Mardi 30 juin 2009

ACTE IV

Même décor.

Scène première

LYNDA – JULIEN

LYNDA

Alors ? mon petit Julien ? Comment trouves-tu la Syldurie ?

JULIEN

Tu as bien raison, ma petite reine, ton pays est le plus beau pays du monde, loin de Paris et de ses turbulences. Je me sens bien ici.

LYNDA.

As-tu visité notre capitale ? La cathédrale Sainte-Fédorova ? Les quartiers histo-riques? 

JULIEN.

Bien sûr, et je suis aussi allé voir les nouveaux quartiers qu’Eva a commencé de faire construire. Un village ou les pauvres pourront enfin aspirer au bonheur. Quel merveilleux projet !

LYNDA.

Je t’emmènerai aussi voir le lac de Selsisar : Une larme de pluie au milieu des montagnes qui séduisit le poète Anton Pavlov. Un paisible endroit pour y commencer une histoire d’amour.

JULIEN.

Une histoire d’amour ? Tu prends plaisir à te moquer de moi.

LYNDA.

Peut-être… et peut-être pas…

JULIEN.

Tu me mets mal à l’aise. Tu as vraiment été gentille de m’avoir invité dans ton pays. Je suis tellement déstabilisé par toutes mes aventures ! J’ai besoin de repos et d’oubli. J’ai l’esprit troublé. Figure-toi… tu vas encore te moquer de moi… figure-toi que dans les couloirs de ton beau palais, j’ai cru voir passer Elvire.

LYNDA.

Elvire ? Ici ? Chez moi ? Mon pauvre petit Julien ! Tu as vraiment besoin de repos. Ne rentre pas en France tant que tu n’as pas oublié ta sauterelle. Non, rassure-toi, je ne sais pas où Elvire a décidé de passer ses vacances, mais certainement pas en Syldurie. Le climat y serait très malsain pour elle.

JULIEN.

Évidemment ! Je suis stupide. J’ai beaucoup de peine à me détacher de son image. J’ai aperçu une jeune femme qui lui ressemblait, c’est tout.

LYNDA.

J’aimerais tant que tu l’oublies ! Tu l’aimais tant que cela ?

JULIEN.

J’ai le cœur trop fragile : « Vaincu, chargé de fers, de regrets consumé, - Brûlé de plus de feux que je n’en allumai. » Ainsi parlait un de nos poètes.

LYNDA

Tu rencontreras bientôt celle qui t’aimera, je te le promets.

JULIEN

Serais-tu prophétesse ?

LYNDA

Peut-être… et peut-être pas…

JULIEN

J’aimerais bien être aimé un jour, mais je suis si maladroit… Je sais bien que tu n’as pas de tels soucis. Tu es belle et tu es reine. Tu épouseras bientôt un prince ou un grand-duc.

LYNDA

Peut-être… et peut-être pas…

JULIEN

Tu sais, Lynda, je suis vraiment heureux de posséder ton amitié. Quand je pense à cette folle soirée où nous nous sommes rencontrés… Nous avons bien changé l’un et l’autre, mais j’étais vraiment amoureux de toi. J’ai aussi aimé Elvire, mais ce n’était pas la même chose. Aucune fille sur la terre ne pourra jamais te ressembler.

LYNDA

Est-ce que tu as gardé un sentiment pour moi ?

JULIEN

Te mentirai-je ? J’aimerais te dire non. Tu m’as déjà tant fait souffrir, et j’ai peur de souffrir encore.

LYNDA

Nous aurions pu nous aimer dès ce jour-là, si je n’avais pas tout gâché par ma sottise et ma méchanceté.

JULIEN

Tu t’amuses encore à me torturer.

LYNDA

Peut-être… et peut-être pas… Allons-nous infiniment nous mentir et feindre de nous ignorer ? Qu’attends-tu pour me demander ma main ? Que je la donne à un autre ?

JULIEN

Lynda, tu te moques encore de moi.

LYNDA

Aujourd’hui je suis dans mon bon sens, à jeun, d’aplomb et d’équerre. C’est avec toi que je veux continuer ma vie.

JULIEN

Lynda… je…

LYNDA

Allez, je t’emmène voir ce lac dont je t’ai parlé. C’est un lieu tout à fait romantique pour commencer une histoire d’amour.

(Ils sortent tous les deux, entre Kougnonbaf.)

Scène II

KOUGNONBAF – ELVIRE

(Kougnonbaf va se servir un verre de whisky, Elvire entrouvre la porte, vérifie qu’il n’y a personne d’autre sur scène et entre.)

KOUGNONBAF

Entrez donc, Mademoiselle Saccuti. Prenez place. Voulez-vous un whisky ?

ELVIRE

Avec plaisir, cela devrait me relever de tous mes états d’âme.

KOUGNONBAF

À votre santé, et au royaume de Syldurie.

ELVIRE.

À la Syldurie.

KOUGNONBAF

Êtes-vous bien sûre, au moins, que personne ne vous a vu venir ici ?

ELVIRE.

Je n’ai vu personne, pas celle, en tout cas, dont nous réclamons la peau, la viande et les os.

 

KOUGNONBAF

Me voilà rassuré.

ELVIRE.

J’ai cru voir, mais je me suis certainement trompée… J’ai cru apercevoir mon ancien amoureux se promenant dans un couloir.

