Jeudi 31 janvier 2008
La Bible, vrai ou faux ?

présentation Power point d'apès le livre publié  par  BLF Europe avec autorisation.
Par Lilianof - Publié dans : A BIBLE OUVERTE
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Mercredi 30 janvier 2008

Scène V

YAKOUBA - MOUSSA - VALERIE - AÏCHA - MAMADOU - MOHAMMED - FABIEN - FABIENNE

FABIEN

Voyons, Diallo. Ça m’à l’air d’être ici.

FABIENNE

Bien sur que c’est ici. Sinon ce serait écrit Escartefigue.

FABIEN

Alors dans ce cas, il va falloir y aller.

FABIENNE

Tu es sûr que tu vas bien, toi ? Je te sens hypomotivé.

FABIEN

Non, ça ne va pas bien. Je la sens mal, cette arrestation.

FABIENNE

Un enfant de huit ans et une femme éclopée ! Nous sommes deux. Tu veux que j’appelle le G.I.G.N. en renfort ?

FABIEN

Arrête de me charrier ! Je t’assure qu’en ce moment, je traverse une crise. Je ne sais même pas ce que je fais dans cet uniforme.

FABIENNE

Va voir la psychologue. En attendant, on passe à l’action.

FABIEN

Police, ouvrez.

FABIENNE

Si tu la joues à la Doc Gynéco, ils ne vont jamais t’ouvrir. Police, ouvrez.

MOHAMMED

Les keufs !

YAKOUBA

La police !

VALERIE

Les flics !

MOUSSA

Les pieuvres !

MOHAMMED

Cassons - nous !

MAMADOU

Pour aller où ?

MOHAMMED

Par la fenêtre.

AÏCHA

Ne faites pas les imbéciles ! Souvenez vous de ce que je vous ai dit.

MOHAMMED

Mais les keufs ils sont là derrière la porte.

AÏCHA

Eh bien, va leur ouvrir, et fais leur une belle risette.

MOHAMMED

On saute.

AÏCHA

Vous allez vous casser une jambe.

MOHAMMED

Est - ce que ça fait plus mal qu’un coup de matraque ?

YAKOUBA

Ça fait très mal.

FABIENNE

Police, ouvrez.

AÏCHA

Alors, Mamadou, qu’est ce que tu attends, va ouvrir à ces charmants policiers.

MAMADOU

Pour la risette, je ne te promets rien.

(Mamadou va ouvrir avec un sourire niais. Fabien, surpris, sursaute.)

FABIEN

Ah ! Papadou ! Mamadur !

VALERIE

Revoilà notre percussionniste virtuose. Le climat devient malsain, dans la région.

FABIENNE

Mamadou Djembé ! Mais quelle bonne surprise ! Depuis le temps qu’on te cherche partout. Et ton copain Mohammed est là aussi. C’est merveilleux. Je n’en espérais pas tant. Mes menottes et ma matraque commençaient à s’ennuyer. Elles manquaient d’exercice.


MOHAMMED

Tapez pas ! Tapez pas ! On se rend.

FABIENNE

Voilà trop longtemps que j’avais envie de vous casser la figure, à tous les deux.

AÏCHA

Arrête, Fabienne. Je leur ai parlé. Ils ne vont pas résister. Si vous n’étiez pas arrivés, ils seraient eux-mêmes venus se rendre. Ils veulent saisir leur seconde chance. Ne vas pas gâcher tout cela par des violences policières injustifiées.

FABIENNE

C’est vrai, ça ?

MOHAMMED

Oh ! Oui ! ‘Tain, promis, juré.

FABIENNE

Nous avons des ordres, Yssouvrez nous a demandé de les tabasser un petit peu, pour la forme.

AÏCHA

Si tu frappes, fais tout de suite une croix sur de notre amitié, en rouge avec un gros pinceau.

FABIENNE

Vous pouvez remercier mademoiselle Belkacem.

FABIEN

En tout cas c’est un jour de chance, nous étions simplement venu pour deux petits lapins et nous rapportons deux gros sangliers. Le pitbull enragé sera content.

FABIENNE

Peut être même qu’il en oubliera le conseil de discipline qui me pend au nez.

FABIEN

Ne rêve pas trop.

(Olivier frappe à la porte.)

MOHAMMED

Les keufs !

YAKOUBA

La police !

VALERIE

Les flics !

MOUSSA

Les pieuvres !

MAMADOU

Mais non ! Ils sont déjà là, mon potte !


Scène VI

YAKOUBA - MOUSSA - VALERIE - AÏCHA - MAMADOU - MOHAMMED - FABIEN - FABIENNE - OLIVIER

YAKOUBA

Qui est - ce ?

OLIVIER

C’est le facteur.

YAKOUBA

Ah ! Olivier ! Mais entrez, mon petit.

(Entre Olivier.)

OLIVIER

Alors madame Diallo ! Et cette jambe ?

YAKOUBA

Ma foi, mon petit, ça se recolle comme ça peut.

OLIVIER

Et tout ça à cause de ces fumiers de fli … (apercevant Fabien et Fabienne) de … de … Enfin ! Nous vivons une drôle d’époque. Figurez - vous que Johnny Hallyday veut se planquer en Suisse pour payer moins d’impôts. Je vous le dis, c’est la fuite des cerveaux.1

YAKOUBA

Ils veulent l’empêcher de sortir, et nous on veut nous forcer à sortir.

OLIVIER

Ne vous laissez pas faire ! Faites comme moi, Rejoignez la Ligue Révolutionnaire Marxiste Trotskiste Léniniste Staliniste pour la Défense du Prolétariat et la Lutte Contre le Capitalisme : L.R.M.T.L.S.D.P.L.C.C.

YAKOUBA

Olivier il est grave ! A part ça, vous avez du courrier.

OLIVIER

Ah ! Mais oui. Un colis qui n’entre pas dans la boîte. Enfin, cette chose en fer blanc qu’on ose appeler une boîte aux lettres. Alors je suis monté.

YAKOUBA

Ça c’est sympa, Olivier. Les autres ils n’ont pas ce courage.

OLIVIER

C’est pour vous deux. Je sais qu’on peut vous trouver ici.

(Il donne à Mohammed et Mamadou un colis semblable à celui qu’a reçu Fabien.)

MOHAMMED (lisant l’adresse)

« Mohammed et Mamadou, station de métro Barbès - Rochechouart, Paris, France. » il est vraiment trop fort, notre facteur : Un autre, il n’aurait pas trouvé.

OLIVIER

Bien, moi je m’en vais, ma sacoche est encore lourde. Bonne journée.

YAKOUBA

A vous aussi.

(Olivier sort.)

Scène VII

YAKOUBA - MOUSSA - VALERIE - AÏCHA - MAMADOU - MOHAMMED - FABIEN - FABIENNE

FABIENNE

Bien, reprenons.

