors ? J’aime mieux aller en prison pour avoir caché des petits africains que pour avoir volé un pauvre. Je préfère être coupable d’avoir aidé mon prochain, si cela est devenu un crime. Allons chercher les Diallo sans tarder, Mamadou sait où les trouver.

Chère Lynda, accepterez - vous de nous accompagner dans mon fief ? Votre sagesse et votre foi nous seront précieuses.

LYNDA

Et pourquoi pas ? J’espère bien me rendre utile à notre cause.

FABIEN

Et vous Mohammed ? Et vous Mamadou ? Qu’allez - vous faire ? J’ai cru comprendre que vous avez décidé de vous rendre à la justice, mais que vous craignez de tomber entre les mains de ce cinglé.

MOHAMMED

C’est bien là notre problème. C’est un vrai fauve. Il va nous déchiqueter.

LYNDA

Et si … ? Non. C’est nul comme idée.

(Après un instant de réflexion)

On pourrait … Non. C’est n’importe quoi !

MANSINQUE

Dites - nous toujours à quoi vous pensez.

LYNDA

Si Mohammed et Mamadou nous accompagnaient chez vous, juste quelques jours. Ils pourraient librement réfléchir et prendre une décision : Soit retourner à Paris se livrer à la justice, ou soit … C’est un projet insensé … soit partir avec moi en Syldurie. Ils seraient jugés par la justice de mon pays.

MOHAMMED

‘Tain ! Comment sont les juges, chez toi ?

LYNDA

Ils sont justes. Certains étaient corrompus mais je les ai remerciés.

MOHAMMED

Moi j’irais bien chez « C’est exact », si tu viens avec nous.

MAMADOU

Le noir va se mettre au vert, mon potte.

MANSINQUE

Et vous les amoureux ? Vous êtes aussi mes invités, bien entendu.


FABIENNE

Un peu de repos à la campagne nous fera le plus grand bien.

MANSINQUE

Il nous faudrait un cuisinier pour toute cette troupe. Honorable Xi Ling Yang, on vous emmène dans nos valises.

XI

Fabienne très bien cuisinier, honorable commissaire. Xi Ling Yang bon professeur. Rester à Paris servir clients. Servir œufs pourris et peau de lézard aux nids d’hirondelles à exécrable divisionnaire. Puisse - t’il s’en crever la panse. HI ! Hi ! Hi ! …

RIDEAU

Par Lilianof - Publié dans : PLACE AU THEATRE - Communauté : auteurs dramatiques chrétiens
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