KOUGNONBAF

Vous auriez mal vu. Que viendrait-il faire ici, votre ami… Adrien ?… Lucien ?

ELVIRE.

Julien.

KOUGNONBAF

N’ayez nulle craint. Il est resté chez lui, et tout le monde ignore, à part celle qui sait tout, et moi-même, que vous êtes à Arklow.

ELVIRE.

Celle qui sait tout ?

KOUGNONBAF

Vous aurez l’occasion de la connaître.

ELVIRE.

Vous avez raison, monsieur le Marquis, j’ai dû voir un jeune homme qui ressemblait à Julien.

KOUGNONBAF

Maintenant que nous avons savouré cet excellent whisky made in Bulgaria, pénétrons tout de suite dans le vif du sujet. Je suis très mécontent. Je vous ai payé très cher pour une mission, et vous n’avez pas rempli votre contrat. Je ne comprends pas : Vous teniez votre proie à votre merci, et c’est à ce moment-là que vous avez échoué. Quelles sont vos explications ?

ELVIRE.

J’en suis accablée, croyez-le bien. J’étais si près de la victoire ! Mais Lynda n’est pas une ennemie ordinaire. Je crois qu’elle possède des pouvoirs. C’est une sorcière, où alors une prophétesse, comme Élie, qui faisait descendre le feu du ciel.

KOUGNONBAF

Voilà qui pourrait nous être utile. Où habite-t-il, cet Élie ? à Paris ?

ELVIRE.

Alors qu’elle-même et ses complices étaient acculés dans cette ferme encerclée de soldats, un vent bizarre s’est levé, un vent qui jetait les jetons à tout le monde. Tous les canons étaient pointés sur elle. Elle a brandi sa Bible. Elle a prononcé d’étranges paroles. Il y était question de feuilles qui tremblaient. Et toute cette armée s’est enfuie comme si le diantre était sorti par la cheminée. Ensuite, je me suis retrouvée face à elle, elle m’a transpercée de ses yeux de braise comme un archer de ses flèches. J’ai fui devant elle. Elle m’a terrassée et humiliée. Combien de temps devrais-je la maudire encore ? Cela me fait mal ! Je n’aurais pas le cœur en paix tant que je ne l’aurais pas tuée.

KOUGNONBAF

Moi qui avais anticipé votre victoire en la publiant dans ma presse : « Édition spéciale : La déchéance et la mort de Lynda. » Elle est tellement bien morte qu’elle m’a crédité d’un aller-retour à m’aplatir les deux oreilles.

ELVIRE

Vous l’avez peut-être un peu cherché.

KOUGNONBAF

Ne m’eut-elle fait subir que cela ! Elle m’a interrogé plus d’une heure dans son bureau. Pendant plus d’une heure, elle m’a pressuré. Il m’a fallu soutenir son regard de gorgone. Trois minutes de plus et je lui avouais tout. Mais un Kougnonbaf ne se laisse pas si facilement décontenancer. Je me suis aplati, j’ai largement demandé pardon pour mes écarts de conduite, à la suite de quoi elle m’a laissé partir. Mais elle découvrira rapidement notre complot. Il va falloir agir vite.

ELVIRE

Donnez-moi une nouvelle chance !

KOUGNONBAF

Vous l’aurez. Naturellement, elle a aussi cuisiné le gros Bifenbaf, celui qui rêve de l’épouser. Je craignais qu’il se mette à table, mais le pauvre imbécile s’est tellement embrouillé dans ses bafouillages qu’elle n’a rien pu en tirer.

ELVIRE

C’est fort heureux.

KOUGNONBAF

Nous ne pourrons plus désormais compter sur la complicité involontaire de la petite cruche.

ELVIRE

La petite cruche ?

KOUGNONBAF

Sa sœur à qui j’avais promis le mariage. Elle aussi est passée à confesse. Lynda lui a passé un de ces savons ! Que dis-je ? Un baril de lessive ! La pauvre fille en est sortie en pleurant, et elle m’a passé la paire de beignes qui manquait à ma collection.

ELVIRE

Et elle a rompu vos fiançailles.

KOUGNONBAF

Croyez-vous que je l’aurais épousée de toute façon ?

ELVIRE

Non.

KOUGNONBAF

Alors, parlons peu, mais parlons bien. Il faut en finir le plus tôt possible avant qu’elle en finisse avec nous. Lynda ne sait pas que vous faites partie du complot, c’est votre avantage. Quant à moi, elle ne me lâche pas des yeux. Elle m’a fixé un périmètre dans le palais dont je n’ai pas le droit de sortir. Je suis puni comme un élève du cours élémentaire. Il ne me manque plus que les deux cents lignes et le bonnet d’âne.

ELVIRE

Cela vous rappelle votre jeunesse.

KOUGNONBAF

Ce soir, je devrai prendre la parole sur TS-crét1, après le journal de vingt heures, et je devrai demander pardon pour avoir diffusé des informations diffamatoires et mensongères, et promettre que je ne recommencerai plus, sinon elle me donnera la fessée.

ELVIRE

Elle vous donnera la fessée ! J’aimerais vraiment voir ça ! Je vous promets que je ferai des photos.

KOUGNONBAF

Elle me traite comme un garnement alors que j’ai l’âge d’être son père. J’enrage ! Mais vous n’êtes pas en mesure de persifler. (Il lui présente un revolver.) Vous savez vous en servir ?

ELVIRE

Ça ne m’a pas l’air très compliqué.