MOHAMMED

Est - ce qu’on peut lire le courrier, avant l’excursion en panier à salade.

FABIENNE

Mais je vous en prie, nous avons le temps.

MAMADOU

D’où est -ce que ça vient ?

MOHAMMED

‘Tain ! Qu’est - ce que c’est que ce timbre ?

MAMADOU

Il y a des lettres à l’envers, mon potte.

FABIEN

Ça vient de Syldurie.

MOHAMMED

Comment vous savez - ça, vous ?

FABIEN

Nous sommes de super - pieuvres, comme le lieutenant Columbo.

MOHAMMED

Là vous m’épatez !

FABIEN

Nos seulement je sais d’où vient ce colis, mais je sais ce qu’il contient.

MOHAMMED

‘Tain, vous me fichez la trouille maintenant.

MAMADOU

Arrête, mon potte. C’est sûrement une bombe.

FABIEN

Pire que ça !

FABIENNE

Ouvre - le.

MOHAMMED

Mais si ça explose ?

FABIENNE

Si ça explose, plus de flics, plus de voyous. Rendez - vous en enfer.

(Mohammed ouvre le colis avec d’infinies précautions)

MAMADOU

Un bouquin !

MOHAMMED

‘Tain ! Même pas d’images !

MAMADOU

Mais qui est - ce qui nous envoie çà ?

FABIEN

Il y a une lettre jointe, lisez - là.

MAMADOU

Lynda !

MOHAMMED

Qui ça ? Lynda ? La Lynda ? Notre Lynda ?

MAMADOU

Moi qui pensais qu’elle nous avait oubliés !

MOHAMMED

« Cher Mohammed, cher Mamadou,

Depuis notre fameuse rencontre sur ce quai de métro, et mon départ de Paris tant soit peu précipité, je n’ai cessé de penser à vous. Je viens de vivre une expérience extraordinaire. C’est une aventure beaucoup plus importante dans ma vie que celle dont parlent tous les journaux, lesquels me comparent à Cendrillon, et qui sais - je encore … »

MAMADOU

Quel rapport entre Linda et Cendrillon ?

MOHAMMED

Passe - moi le journal. ‘Tain ! Mais c’est elle ! Je te dis, c’est elle !

MAMADOU

C’est elle quoi ?

MOHAMMED

La reine de Slov … Birmanie. C’est elle, c’est Lynda.

MAMADOU

La nôtre ?

MOHAMMED

La vraie.

AÏCHA

Alors qu’est - ce que je vous avais dit ? Vous m’avez prise pour une gourde.

MOHAMMED

Tu le savais, Aïcha ?

AÏCHA

Je le savais.

FABIEN

Continue. Qu’est - ce qu’elle nous dit, sa Majesté Lynda Première ?


MOHAMMED

«  … Cendrillon et qui sais - je encore. J’ai rencontré celui qui m’a donné une vie nouvelle. Je vous encourage à le rencontrer vous aussi, car vos vies, tout comme la mienne, ont besoin d’être changées. Prenez un peu de temps pour lire sa parole. Je vous recommande la lecture à partir de Jean 3.16 car c’est dans ce verset que se résume tout son message. … ».

MAMADOU

Jean Troisseize ! Tu connais ce gars - là mon potte ?

MOHAMMED

Jamais entendu parler.

FABIENNE

Eh bien ! Ouvre - le, ce livre. Ta culture va monter d’un cran ou deux.

FABIEN

En parlant de culture, savez - vous, mademoiselle Belkacem, que j’ai commencé à lire le Coran ?

FABIENNE

Tu lis le Coran, toi ?

FABIEN

Je lis la Bible et je lis le Coran.

FABIENNE

Tu ne finiras jamais de m’étonner. Fais un nœud à ton estomac, c’est bientôt le Ramadan.

FABIEN

Je n’ai pas le projet de me convertir à une religion ou à l’autre. Simplement, je travaille au milieu de musulmans et j’ai réalisé que la meilleure façon de les comprendre, c’est encore de connaître un peu leur Livre.

AÏCHA

Vous avez raison, Fabien. La méconnaissance de la culture de l’autre est source de nombreux conflits. Moi - même, en ce moment, je lis Voltaire. Cela devrait m’aider à comprendre la pensée française qui est si complexe. J’ai aussi essayé de lire Titeuf pour être en phase avec la culture des jeunes, mais j’ai bien vite décroché. Littérature du siècle des Lumières, littérature du siècle des ténèbres !

FABIEN

Alors, Mohammed, où en es - tu dans ton expérience littéraire ?

MOHAMMED

C’est un gros livre. Vous avez vu toutes ces pages ? Il y en a plus de mille ! Et c’est écris tout petit.

MAMADOU

T’en as pour la vie à lire tout ça mon potte.

FABIEN

Il parait que celui qui commence ne peut plus s’arrêter.

MAMADOU

Alors il vaut mieux ne pas commencer.


MOHAMMED

Voyons le titre : « Parole de vie - la Bible en français fondamental ».

MAMADOU

Ça veut dire quoi ? Fondamental ?

FABIEN

Ça veut dire que c’est traduit dans un français que tout le monde peut comprendre. Même les illettrés comme vous qui écrivent « nique ta mère » comme celle de Charles Trenet.

MAMADOU

Toi et moi on est des français fondamentals, mon potte.

FABIEN

Fondamentaux.

MOHAMMED

Alors là dedans, il faut qu’on trouve Jean Troisseize.

MAMADOU

Il doit bien y avoir une table des matières.

MOHAMMED

Oui. La voilà. « Esaïe, Jérémie, Lamentation de Jérémie … » Mais je ne le trouve pas, ce mec.

MAMADOU

Cherche dans les T.

MOHAMMED

Ce n’est même pas dans l’ordre alphabétique.

FABIEN

Vous êtes perdus, les gars. Je vais vous guider un peu. Vous avez deux grandes sections : l’Ancien et le Nouveau Testament. Vous voyez le nouveau ?

MOHAMMED

Oui.

FABIEN

Il commence par les quatre Evangiles : Matthieu, Marc, Luc et Jean. Jean, c’est celui qui nous intéresse.

MOHAMMED

Page 1183.

FABIEN

Bien. Vous y êtes ? Vous avez des chiffres pour vous repérer. Les gros chiffres, ce sont les numéros de chapitres, les petits chiffres ceux des versets. Vous cherchez, dans l’Evangile de Jean, le chapitre trois, et le verset seize.

MOHAMMED

‘Tain ! Troisseize, je croyais que c’était le nom du mec, en langage S.M.S.

MAMADOU

Moi aussi mon potte.

FABIEN

Alors ?