 

 

KOUGNONBAF

Ce petit poussoir, c’est une sécurité pour les maladroits. Vous poussez. Vous armez en tirant la culasse vers vous. Et c’est prêt. Vous visez. Vous tirez. Vous tuez.

ELVIRE

Enfin, vous remettez entre mes mains l’outil de ma vengeance. Je saurai l’utiliser à bon escient. Ah ! ma chère Lynda, tu feras moins la victorieuse quand je pointerai cette arme sur ton nombril. Ah ! Te voir maintenant face a moi, te voir tomber à mes genoux, lire l’épouvante dans tes yeux, entendre la terreur dans ta voix : « Pitié, Elvire ! Ne me tue pas. Je ferai ce que tu voudras. » Et pour toute réponse, je l’abattrai. À moins, monsieur le Marquis, que vous vouliez partager ce moment d’extase. Je crache sur elle la moitié du chargeur, et je vous laisse la finir.

KOUGNONBAF

Votre proposition me paraît très alléchante, mais je vous demande d’honorer votre contrat. Je vous paie assez cher pour cela. Et vous serez mieux rétribuée encore. Quand nous serons débarrassés des héritières du roi, je m’élèverai au pouvoir, et vous ne regretterez pas de m’avoir servi. Je serai roi et vous serez princesse. Je vous rappelle au passage que je suis célibataire. Vous pourriez devenir ma reine. Nous dirigerons tous deux ce pays d’une main de fer.

ELVIRE

J’y réfléchirai.

(à part)

Mon Dieu quelle aventure ! Si je m’attendais à ce qu’un jour on m’offre un royaume ! L’inconvénient, et j’avoue qu’il est de taille, c’est qu’il faudrait épouser ce barbon dont je pourrais être la fille. Mais nous n’en sommes pas encore là. Commençons par descendre Lynda, et nous verrons après.

KOUGNONBAF (à part)

Ma foi, voilà un complot bien ourdi. Cette jeune écervelée fait pour moi le sale travail : Elle tue Lynda, et aussi Éva dans la foulée, en laissant de belles traces de doigts sur l’arme du crime. On l’arrête, et avant qu’elle ne passe aux aveux, j’aurais versé dans son café un petit comprimé de la boutique à Sabine. Personne ne saura qui a commandé ce double meurtre. C’est alors que, fort du pouvoir caché que m’a donné la magicienne, je fais mon coup d’état, et me voilà sur le trône.

(à Elvire)

Il est temps maintenant de nous séparer. Je préfère qu’on ne nous voie pas ensemble et qu’on ne vous voie pas du tout.

ELVIRE

Soyez tranquille. Je serai discrète. J’ai l’impression que les yeux de Lynda sont dans tous les murs et à toutes les fenêtres. Je ne sais où me cacher.

(Sort Kougnonbaf.)

Racine

Par Lilianof - Publié dans : PLACE AU THEATRE - Communauté : auteurs dramatiques chrétiens
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Lundi 29 juin 2009

 Scène VI

KOUGNONBAF – BIFENBAF – LYNDA

LYNDA

Attendez-moi ici, les enfants !

BIFENBAF

Je ne suis pas tes enfants.

KOUGNONBAF

Mais je n’ai rien dit !

BIFENBAF

Où en étions-nous ?

KOUGNONBAF

À Lynda.

BIFENBAF (soupirant)

Ah !... Lynda.

KOUGNONBAF

Lynda la peste !

BIFENBAF

Lynda la chipie !

KOUGNONBAF

Lynda la garce !

BIFENBAF

Lynda la débauchée !

KOUGNONBAF

Lynda la perfide !

BIFENBAF

Lynda la sulfureuse !

KOUGNONBAF

Lynda la dépravée !

BIFENBAF

Lynda la droguée !

KOUGNONBAF

Lynda la dealeuse !

BIFENBAF

À mort Lynda !

KOUGNONBAF

Que le diable l’emporte !

BIFENBAF

Que le bigre l’étripe !

KOUGNONBAF

Que le diantre la cuise.

BIFENBAF

Que Bélial lui tire les doigts de pieds !

KOUGNONBAF

Que Belzébuth lui taille les oreilles en pointe !

BIFENBAF

Enfin elle et morte !

KOUGNONBAF

Bon débarras !

BIFENBAF (apercevant Lynda)

Mais regarde un peu qui voilà !

KOUGNONBAF

Une sauterelle !

BIFENBAF

Une souris !

KOUGNONBAF

Une greluche !

BIFENBAF

Une musaraigne !

KOUGNONBAF

Viens boire un coup avec nous. Il reste encore une petite goutte… Justine… Justine ‘tite goutte. À la santé de Justine.

BIFENBAF

Vive Justine !

KOUGNONBAF

Allez ! Ne fais pas ta bêcheuse, viens boire un verre avec nous.

LYNDA

En quel honneur !

BIFENBAF

Nous fêtons, à grand renfort de champagne, la mort et l’enterrement de Lynda.

KOUGNONBAF

De Lynda la pétasse.

LYNDA

La pétasse ?

KOUGNONBAF

Tu la connais ?

LYNDA

Un peu.

KOUGNONBAF

C’est une mocheté.

LYNDA

Une mocheté ?

KOUGNONBAF

Une vraie, une pure, un authentique.

BIFENBAF

Il ne faut pas exagérer, Ottobus… rail… Ottokar. Elle n’est pas si moche que ça.

KOUGNONBAF

Elle est moche. Ne fais pas attention à lui, Justine. Il est complètement bourré. Trois malheureux litres de champagne de la Marilyn… Maritza. Miroslav, il est tellement amoureux de cette Lynda qu’il est prêt à vendre son âme au diable pour pouvoir l’épouser.

LYNDA

C’est vrai ça, Miroslav ?

KOUGNONBAF

Et en plus il ne voit pas clair, Miroslav, complètement miro. Tellement miro, Miroslav, qu’il la trouve belle. Mais Lynda elle n’est pas belle, elle est moche, elle est très moche, encore plus moche que toi, ce n’est pas peu dire.

(Lynda lui donne une paire de gifles.)

Mais qu’est-ce que j’ai dit ?

BIFENBAF

Elle ne t’a pas loupé, Justine.

LYNDA

Ces belles choses étant dites, buvons à la santé de Lynda la moche.

KOUGNONBAF

À la mort de Lynda.

BIFENBAF

À l’enterrement de Lynda.

LYNDA

À la résurrection de Lynda.

BIFENBAF

C’est Lynda ! C’est elle, je te dis, c’est elle !

KOUGNONBAF

Lynda ? Où ça ?

BIFENBAF

En face de toi, imbécile. Tu ne la reconnais pas ?

KOUGNONBAF

Mais ce n’est pas possible ? Lynda est à Paris.

LYNDA

Je suis rentrée plus tôt que prévu. Et j’aurai quelques mots à vous dire, messieurs. Comment se fait-il que dans cette salle qui a vu les dernières minutes de mon père, vous organisiez une beuverie.

KOUGNONBAF

Je…

BIFENBAF

Nous…

LYNDA

Votre attitude indigne insulte sa mémoire. Je vous châtierai avec la plus grande sévérité. Je vous laisse seulement le temps de dégriser, ensuite je vous convoquerai chacun dans mon bureau. Je veux votre emploi du temps détaillé pendant toute mon absence. Vous pouvez disposer.

KOUGNONBAF

Oh ! là ! là ! là ! là !

BIFENBAF

Ça va chauffer pour nos oreilles.

KOUGNONBAF

En ce qui concerne les miennes, ça commence déjà.

BIFENBAF

Trouve quelque chose, Ottokar. Tire-nous de ce pastis !

KOUGNONBAF

Je ne me sens pas bien, j’ai mal au cœur.

LYNDA

J’ai dit : « Vous pouvez disposer ». Ça veut dire : Dehors !

(Sortent Kougnonbaf et Bifenbaf, Lynda invite ses nouveaux amis à entrer.)

Scène VII

LYNDA – Mohammed – Mamadou – Julien – Mansinque – Yakouba – Moussa – Valérie – FABIEN – FABIENNE

LYNDA

Soyez les bienvenus chez moi.

MOHAMMED

C’est chez toi ici ?

MOUSSA

C’est plus grand que chez nous.

LYNDA

Maintenant c’est aussi chez toi, Moussa.

MOUSSA

Chouette !

JULIEN

C’est Versailles ici.

LYNDA

Tout de même pas, mais la Syldurie est plutôt fière de son palais, de sa galerie d’art et sa bibliothèque royale, maintenant ouverte à tous.

VALÉRIE

C’est vraiment gentil de nous accueillir ici, Lynda, mais loin de Youssouf, le plus merveilleux palais sera pour moi comme une prison.

LYNDA

Ne sois pas triste, Valérie. Youssouf te sera bientôt rendu, je te le promets.

VALÉRIE

Merci.

MANSIQUE

Traverser ton pays en avion valait le coup d’œil. La Beauce vue du ciel n’est pas aussi jolie.

LYNDA

Mon pays est le plus beau pays du monde.

YAKOUBA

Yssouvrez ne viendra pas nous chercher ici, c’est sûr.

MAMADOU

Nous allons nous plaire dans cette maison.

LYNDA

Malheureusement pour vous deux, Mohammed et toi n’y resterez qu’une nuit. Dès demain, je vous livrerai à la police royale qui vous conduira au centre de détention. Rassurez-vous, les conditions de vie y sont très humaines. Et cela fait partie de notre contrat.

MAMADOU

Nous ne l’avons pas oublié, Lynda, et nous ne voulons pas trahir ta confiance.

LYNDA

Je veillerai à ce que vous soyez jugés dans les jours qui viennent. Et comme je vous l’ai dit, je témoignerai en votre faveur de votre repentir et de votre désir de commencer une nouvelle vie. Je saurais convaincre le juge, et toi, ne t’avises pas de te présenter devant lui avec ta casquette à l’envers.

MOHAMMED

Ton avis pèsera lourd.

FABIEN (remarquant les trois bouteilles vides)

Mais dis-moi, on n’engendre pas la mélancolie chez toi.

LYNDA

Ces lamentables marquis ont profité de mon absence pour mettre la maison en désordre. Je les punirai sans aucune indulgence.

FABIENNE

S’il y a quelques baffes à donner, je suis toujours partante.

LYNDA

Mais vous avez besoin de repos, notre servante Antonia va vous diriger vers vos chambres. Quant à moi, je vous rejoindra plus tard.


Scène VIII

LYNDA – ÉVa

( Lynda se retrouve seule. Elle trouve les journaux laissés sur place par les marquis, qu’elle lit attentivement.)