MOHAMMED

« Oui, Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Ainsi, tous ceux qui croient en lui ne se perdront pas loin de Dieu, mais ils vivront avec lui pour toujours. »

AÏCHA

Son fils unique ! Où Dieu a - t - il donc trouvé une femme pour avoir un fils unique ?

FABIEN

Vous dites, Aïcha ?

AÏCHA

Non, rien. Si l’Evangile peut aider ces jeunes à trouver la paix, après tout. C’est très bien.

FABIEN

Et qu’est - ce que vous en pensez ?

MOHAMMED

Je n’en pense rien du tout. Je n’ai rien compris.

MAMADOU

Moi non plus, mon potte.

AÏCHA

Jésus a dit de très belles choses. Il est salutaire de les mettre en pratique. Mais enfin ! Ce n’est pas le fils de Dieu. C’est un prophète. Il peut sans doute vous aider à devenir meilleurs, mais vous donner la vie éternelle, ça non. Il n’y a qu’Allah, s’il veut bien prendre pitié de nous.

MAMADOU

Et le keuf, qu’est - ce qu’il en pense ?

FABIEN

Il y a des choses vraiment encourageantes dans ce livre. Savez - vous ce que Jésus a dit à un brigand, condamné à mort, qui vivait ses dernières minutes ?

MOHAMMED

Non.

FABIEN

Il a dit : « Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. »2

MOHAMMED

Depuis que je sais marcher, on n’arrête pas de me dire que j’ai le diable au corps et que je finirai en enfer.

MAMADOU

Ça veut dire que nous aussi on a une chance.

FABIENNE

On aurait envie d’y croire.



MOHAMMED

Lynda y a cru. Elle est convaincue qu’elle bénéficie d’une vie nouvelle, autant dans ce monde terrestre que dans l’au-delà.

VALERIE

Tout cela est bien joli, mais tout de même, qu’est - ce qui vous prouve que c’est Dieu lui - même qui a écrit la Bible ?

FABIEN

Eh bien ! Il ne l’a pas écrite lui - même, mais il l’a communiquée aux Prophètes, et aux Apôtres.

VALERIE

Mais cela ne prouve rien. N’importe quel philosophe en manque de disciples aurait pu écrire tout cela de son propre chef et, pour se faire une bonne publicité, raconter que c’est Dieu qui l’a inspiré. On était crédule en ces temps - là.

FABIEN

Oui, c’est vrai. Cela ne prouve rien.

(Le téléphone de service de Fabien sonne.)

Allo ! Dufour, j’écoute … Où ça ? … immédiatement ? … C’est urgent ? … Ici aussi c’est urgent … Nous somme sur le point d’arrêter Djembé et son complice ... Ce n’est pas urgent ? … Il faudrait savoir ! … Qu’est ce qui se passe ? … Les étudiants ? … Ils vous lancent des pavés ? … Ça vous rappelle votre jeunesse ? … Et les C.R.S. ? Qu’est - ce qu’ils fabriquent, les C.R.S. ? … En grève ? … Ils vous lancent des pavés aussi ? … Bon … Le temps d’aller chercher nos casques lourds et on arrive.

FABIENNE

C’est reparti comme en 40 ?

FABIEN

Non, comme en 68.

MOHAMMED

Et nous ?

FABIEN

Vous, vous avez de la chance, on n’a même pas le temps de vous cueillir. Mais nous allons revenir avec les copains, alors un bon conseil : Allez vous planquer n’importe où dans Paris, qu’on ne vous retrouve pas.

FABIENNE

Mais tu es malade ? Pourquoi tu leurs dis ça ?

FABIEN

Moi ? Je … Je n’en sais rien. Finalement je les aime bien ces petits gars. Nous avons des valeurs communes.

MAMADOU

On va suivre ton conseil, mon potte.

FABIEN

Allez ma petite Fabienne, viens te faire cabosser ton joli minois.

RIDEAU

1 Dixit O.B.

2 LUC 23.43

Par Lilianof - Publié dans : PLACE AU THEATRE - Communauté : auteurs dramatiques chrétiens
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Lundi 28 janvier 2008

ACTE III

L’appartement des Diallo, rue de la Goutte d’Or. Un taudis. Une seule pièce, décor afro - oriental, pallier côté jardin. Un journal sur la table.

Scène première

YAKOUBA - MOUSSA (Yakouba a une jambe plâtrée.)

MOUSSA

Tu as toujours mal à la jambe ?

YAKOUBA

Non, c’est passé. J’ai eu très mal quand elle s’est cassée, mais maintenant qu’elle est enfermée dans ce plâtre, elle se recolle lentement. Il me faut de la patience. Ce n’est plus la douleur qui est pénible, c’est l’immobilité. Il y a tant à faire, et je ne peux pas bouger. Heureusement, nous avons des amis qui nous aident : Valérie, ton institutrice, et son mari ; Aïcha, qui se donne tant de mal pour aider les enfants du quartier. Cette jeune fille a beaucoup de courage. Comme je l’admire !

MOUSSA

Mamadou est venu tout à l’heure apporter un peu à manger. Je l’aime bien, Mamadou.

YAKOUBA

Mamadou et Mohammed sont bien gentils eux aussi, ils ont un cœur plein d’amour pour nous aider. Malheureusement ils font des choses pas très honnêtes. J’ai peur qu’en étant trop amis avec eux, tu te laisses entraîner dans leur trafic et qu’il ne t’arrive des ennuis.

MOUSSA

Mais pourquoi est - ce qu’il vend des fausses montres, Mamadou ?

YAKOUBA

Il aurait certainement préféré en vendre des vraies. Mais personne ne lui donne du travail. La peur de l’avenir nous pousse parfois à de mauvaises actions.

MOUSSA

Comment est - ce que c’est arrivé ?

YAKOUBA

Quoi ?

MOUSSA

Ton accident ?

YAKOUBA

Je te l’ai déjà expliqué : je suis tombée de la fenêtre. En voulant fermer les volets, j’ai glissé, et j’ai basculé de l’autre côté.

MOUSSA

Maman, tu ouvres et ferme les volets tous les jours. Pourquoi est - ce que cette fois - ci, tu est tombée dans la rue ? Tu aurais pu te tuer. Je n’ai déjà plus de papa.

YAKOUBA

Je me suis pris les pieds dans quelque chose.

MOUSSA

Ça ne s’est pas passé comme ça. D’ailleurs, à l’heure où c’est arrivé, on ne ferme pas les volets. Tu ne me dis pas la vérité parce que tu as peur que je m’inquiète. Tu sais je n’ai plus peur maintenant. Depuis que les pieuvres sont venues me chercher à l’école et que madame Ozdenir m’a défendu, je suis devenu courageux.