LYNDA

Alors là, mon petit père, tu vas me le payer !

(Entre Éva.)

ÉVA

Lynda ?

LYNDA

Tu es surprise de me voir ? J’aurais dû te prévenir. Excuse-moi ! J’ai finalement écourté mon séjour.

ÉVA

J’ai bien lieu d’être étonnée ! Oh ! Ma sœur ! Quelle joie ! Je te croyais morte.

LYNDA

Morte ? Moi ? En voilà une idée !

ÉVA

Tes aventures parisiennes se sont donc bien terminées. J’en avais reçu d’autres échos.

LYNDA

Je te raconterai tout cela en détail.

ÉVA

Oh ! Oui ! J’ai eu si peur. Je croyais ne plus te revoir.

LYNDA

Eh ! bien ! Tu m’as revue. La vie va reprendre son cours et nos péripéties, je l’espère, s’achèvent ici. Reposons-nous un peu avant de nous remettre au travail.

ÉVA

Ma pauvre ! Si je t’avais perdue ! Mon deuil aurait assombri la bonne nouvelle.

LYNDA

Mais enfin, de quoi parles-tu ? Quel deuil ? Quelle bonne nouvelle ?

ÉVA

Je vais me marier ?

LYNDA

Tu vas te marier ? Toi ? En effet, si j’étais morte, je n’aurais pas pu venir à ta noce. Ç’aurait été dommage. Et qui est donc l’élu de ton cœur ?

ÉVA

Otto.

LYNDA

Otto ?

ÉVA

Ottokar.

LYNDA

Qui ça ? Ottokar ?

ÉVA

Ottokar de Kougnonbaf.

LYNDA

Quoi ?

ÉVA

Ottokar m’a demandé ma main.

LYNDA

Madame Éva de Kougnonbaf ! Je m’attendais à mieux.

ÉVA

Tu n’aimes donc pas mon fiancé ?

LYNDA

Ne t’avais-je pas mise en garde avant mon départ : « Méfie-toi des Marquis et de leur hypocrisie. » Et le mieux que tu trouves à faire, c’est de les épouser.

ÉVA

Enfin, Lynda, tu es trop suspicieuse. Ottokar est un homme charmant, et plein d’attentions pour moi.

LYNDA (lui tendant les journaux)

Regarde donc ce qui sort des rotatives de ton cher Otto.

ÉVA

Je sais, je sais. Il m’a promis de régler ce problème.

LYNDA

Il a intérêt. Nous avons besoin de faire une petite mise au point, tous les deux. Quand je lui aurai réglé son compte, tu passeras me voir dans mon bureau.

ÉVA

Celle-là, c’est la meilleure !

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Dimanche 28 juin 2009

Scène IV

ÉVA – KOUGNONBAF – BIFENBAF

BIFENBAF

Marquis, c’est une honte, votre presse est en train d’éclabousser Lynda de calomnies injurieuses.

KOUGNONBAF

Ma presse, dites-vous ?

BIFENBAF

Regardez-moi ce titre, à la une d’Arklow Match.

KOUGNONBAF

 « Lynda fréquente les dealers. »

BIFENBAF

Dis-leur de se taire !

KOUGNONBAF

Ils exagèrent.

ÉVA

Ottokar, j’espère que tu as une explication.

KOUGNONBAF

Je n’ai jamais validé la publication de cet article. C’est de la diffamation pure et simple. Il y des têtes qui vont tomber, chez Kougnonbaf-Presse.

BIFENBAF

Tu sais ce que fera Lynda quand elle sera de retour ? Elle va prendre tous tes torchons de papier, elle en fera une grosse boule d’un mètre de diamètre qu’elle t’enfoncera dans la gorge.

ÉVA

Je ne puis en supporter davantage. Pardonnez-moi, Messieurs, mais je préfère prendre congé.

Scène V

KOUGNONBAF – BIFENBAF

BIFENBAF

J’ai froissé ton journal et tu as froissé ta fiancée.

KOUGNONBAF

Je n’ai pas le choix, cela fait partie de mon plan.

BIFENBAF

Je n’ai jamais approuvé ton plan. Fallait-il pointer toute cette artillerie ? Non mais, regarde-moi ces titres : « La descente aux enfers de Lynda », « Lynda la débauchée », « la vie sulfureuse de Lynda », « La déchéance d’une reine. »

KOUGNONBAF

Votre chérie ne s’en relèvera pas.

BIFENBAF

Vous pouvez le dire ! « Syldurie-Soir » a publié l’évolution de sa cote d’amour : douze pour cent d’opinions favorables, contre quatre-vingt-six la semaine dernière.

KOUGNONBAF

Ma foi, je connais un autre petit roi que cela devrait consoler.

BIFENBAF

En revanche, la cote d’Éva crève le ciel. Le peuple va certainement la proclamer reine. Vous avez bien raison de vouloir l’épouser.

KOUGNONBAF

Je n’épouserai jamais cette grosse cloche en si bémol.

BIFENBAF

Comme il vous plaira. Il faut reconnaître que, pendant que sa sœur défraie la chronique, votre fiancée…

KOUGNONBAF

Cessez de dire : « Ma fiancée ». Ça m’agace. C’est un mariage de raison. Quand je serai au pouvoir, j’appliquerai la méthode Henri VIII : D’abord je la tue, ensuite je la répudie.

BIFENBAF

Donc, votre fiancée travaille de ses dix doigts. Elle a commencé à construire des villages écologiques et arborisés, et à détruire les favelles qui font la honte de notre capitale. Elle dépense allégrement, la petite, sans craindre de plumer l’état.

KOUGNONBAF

L’état, c’est moi.

BIFENBAF

Mais revenons à Lynda, cher Marquis. Je ne tiens pas particulièrement à ce que vous fassiez une crise d’apoplexie en regardant le journal de vingt heures. Edition spéciale : « La mort de Lynda. »

BIFENBAF

Quoi ?

KOUGNONBAF

Mais rassurez-vous, mon ami, « Kougnonbaf-Presse » sait très bien manipuler le mensonge. Je suis impatient qu’elle meure, car plus vite elle mourra, plus vite j’accéderai au pouvoir. Alors, en attendant, je l’assassine médiatiquement.

BIFENBAF

Vous m’avez fait peur.

KOUGNONBAF

Elvire, notre chasseresse, est parvenue à traquer notre gibier jusqu’au plus profond de son terrier. À présent, elle la tient à portée de son fusil, mais, eu égard de notre vielle amitié, je lui ai donné pour consigne de lui laisser la vie. Offrez à notre Elvire un petit cadeau dont elle vous fixera elle-même le prix, et elle vous livrera, pieds et mains liés, l’objet de votre convoitise.

BIFENBAF

Marquis de Kougnonbaf, vous êtes un génie.

KOUGNONBAF

Je le sais, je me le suis déjà dit.

BIFENBAF

Vous êtes le roi des filous.

KOUGNONBAF

En attendant mieux.

BIFENBAF

La victoire est à nous, Marquis.

KOUGNONBAF

Alors il faut la fêter.

BIFENBAF

Avec quoi, Marquis ?

KOUGNONBAF

Mais avec du champagne ! Je crois savoir que le vieux avait toujours quelques bonnes bouteilles en réserve. Tenez, la bibliothèque, derrière ces rayons, il y a un bar.

(Bifenbaf fait pivoter une partie de la bibliothèque, découvrant un bar.)

BIFENBAF

Le vieux coquin !

(Bifenbaf apporte une bouteille et deux flûtes, et s’apprête à servir.)

KOUGNONBAF

Voyons ! Quel cru prestigieux nous avez-vous déniché : Reims ou Épernay ?

(Il regarde l’étiquette.)

« Mousseux de la Maritza ».

BIFENBAF

J’avais oublié les royales restrictions budgétaires.

KOUGNONBAF

Au moins, cela encourage le marché des produits nationaux. À défaut de la Marne, contentons-nous de la Maritza.

BIFENBAF

Krieg ist krieg.

(Ils se versent à boire.)

KOUGNONBAF

À la santé de la Syldurie.

BIFENBAF

Vive la Syldurie !

KOUGNONBAF

Finalement, il n’est pas mauvais, ce mousseux de la Maritza.

BIFENBAF

Il est même très bon.

KOUGNONBAF

On s’en ressert un verre ?

BIFENBAF

Mais pourquoi pas ?

(Ils vident leur verre et se resservent, même jeu jusqu’à la fin de la scène.)

KOUGNONBAF

À la santé du roi.

BIFENBAF

Vive le roi.

KOUGNONBAF

À ta santé, Bifenbaf.

BIFENBAF

Vive Bifenbaf !

KOUGNONBAF

À la santé de ma fiancée.

BIFENBAF

Vive Éva ! Delavent. Eh ! eh ! eh ! Éva Delavent ! Elle est bonne !

KOUGNONBAF

À la santé de Sabine Mac Affrin, ma sorcière mal-aimée.

BIFENBAF

Vive Sabine ! J’aime sa trombine !

KOUGNONBAF

Quoi ? Déjà vide ?

BIFENBAF

On n’a même pas eu le temps d’y goûter.

KOUGNONBAF

Eh bien ? Bifenbaf, aller me chercher une autre bouteille de cet excellent Champaritza. Vous devriez déjà être revenu.

BIFENBAF

 « La Maritza c’est ma rivière, - Comme la Seine est la tienne… »

KOUGNONBAF

À la santé de Mademoiselle Vartanova.

BIFENBAF

Vive Sylvie Vartanova !

KOUGNONBAF

À qui le tour ? C’est qu’il faut la finir cette bouteille.

BIFENBAF

Oui, avant d’en entamer une autre.

KOUGNONBAF

À la France, et à son grand Président.

BIFENBAF

Oh ! grand Président, il ne faut tout de même pas exagérer. Vive la France !

KOUGNONBAF

À nos amours.

BIFENBAF

Oui, à nos amours. Je t’aime, mon petit Ottokar.

KOUGNONBAF

Moi aussi, mon petit Miroslav. Je t’aime.

BIFENBAF

Embrasse-moi, Ottokar !

KOUGNONBAF

Épouse-moi, Miroslav !

BIFENBAF

Ah ! Non ! Tu as déjà une fiancée.

KOUGNONBAF

Qui ? Éva ? Cette gourde ?

BIFENBAF

Éva la cruche !

KOUGNONBAF

Éva la godiche !

BIFENBAF

Éva la gudule !

KOUGNONBAF

Éva la majorée… mijaurée !

BIFENBAF

Éva nu-pieds !

KOUGNONBAF

Éva t’en coller une !

BIFENBAF

Oui, encore une. J’ai soif.