YAKOUBA

C’est vrai. Je vais te dire la vérité. Quand les policiers sont venus te chercher, ils sont venu ici aussi. Alors j’ai eu très peur. On ne réfléchit pas quand on a peur : J’ai sauté dans la rue. C’est vrai, j’aurais pu me tuer, le bon Dieu m’a fait une grâce.

MOUSSA

Mais pourquoi ils en ont après nous, les pieuvres ? On n’a rien fait. On n’a rien volé, on ne met pas le feu aux voitures, on ne vend pas des fausses montres comme Mamadou, ni de faux médicaments comme Mohammed.

YAKOUBA

Notre premier crime, c’est d’être noirs. Ensuite, nous n’avons pas une maison décente, nous ne trouvons pas de travail, et surtout, nous n’avons pas de carte d’identité comme tous les français en ont.

MOUSSA

En somme, nous sommes des étrangers. La France n’aime pas les étrangers.

YAKOUBA

La France n’a jamais été un paradis pour nous, mais depuis quelques mois, les dirigeants ont changé, cela devient de plus en plus difficile de vivre ici.

MOUSSA

On veut nous renvoyer au Mali.

YAKOUBA

Oui.

MOUSSA

Ce sera dur pour moi. Je ne connais que ce quartier. Mais toi, tu y es née, au Mali. Mamadou aussi. Il doit bien vous rester quelques amis là - bas.

YAKOUBA

Sans doute, mais au Mali aussi la vie est difficile. Les gens sont très pauvres. Et puis il y a le désert, le Sahara qui envahit le nord du pays. Chaque semaine les dunes recouvrent des cases et des plantations. Les gens sont obligés d’aller habiter plus loin. Si les choses continuent ainsi, le Mali n’existera plus, mais les maliens existeront toujours. Il faudra bien qu’ils aillent quelque part.

MOUSSA

Pas en France, puisque les français ne veulent plus d’eux.

(Machinalement, Moussa a pris un morceau de peinture qui s’écaille d’un mur.)

YAKOUBA

Ne touche pas à ça, va te laver les mains. Je te l’ai déjà dit : Il y a du plomb dans cette vieille peinture. Tu risques d’attraper des maladies.

MOUSSA

Oui maman.

(Il va se laver les mains.)

YAKOUBA

De toutes façons les tuyaux sont aussi en plomb. Il y a du plomb dans l’eau du robinet et nous n’avons pas les moyens d’acheter de l’Evian. Il y a du plomb dans la soupe, du plomb dans le riz, du plomb dans le café et du plomb dans le foutou. Mourir du sida, mourir d’un coup de matraque, mourir défénestré ou mourir de saturnisme, il n’y a rien d’encourageant dans notre avenir.

(Valérie atteint le pallier et frappe à la porte.)

La police !

MOUSSA

Les pieuvres !

Scène II

YAKOUBA - MOUSSA - VALERIE

VALERIE

Yakouba, ouvre moi, s’il te plait, c’est Valérie.

(Moussa va ouvrir. Entre Valérie.)

MOUSSA

C’est ma maîtresse d’école.

VALERIE

Comment vas - tu, mon petit Moussa ? Est - ce que tu t’es remis de tes émotions ?

MOUSSA

J’essaie de ne plus y penser, mais j’y pense toujours. Mais vous même, est - ce que ça va mieux ? Vous aviez reçu des coups.

VALERIE

Je me rétablis tout doucement, je prends des comprimés contre la douleur. Mais une agression laisse toujours des traces dans l’esprit.

MOUSSA

Ils vont revenir, n’est - ce pas ? Ils vont nous forcer à retourner au Mali, un pays qui ne va plus exister parce que le désert dévore les maisons.

VALERIE

Je ne sais pas, mon chéri. Il faut s’y préparer. C’est très beau l’Afrique, tu sais ? Et puis il y a des animaux qui vivent en liberté : des gazelle, des antilopes, des girafes.

MOUSSA

Des éléphants ?

VALERIE

Des éléphants aussi, et des zèbres, et des hippopotames.

MOUSSA

C’est chouette ! J’ai envie d’y aller, en Afrique.

VALERIE

Et toi, Yakouba ? Cette jambe ?


YAKOUBA

Parfois elle me fait encore mal. C’est l’os qui se remet en place. Et puis, dans trois semaines on m’enlève ce maudit plâtre. Il me faudra encore deux bons mois de rééducation et je pourrais courir, moi aussi, comme une gazelle.

VALERIE

En attendant, j’espère que tu ne te prendras plus pour un écureuil volant.

YAKOUBA

Mais toi-même , Valérie, tu m’as l’air soucieuse.

VALERIE

Je voulais que tu sois la première à le savoir : Youssouf est parti.

YAKOUBA

Ils l’ont embarqué ?

VALERIE

A l’heure actuelle, il doit survoler la Roumanie. La police est arrivée à cinq heures du matin. A peine le temps de s’habiller, pas le temps de boire un café. Ils l’ont mis dans le panier à salade, comme un malfaiteur. Pourquoi nous ? Nous étions si heureux.

YAKOUBA

Que vas - tu faire maintenant ?

VALERIE

Me battre. Jusqu’à ce que mon mari revienne, qu’on lui donne le droit d’exister, qu’on nous accorde celui de nous aimer en paix.

YAKOUBA

Mais sur quels critères décident - ils de ceux qui doivent partir ou de ceux qui peuvent rester ?

VALERIE

A croire qu’ils le jouent aux dés.

YAKOUBA

Mais pourtant, Youssouf a fondé un foyer en France. Il a appris le français, il s’est intégré à votre culture.

VALERIE

Les juges ne comprennent pas qu’une femme cultivée comme moi ait pu épouser un maçon. Selon eux, c’est un mariage combiné pour lui permettre de séjourner en France. Mais j’ai le droit d’aimer un maçon. Est - il écrit dans la Constitution qu’une institutrice doive épouser un instituteur ? L’amour à des raisons qui échappent au raisonnement.

(Aïcha frappe à la porte.)

YAKOUBA

La police !

VALERIE

Les flics !

MOUSSA

Les pieuvres !

Scène III

YAKOUBA - MOUSSA - VALERIE - AÏCHA

AÏCHA

N’ayez pas peur, c’est moi, Aïcha.

(Moussa va ouvrir, entre Aïcha.)

Bonjour tout le monde. Bonjour Valérie. Qu’est - ce qui ne va pas ? Tu as l’air triste.

VALERIE

Youssouf a été expulsé.

AÏCHA

Pauvre amie, je ne te laisserai pas tomber, j’irai voir le Juge.

VALERIE

Je te remercie, Aïcha, j’ai bien peur qu’il soit trop tard.

AÏCHA

Sois persuadée que je ferai tout mon possible pour t’aider. Je me battrai à tes côtés.