(Il va chercher une troisième bouteille.)

Pour qui celle-ci ?

KOUGNONBAF

Pour qui ? Je te le demande ! Pour Lynda !

BIFENBAF

Vive Lynda !

KOUGNONBAF

Lynda est morte.

BIFENBAF

Meurt Lynda.

KOUGNONBAF

Noyons notre chagrin dans les flots de la Maritza.

BIFENBAF

Elle ne nous embêtera plus.

KOUGNONBAF – BIFENBAF

 « Elle ne mettra plus de l’eau dedans mon verre – la guenon, la poison, elle est mo-o-rte. »

(La porte s’ouvre discrètement. Lynda apparaît à l’insu des deux buveurs.)

Par Lilianof - Publié dans : PLACE AU THEATRE - Communauté : auteurs dramatiques chrétiens
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Vendredi 26 juin 2009

ACTE III

Même décor.

Scène première

KOUGNONBAF – SABINE

KOUGNONBAF

Pour une fois, vous êtes ponctuelle.

SABINE

Avez-vous apporté ma génisse ?

KOUGNONBAF

Elle vous sera livrée chez vous. Imaginez le scandale que ferait ma fiancée si l’animal venait à bouser sur ce royal tapis du XVIe siècle.

SABINE

Je comprends la situation. Mais ne tardez pas trop.

KOUGNONBAF

Avez-vous du nouveau concernant notre affaire ?

SABINE

Bien sûr. J’ai d’excellentes nouvelles pour vous. Notre Elvire nationale remplit très bien sa mission. Elle m’apporte de précieux renseignements ; Une véritable Mata Hari !

KOUGNONBAF

À quoi donc vous sert votre boule de cristal ?

SABINE

Pour le moment ? À rien. Elvire la remplace avantageusement.

KOUGNONBAF

Et que voyez-vous dans votre Elvire ?

SABINE

Des choses qui vous réjouiront. Vous ne regretterez pas d’être passé à l’étape bovine.

KOUGNONBAF

Mais encore ?

SABINE

Notre chère Lynda est décidément une pauvre fille bien naïve. Elle est allée se jeter sans pagaie dans les chutes du Niagara.

KOUGNONBAF

Voilà qui me réjouit. Mais j’aimerais un peu plus de détails.

SABINE

Lynda s’est acoquinée avec des voyous de la pire espèce : des trafiquants de drogue, des contrefacteurs, et j’en passe. Sous prétexte de vouloir les convertir à la foi chrétienne, elle s’est convertie à la mafia parisienne.

KOUGNONBAF

Mais c’est merveilleux. Sabine, nous la tenons.

 

SABINE

Mais ce n’est pas tout. Cette folle s’est mis dans la tête de protéger des immigrants clandestins : de ces Africains qui parasitent la France comme des courtilières.

KOUGNONBAF

Diable !

SABINE

Elle a même tourné la tête d’un commissaire corrompu dont elle a fait son complice.

KOUGNONBAF

Trop fort.

SABINE

Elle a mis son commissariat à feu et à sang.

KOUGNONBAF

C’est ma pire ennemie, mais je l’admire.

SABINE

C’est Nénesse qui ne va pas apprécier !

KOUGNONBAF

Nénesse ?

SABINE

 « Nén » comme Nicolas, et « Nesse » comme qui vous savez.

KOUGNONBAF

Nestor ?

 

SABINE

C’est cela ! Bon ! Et c’est à ce stade de l’action que notre Elvire intervient. Elle use en virtuose de la science diabolique que j’ai mise à sa disposition.

KOUGNONBAF

Que fait-elle ?

SABINE

Lynda et sa bande sont allés se cacher dans une ferme isolée à cent cinquante kilomètres de Paris. Mais Elvire a retrouvé leur repère, et elle l’a signalée aux autorités comme une redoutable terroriste. L’élite de la police française est à ses trousses. D’ici quelques jours, que dis-je, quelques heures, vous pourrez annoncer dans votre presse minable qui empoisonne le pays, que Lynda est morte, le corps transpercé par une cinquantaine de balles.

KOUGNONBAF

Encore heureux que la Syldurie n’est qu’un tout petit pion sur l’échiquier international. Vous imaginez un peu si elle était présidente des Etats-Unis !

SABINE

Cette bonne nouvelle mérite bien un taureau, camarguais de préférence.

KOUGNONBAF

Vous aurez votre taureau, avec l’arène et le matador qui se placent autour.

SABINE

La Toute-puissance récompensera votre générosité.

KOUGNONBAF

Vivre la Syldurie ! Vive le roi ! Vive Ottokar Premier ! Euh… Pas un mot de tout cela à Éva, bien entendu. Elle me prend toujours pour le charmant prince.

SABINE

Vous pouvez compter sur ma discrétion.

KOUGNONBAF

Merci. Mais je ne vais pas vous prendre davantage de votre temps. Il me reste des tas de détails à régler. Plus tôt je serai intronisé roi, et plus tôt je serai satisfait.

(Il sort.)