VALERIE

Tu es vraiment une bonne amie pour accepter de partager mes difficultés.

AÏCHA

Mohammed et Mamadou ne sont pas là ? Je devais les rencontrer ici.

YAKOUBA

Ils ne devraient pas tarder.

AÏCHA

J’ai tout de même une bonne nouvelle : Djamel et Rachid ont été libérés. Cela n’a pas été facile. Le nouveau commissaire divisionnaire est un cas social. Irrécupérable ! Enfin ! Les garçons sont en liberté. Je leur ai soufflé deux mots dans les bronches. Je crois qu’ils ont compris. Mais ils ont besoin de quelqu’un de sérieux pour les soutenir au quotidien. Yakouba, je peux compter sur ta sagesse de vielle maman pour m’aider à les recadrer.

YAKOUBA

Je te remercie pour ta confiance. Mais ma mission risque d’être courte. D’ici qu’on nous renvoie au Mali à coup de pieds au derrière !

(Mohammed et Mamadou frappent à la porte.)

YAKOUBA

La police !

VALERIE

Les flics !

MOUSSA

Les pieuvres !




Scène IV

YAKOUBA - MOUSSA - VALERIE - AÏCHA - MAMADOU - MOHAMMED

MOHAMMED

‘Tain, c’est nous !

MAMADOU

Laissez nous entrer, les pottes.

(Moussa va ouvrir, entrent Mamadou et Mohammed.)

YAKOUBA

Alors les garnements, où est - ce que vous êtes encore allé traîner ?

MOHAMMED

Notre univers est toujours aussi limité, le métro, chez Tati, Chez Mac Do.

YAKOUBA

Vous avez encore vendu de la drogue.

MOUSSA

Et des fausses montres.

MOHAMMED

Pas tant que ça. Les affaires ne vont plus aussi bien.

MAMADOU

Et puis on est moins motivés, mon potte.

AÏCHA

Très bien, puisque nous sommes entrés dans le vif du sujet, je n’irai pas par trente six voies. Je me bats comme une panthère à cause de vous, mais j’apprécierais un peu de collaboration de votre part.

MAMADOU

Quelle collaboration est - ce que tu attends de nous, ma jolie ? Une ristourne sur la marchandise ?

AÏCHA

Parlons - en de ta marchandise ! Je harcèle la police pour la convaincre que les jeunes du quartier sont de braves garçons, qu’ils ont seulement besoin qu’on les recadre et qu’on les écoute. Comment voulez - vous maintenant que je défende des gars comme vous ? Dès que j’ai le dos tourné vous recommencez votre petit commerce.

MAMADOU

J’aimerais bien - t -y voir, Aïcha. Tu es payée tous les mois, mais nous on vit de montres de contrefaçon. Et puis ce n’est pas méchant, on aide les gens à réaliser leurs rêves. D’ailleurs, on ne fait pas beaucoup de bénéfice. Tout le monde rêve de se payer une montre Cartier, au prix où elles coûtent ! Et nous on la leur offre ou presque, pour un tout petit billet de rien du tout, ils ont la même montre que les émirs de l’avenue Foch. Il n’y à que l’orthographe qui change un peu. Mais les gens, ils ne savent même plus lire, mon potte. Je suis sûr qu’ils écrivent tous un quartier d’orange avec un C.

AÏCHA

Ce n’est pas une raison. La police vous cherche partout. Et moi je passe mon temps à vous trouver des avocats, vous en aurez besoin. Je ne peux pas non plus vous protéger, j’essaie seulement de faire appel à votre raison, à votre conscience. Car vous avez une conscience, elle est enfouie quelque part sous les sacs de canabis.

MOHAMMED

Aïcha a raison. J’aimerais bien arrêter tout çà. Avec les gros dinosaures qui contrôlent la drogue, nous finirons assassinés.

AÏCHA

Justement ! Savais tu qu’assassin vint d’un mot arabe qui signifie « fumeur de haschich » ?

MOHAMMED

Non.

AÏCHA

D’autre part, la police de l’arrondissement vient de s’équiper d’un nouveau divisionnaire. Le commissaire Mansinque, c’et un vieux caniche, mais Yssouvrez, c’est un pitbull. Tenez - vous à carreau, s’il vous plait. Je n’ai jamais vu le père fouettard apporter des cadeaux. Il fera tout son possible pour vous charger comme un transall.

MOHAMMED

‘Tain, si on pouvait faire autre chose que vendre de la cochonnerie.

MAMADOU

C’est vrai, on en a une de conscience, et je ne sais pas pourquoi, elle me réveille de plus en plus souvent la nuit.

AÏCHA

Je ne pourrai pas vous empêcher d’aller en prison, toute dette envers la société doit être payée. Mais si vraiment vous faites preuve de contrition …

MOHAMMED

Preuve de quoi ?

AÏCHA

Si vous regrettez vos erreurs, si vous renoncez à vos activités malhonnêtes, si vous me laisser vous aider en vue de votre réinsertion, je pourrais convaincre les juges que la méchanceté n’est pas enracinée en vous, que se sont les tempêtes de la vie qui vous ont entraîné dans la délinquance, et que vous voulez lutter pour en sortir. La justice y sera sensible. Après une peine moins lourde, vous pourrez recommencer une nouvelle vie.

MOHAMMED

‘Tain, c’est vrai, Aïcha. J’en ai ras la marmite de cette vie - là.

MAMADOU

Moi aussi mon potte.

AÏCHA

J’en suis heureuse ! Au premier rond - point, tourner à droite, en route sur une voie nouvelle, celle de la réussite. Vous en êtes capables, les gars, j’ai confiance en vous.

MOHAMMED

Tu sais depuis quand ?

AÏCHA

Non !

MOHAMMED

Depuis que nous avons rencontré cette fille zarbi.

MAMADOU

Oui ! Cette meuf de ouf ! La fille qui … qui … Moi c’est pareil mon potte.

AÏCHA

De quelle fille parlez - vous ?

MOHAMMED

Une fille qui chantait un drôle de rap.

MAMADOU

Ouais mon potte ! Ça parlait d’un mec qui creusait la terre avec une bêche.

MOHAMMED

‘Tain ! Elle voyait des girafes dans le métro.

MAMADOU

Je lui ai refilé une de mes tocantes, mon potte.

MOHAMMED

Elle a cru que c’était un cadeau. Pas très futée.

MAMADOU

Elle peut - être pas très futée, mais moi pas du tout sympa. Elle a eu des histoires avec les keufs, mon potte.

MOHAMMED

Ils l’ont expulsé en Syldavie.

MAMADOU

Bordurie.

MOHAMMED

Qu’importe. Elle n’est plus là. Elle me manque. Ça fait un grand trou dans ma vie.

MOHAMMED

Dans la mienne aussi, mon potte.

MAMADOU

Elle s’appelait comment déjà ?

MOHAMMED

Sonia.

MAMADOU

Non pas Sonia. Sandra. Non, Lynda. C’est ça, Lynda.

MOHAMMED

‘Tain ! Tu crois qu’on la reverra un jour ?

MAMADOU

Ça m’étonnerait, mon potte. C’est une indésirable de la République. Une racaille cataloguée. Comme nous, du reste.


MOHAMMED

En tout cas, elle nous a marqués. Ce n’était pas une fille comme les autres. Elle ne doit pas venir de la même planète. Cette rencontre a changé quelque chose en nous, elle nous a donné un peu de lumière dans le cœur, une semence d’espoir.

MAMADOU

Ça c’est bien vrai mon potte.

MOHAMMED

Je n’ai même pas lu le journal, moi.

(Il prend le journal sur la table.)

« Le couronnement de la reine de Syldurie. »

MAMADOU

Rien à cirer de la Pennsylvanie, mon potte ! Et en France, quoi de nouveau ?

MOHAMMED

En France ? Toujours le même souk. La banlieue flambe, le métro est en grève, et le Président va s’adresser aux français.

MAMADOU

Alors il ne s’adressera pas à nous, mon potte.

MOHAMMED

‘Tain ! Regarde ça !

MAMADOU

Quoi ?

MOHAMMED

La nouvelle reine de Bosnie.

MAMADOU

Eh bien quoi ?

MOHAMMED

Regarde sa tête !

MAMADOU

Incroyable, cette ressemblance !

MOHAMMED

C’est le sosie de Lynda.

AÏCHA

Je peux jeter un coup d’œil ?

MAMADOU

Bien sûr.

AÏCHA

C’est une très belle jeune fille.

MAMADOU

Tu comprends qu’elle nous ait fait craquer.

MOHAMMED

Lynda, où la reine de Karélie ?


AÏCHA

Pourquoi pas les deux ?

MAMADOU

Tu rigoles ?

AÏCHA

Cette Lynda qui vous fait tant tourner la tête est repartie pour la Syldurie. Autant que je sache.

MOHAMMED

Alors là, ma pauvre Aïcha, c’est n’importe quoi !

MAMADOU

Pas la peine d’avoir un bac plus trois péniches, mon potte.

(Fabien et Fabienne paraissent sur le pallier.)

Par Lilianof - Publié dans : PLACE AU THEATRE - Communauté : auteurs dramatiques chrétiens
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Dimanche 27 janvier 2008

Scène V

MANSINQUE - AÏCHA - FABIENNE

MANSINQUE

Ouf !

FABIENNE

Mais qu’est - ce qui m’a prise de lui dire tout ça ?

MANSINQUE

Alors les filles ! J’ai bien l’impression que vous vous êtes faites toutes deux un nouvel ami.

AÏCHA

Ce bonhomme m’a déplu dès que je l’ai vu. J’ai reconnu à ses premières paroles cette mentalité d’extrême droite déguisée qui afflige notre beau pays. Un de ces démagogues qui croient, et veulent nous faire croire qu’il suffit d’expulser tous les étrangers pour faire disparaître la délinquance et le chômage.

MANSINQUE

Vous avez raison, Aïcha, permettez -moi de vous appeler ainsi. Notre nouveau patron n’est pas un cadeau du ciel. Vous avez sans - doute agi selon votre cœur. Mais comment vais - je vous défendre ? Ce type est un opportuniste accompli. Il a été nommé par faveur. Tout le monde le sait. Il sait se faire des amis dans l’échelle sociale, lui. Le Préfet de police, le maire de Paris, le ministre de l’intérieur, et si j’en crois la rumeur, le Président lui - même.

AÏCHA

Pas étonnant, puisqu’il l’appelle Nick.

FABIENNE

Je le déteste, je le hais, je l’exècre. Il a des prétentions et des ambitions démesurées. Il traite son personnel avec mépris. Il n’aime pas les jeunes, ni les bronzés. Alors quand on est jeune et bronzé, tu t’imagines !

Depuis son arrivée, il a tout cassé dans le commissariat, il a usurpé notre rôle, s’imaginant être le seul pourvu d’efficacité. Il nous tyrannise, il nous met sous pression du matin jusqu’au soir. C’est à croire qu’il sort directement des chaînes de montage de chez Kärcher.1

MANSINQUE

Et qu’allez - vous faire, maintenant ?

AÏCHA

Moi je n’ai pas peur. Je suis bien notée, tout le monde apprécie mon travail, aussi bien mes chefs que les jeunes du quartier, tout le monde sauf ce succédané de Mussolini à vapeur. Dans le pire des cas je serai mutée en banlieue en guise de brise - lame.

MANSINQUE

Et vous, Fabienne ? Je ne donne plus un centime de franc CFA de votre carrière.

FABIENNE

On recrute des caissières chez Tati. C’est bien caissière, un métier plein d’avenir. On peut même devenir ministre. Vous m’imaginez garde des sceaux, au prix où est le gazole. Je forcerai le Popaul à se vautrer devant moi.

AÏCHA

Tu rêves toute éveillée, ma petite pieuvrette.


MANSINQUE

Pour le moment, c’est moi qui suis vautré, et j’en ai honte. Quand je vois la bravitude, pardon, la bravoure avec laquelle vous avez tenu tête à cet enragé. Et moi qui obéis sans réagir !

FABIENNE

Nous avons le feu de la jeunesse et vous la sagesse de la maturité.

MANSINQUE

Je crois bien que je vais vous ravir un peu de votre jeunesse et de votre feu. D’ailleurs, je ne risque plus ma carrière, moi. Elle est dans mon album photo, ma carrière.

(Le téléphone sonne.)

Allo ! Mansinque. C’est exact … c’est exact … Ozdenir … C’est exact … Youssouf Ozdenir … Un turc … C’est exact … Travailleur clandestin … C’est exact …

Scène VI

MANSINQUE - AÏCHA - FABIENNE - FABIEN

FABIEN (en coulisse)

« Je ne fais pourtant de tort à personne

En n’écoutant pas le clairon qui sonne … »

(Entre Fabien, apportant le courrier, dont deux journaux et un petit paquet.)

MANSINQUE

Ah ! Voilà le postier de service.

FABIEN

Je viens de croiser le Zébulon à ressort. Il tirait une de ces bobines !

FABIENNE

Une pieuvre lui a jeté un litre d’encre à la figure.

AÏCHA

Il vient de découvrir mon côté félin : J’ai le poil doux et les griffes acérées.

FABIEN

Vous avez regimbé contre ce cuistre.

FABIENNE

Un tant soit peu.

MANSINQUE

C’est exact. Voyons la presse.

(Il prend un journal.)