Scène II

SABINE

« Vive Ottokar Premier » ! Pauvre imbécile ! Sombre andouille ! Lamentable crétin ! Crois-tu qu’on se serve de la Toute-puissance comme d’un outil ou comme d’un larbin ? T’imagines-tu, pauvre bougre, que quelques poulets et quelques cochons suffisent à calmer son appétit ? Le prix à payer est bien trop élevé pour toi mon petit bonhomme ! La Toute-puissance te réclamera ton âme et ton sang. Et d’ailleurs, cela me fend le cœur de m’imaginer que je vais, moi seul, fournir tout le travail, affronter la colère de la famille royale au péril de ma vie, ou du moins de ma liberté, pour que toi, prétentieux marquis, tu te repaisses des marrons que je t’aurai tirés du feu. Tu ne connais donc pas la puissance que tu as invoquée pour te vautrer sur le pouvoir.  Ah ! çà non mon ami ! J’ai donné à la Toute-puissance ce que je possédais de plus précieux : la place qui m’était réservée dans les lieux célestes. Je me suis totalement soumise à mon maître, et ce n’est pas gracieusement. Espères-tu, Marquis, que je me contente d’être rétablie dons mon rôle de « Grande Astrologue Royale » ? j’en désire beaucoup plus, et je maîtrise des pouvoirs qui te sont étrangers. Mi grat aou ti boi, ou sou la coup la bebet. Attends un peu, mon petit marquis, tu n’es rien d’autre qu’un moineau dans ma main. Je te caresse les plumes, ça te réchauffe, c’est agréable et doux, mais au moment choisi, mes doigts vont se refermer sur toi, tu seras prisonnier dans mon poing comme dans une cage dont les barreaux de fer vont te broyer. Quand j’ouvrirai à nouveau la main, tu ne seras plus qu’une boule de chair et d’os que je jetterai à terre avec répugnance et que je chasserai loin de moi à coup de pied. Adieu, marquis, oublie tes insolents rêves de pouvoir. La Syldurie devra courber l’épaule sous le joug d’une reine impitoyable : moi, Sabine Première. Lynda voulait faire de ce pays un royaume chrétien, Ottokar un royaume athée, moi, Sabine, je placerai ce pays sous la lumière des ténèbres. Malheur à quiconque refusera de servir la Toute-puissance ? Mais voici Éva. Elle fera moins la fière quand je l’écraserai sous mes bottes. En attendant c’est elle la patronne. Mieux vaut partir.

(Elle sort par une porte, Éva entre par l’autre.)

Scène III

ÉVA – puis KOUGNONBAF

ÉVA

J’ai dans le cœur un sinistre pressentiment. J’ai de la crainte, j’ai de l’angoisse. L’absence de Lynda me pèse cruellement. Je n’ai ni sa détermination, ni sa force. Je me sens terriblement mal à l’aise. Et je sens tout autour de moi la présence de Sabine Mac Affrin, cette redoutable magicienne. Lynda avait beau me prêcher que je suis couverte par le sang de Christ et que les forces des ténèbres ne peuvent rien contre moi… Souvent je sens les mains de Sabine serrer mon cou. Ah ! Lynda ! Lynda ! Reviens vite, je t’en supplie. Il n’y a que toi qui possèdes l’autorité sur les forces de ténèbres qui m’entourent. Heureusement, Otto, mon fiancé, me soutient par sa présence, et son amour me réconforte. Pourtant Lynda m’avait préconisé de me méfier de lui. Je crois qu’elle s’est trompée. Ottokar est si doux, si bon envers moi ! Que ferrais-je sans lui ? Mais le voici justement.

(Entre Kougnonbaf.)

KOUGNONBAF

Éva, ma princesse, mon amour.

ÉVA

Ottokar, mon bien aimé, te voici enfin ! Où étais-tu donc ?

KOUGNONBAF

Je suis à la fois désolé et ravi de t’avoir manqué. J’ai été retardé par une conférence de presse. La Syldurie est dans une situation délicate, très délicate. Je ne sais pas si je dois t’en parler. Ta sœur Lynda…

ÉVA

Otto, je suis inquiète, j’entends des bruits de cour. Lynda serait en grande difficulté, on dit même qu’elle serait…

KOUGNONBAF

Ma pauvre chérie, je sais que c’est très dur pour toi. Je connais l’amour que tu portes à ta sœur, mais il vaut mieux que tu saches maintenant la vérité, Lynda…

ÉVA

Elle est morte ?

KOUGNONBAF

Lynda a été très imprudente, elle a voulu refaire sa révolution française avant de la faire chez nous. Pourquoi à t-elle fait cela ? Elle a mené un combat qui n’était pas le sien. Elle s’est mise hors la loi.

ÉVA

Est-elle morte ?

KOUGNONBAF

J’en suis désolé, ma chère petite Éva. Elle a provoqué les autorités de ce pays et elle a été abattue par les forces de l’ordre.

ÉVA

Ce n’est pas vrai ! Dis-moi que ce n’est pas vrai ! tout cela n’est que rumeur.

KOUGNONBAF

Hélas, non. Nous le savons de source officielle. Dès ce soir, ma presse annoncera la fin tragique de notre souveraine.

ÉVA

Ottokar, c’est épouvantable.

KOUGNONBAF

Il faut être courageuse. À présent, tout le poids de la Syldurie repose sur tes frêles épaules. Te voilà reine, et moi, je suis ton Prince consort, (à part) en attendant d’être ton roi et ton maître, petite grue.

(Entre Bifenbaf, tenant à la main plusieurs journaux.)

Je vais te jeter un sort et tu seras sous la coupe de diable.

Par Lilianof - Publié dans : PLACE AU THEATRE - Communauté : auteurs dramatiques chrétiens
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