Voilà qui commence bien : « Préavis de grèves. Grève des cheminots, grève dans le métro, grève dans les transports, grève des hôpitaux, grève des médecins, grève des lycéens, grève des étudiants, grève des enseignants, et pour finir en beauté, grève des C.R.S.

FABIEN

Devrons - nous prendre leur place pour casser de l’étudiant ?

MANSINQUE

Et que dit le « Figaro » ?

« Les Français sont satisfaits de leur gouvernement. »

Quoi de neuf à l’étranger ?

« Le couronnement de la Reine de Syldurie. »

FABIENNE

C’est où, ça, la Syldurie ?

FABIEN

Quelque part dans les Balkans. Un tout petit pays enclavé entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie.

MANSINQUE

A propos de la Turquie, nous avons le feu vert pour arrêter Oseledire.

FABIEN

Ozdenir.

MANSINQUE

C’est ça, Youssouf Ozdenir. Il sera expulsé dans son pays avant la fin de la semaine.

FABIENNE

Et sa femme ?

MANSINQUE

Elle ? Elle est née en France, de parents français, si elle veut le rejoindre elle prend l’avion. On ne va tout de même pas lui offrir le voyage aux frais de Bolloré !

FABIENNE (qui a repris le journal)

« Lynda, seconde fille du roi Waldemar, récemment décédé, est montée sur le trône de Syldurie. La princesse Eva, héritière légitime ayant été écartée de la royauté, suite à ses écarts de conduite … »

Sa figure me rappelle quelqu’un.

FABIEN

Elle te rappelle Lynda de Syldurie.

FABIENNE

Idiot.

FABIEN

« Avec une bêche à l’épaule, Avec à la lèvre un doux chant … »

C’est curieux, comme j’ai cette chanson là dans la tête, d’un seul coup.

FABIENNE

Tu as toujours Brassens dans la tête.

FABIEN

C’est vrai. Mais pourquoi justement cette chanson - là ? Pourquoi « Pauvre Martin » ?

FABIENNE

Ce n’est pas sa chanson la plus connue.

FABIEN

Elle gagnerait à l’être d’avantage.

FABIENNE

« Pauvre Martin, Pauvre misère,

Creuse la terre, creuse le temps … »

Des souvenirs se mettent en place. Il doit y avoir une relation entre ce visage et cette chanson.

FABIEN

Cà y est ! J’y suis ! Lynda ! C’est la fille qui …

FABIENNE

Oui ! bien sûr ! C’est la fille qui …

FABIEN

Qui grattait la guitare dans le métro.

FABIENNE

Qui chantait « Pauvre Martin ».

FABIEN

Qui se payait ta tête.

FABIENNE

Qui t’appelait « gallinacé d’amour. »

FABIEN

Qui portait une montre « Quartier ».

FABIENNE

Avec QU comme un quartier d’orange.

FABIEN

Fais voir le journal. C’est le même visage.

FABIENNE

Le même regard.

FABIEN

Elle est passée par le commissariat cette fille. Elle a dû y laisser des traces.

MANSINQUE

Elle doit avoir un dossier. Quel est son nom ?

FABIENNE

Tu t’en souviens, toi ?

FABIEN

Sichoucha ? Chouchachi ?

FABIENNE

Un nom en train de marchandise. Vous allez le trouver, commissaire, au kilomètre.

MANSINQUE (cherchant dans ses dossiers)

Ah ! Voilà ! J’ai trouvé : Randrianadramanitafazanarakotomananasoandrofoaralerison.

FABIENNE

La même chose commençant par un S. Vous devez bien avoir ça en boutique !


Attendez … cette fois j’y suis : Soussaschnick - Sassouschnickof, Lynda, avec un Y.

FABIEN

C’est bien elle.

FABIENNE

Elle nous a dit qu’elle était princesse.

FABIEN

Je m’en souviens. Je lui ai même répondu : « Et moi je suis Sarkozy. »

FABIENNE

Elle n’avait donc pas menti.

FABIEN

Qu’est elle devenue ?

MANSINQUE

Expulsée vers la Syldurie, via Sofia, le 18 juin 2007.

FABIEN

J’ai passé les menottes à une reine. Vous rendez - vous compte ? Ça vous marque une vie de policier.

FABIENNE

Et moi j’ai failli lui éclater le crâne en deux. Tu t’imagines ? La Syldurie aurait eu une reine bicéphale.

MANSINQUE

C’est mauvais pour la diplomatie, tout ça ! La France va devoir présenter des excuses officielles à la Syldurie.

FABIENNE

Et ce n’est pas cela qui va nous propulser dans les hautes sphères de la police.

MANSINQUE

Ne vous inquiétez pas pour cela. Ce n’est pas notre affaire. C’est celle de Nicolas, et je ne porte pas peine pour lui.

Voyons la suite du courrier.

(Il ouvre les enveloppes l’une après l’autre.)

Eh bien ! Nous allons pouvoir nous occuper.

FABIEN

Quoi de neuf ?

MANSINQUE

Les ordres d’expulsions sont arrivées. Ozdenir, dont nous venons de parler. Diallo, la mère et le fils. Au fait. Avez-vous du nouveau concernant Bendjellabah et Djembé ? Evidemment non ?

FABIEN

Ils filent comme des anguilles.

MANSINQUE

Dépêchez - vous de régler le problème. Yssouvrez a le Krakatoa sous les fesses. N’ayez pas peur de les amocher un petit peu, cela fait partie des ordres.

Au fait, monsieur Dufour, votre petite expérience ? Satisfaisante ?



FABIEN

Tout a fait. D’ailleurs j’en prends à témoin mademoiselle Belkacem, qui a participé au projet.

AÏCHA

C’est une initiative excellente. Il fallait tout de même oser organiser une partie de football avec les jeunes du quartier. Les garçons étaient détendus. Ils avaient besoin de cette image du flic sympa. Il leur fallait ce contact convivial. Ils ont appris que vous saviez être humain, que vous étiez capable de comprendre leurs intérêts et même de comprendre leurs problèmes. Croyez - moi, commissaire, la police du dix - huitième a vu juste. Il y a des barrières qui peuvent tomber : Celle de la haine, de l’incompréhension, du mépris et de l’exclusion. Certains coups de ballon deviennent des coups de béliers. Ces jeunes gens ne sont pas tous des brutes. Si vous les méprisez, ils vous mépriseront. Si vous les haïssez, ils vous haïront, mais si vous les respectez, ils vous respecteront.

MANSINQUE

Il y a aussi un paquet dans le courrier : « Monsieur Fabien. Police du dix - huitième arrondissement. Paris, France. » Vous recevez du courrier personnel au commissariat, vous ? C’est contraire au règlement.

FABIEN

Je n’y peux rien. Ce n’est pas moi qui me le suis envoyé.

MANSINQUE

C’est exact.

(Il lui donne le colis.)

FABIEN

Regardez, les beaux timbres !

FABIENNE

De quel pays est - ce que ça vient ?

FABIEN

Je ne sais pas. C’est du cyrillique.

MANSINQUE

Faites voir. J’ai un peu commencé le russe au lycée.

FABIEN

Cela remonte loin.

(Il remet le colis à Mansinque.)

MANSINQUE

Voyons : С. И. Л. Д. У. P. И. Я. : СИЛДУPИЯ. : La Syldurie, dont nous parlions justement. (Il rend le colis à Fabien.)

FABIEN

Qui peut bien m’écrire de Syldurie ?

(Il ouvre le paquet qui contient une lettre et un livre.)

Lynda.

FABIENNE

Pas possible ! Lynda de Syldurie.

FABIEN

Décidément, cette fille n’a pas fini de nous étonner.

MANSINQUE

C’est exact.

FABIEN (lisant à haute voix.)

« Mon cher Fabien … »

FABIENNE

Voilà qui commence bien ! Vous alliez à l’école ensemble ?

FABIEN

« Mon cher Fabien,

J’ai beaucoup pensé à toi depuis notre fameuse rencontre sur un quai de la station Barbès - Rochechouart. Grâce à ton intervention, j’ai pu retourner dans mon pays sans bourse délier alors que je n’avais plus un centime en poche.

FABIENNE

Et en plus elle te tutoie !

FABIEN

«  … plus un centime en poche.

Il m’est arrivé une aventure extraordinaire depuis notre rencontre. Tu as évidemment lu les journaux qui me comparent à Cendrillon et à qui sais - je encore. Mais ce prétendu conte de fée n’a pas vraiment d’importance. Une rencontre merveilleuse a bouleversé ma vie et a fait de moi une nouvelle Lynda. Tu ne me reconnaîtrais plus. J’ai découvert un livre merveilleux qui m’a délivré le message de celui qui ma aimé dans ma rébellion et ma misère. Je t’offre un exemplaire de ce précieux volume. Donne toi la peine de le lire, commence par l’Evangile de Jean. Si ton cœur recherche sincèrement la vie et la paix, tu pourras aussi rencontrer Jésus - Christ, qui a sacrifié sa vie pour toi.

Bonne lecture, a bientôt, mon petit gallinacé. »

FABIENNE

Octopodidé, ma chère, octopodidé.

FABIEN

Post scriptum : Gros bisous à Fabienne.

FABIENNE

Ah ! Tout de même, elle pense à moi !

MANSINQUE

Elle n’est pas un peu illuminée, cette fille ?

(Entre Yssouvrez.)

Scène VII

MANSINQUE - AÏCHA - FABIENNE - FABIEN - YSSOUVREZ

YSSOUVREZ

Mansinque ! Qu’est - ce que j’apprends ? Ce n’est pas un commissariat ici, c’est un cirque.

MANSINQUE

Qu’est - ce qui justifie ces vociférations ?

YSSOUVREZ

Où est passé Dufour, pour commencer ?

FABIEN

Mais je suis ici, devant vous.

YSSOUVREZ

Oui, bon ! D’abord je commence à en avoir assez de vous, de votre incapacité, de vos rêveries, de vos poésies et de vos chansons.

FABIEN

C’est pourtant beau, la chanson francophone.

« Je ne fais pourtant de tort à personne

En laissant courir les voleurs de pommes … »

YSSOUVREZ

Alors là c’est trop ! Je vous parle de votre métier, et vous voila reparti à me brassensiner les oreilles. « Laisser courir les voleurs de pommes ! » C’est votre portrait tout craché, ça ! Je comprends que vous aimez tant cette chanson. D’ailleurs je ne veux plus vous entendre chanter. Vous avez autre chose à faire. Encore moins chanter Ferrat le communiste, Ferré l’anarchiste, et Brassens ! Quel exemple pour la République !

FABIEN

Savez vous que le frère de Brassens était chef de musique dans l’armée de terre ?

YSSOUVREZ

Peut - être, mais lui passait son temps à fustiger les gendarmes.

FABIEN

Ce n’est pas notre problème, nous sommes des policiers.

YSSOUVREZ

J’apprends aussi que vous lisez Boris Vian.

FABIEN

Et alors ! C’est interdit ?

YSSOUVREZ

Boris Vian, l’antimilitariste !

FABIEN

« Monsieur le Président, je vous fais une lettre … »

YSSOUVREZ

Et vous savez ce qu’il a dit, Boris Vian ?

FABIEN

« Que vous lirez peut - être, si vous avez le temps. »

YSSOUVREZ

Boris Vian il a dit : « Je conchie l’armée dans son intégralité. »

FABIEN

Eh bien ! Si ça lui fait plaisir ! Ça ne nous concerne pas, nous sommes la police.

YSSOUVREZ

Ne jouez pas au plus bête avec moi, je vous préviens, vous ne serez pas gagnant.

FABIEN

Oui, monsieur le Commissaire Divisionnaire.

YSSOUVREZ

Je vais faire du ménage dans votre bibliothèque, moi, vous allez voir !

FABIEN

Mais de quel droit ? C’est l’inquisition ici !

YSSOUVREZ

Nous en reparlerons. J’apprends des choses sur vous. A quoi est - ce qu’on vous paye ? A faire le clown ?

FABIEN

Je ne comprends pas votre allusion.

YSSOUVREZ

Je vais être plus clair : vous n’êtes pas payé pour montrer vos guiboles et taper dans un ballon.

FABIEN

Ah ! Vous parlez de cette fameuse partie de football. Un moment inoubliable, n’est - ce pas ?

YSSOUVREZ

Mais à quoi est - ce qu’on vous paye ?

FABIEN

C’était en dehors du temps de service.

MANSINQUE

C’est exact.

YSSOUVREZ

La question n’est pas là. Vous avez couvert la Police de ridicule.

FABIEN

Parce que j’ai montré mes genoux ? Le Président a bien montré les siens !

YSSOUVREZ

La police n’a pas à faire le guignol avec les racailles du quartier.

FABIEN

C’était un bon moyen d’approcher leurs problèmes. Le sport apaise les esprits et calme les querelles.

YSSOUVREZ

Ce n’est pas le travail de la police. Vous n’êtes pas des travailleurs sociaux. Le rôle de la police, c’est l’investigation, l’interpellation, la lutte contre la délinquance.2 Et à ce propos, n’oubliez - pas : Je veux Bendjellabah et Djembé avant ce soir pieds et mains liés, et amochés. A bon entendeur.

(Il sort.)

AÏCHA

Quel crétin !

RIDEAU

1 Normalement, on devrait prononcer « kaircheur »

2 Dixit N.S.

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