Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /2010 18:30

Chapitre XLIII
Lynda règle ses comptes

Mal servi par ses courtes jambes, le commissaire divisionnaire courut après les cars militaires qui ne l’avaient pas attendu pour démarrer. Le vent tomba aussi brusquement qu’il s’était levé. Nos amis poussent chacun des souffles profonds, heureux de se retrouver dans le calme.

« Tu nous avais habitués à quelques happenings, » dit Mohammed , « mais là vraiment, tu nous coupes le souffle.

– Nous sommes époustouflés, » enchérit Mamadou.

« Quelqu’un pourrait-il nous expliquer ce qui s’est passé ? demanda Fabienne.

« Ne vous ai-je pas déjà dit qu’un grain de moutarde peut soulever des montagnes ?

– Pourvu que ce grain soit rempli de foi.

« Dis, Lynda, » demanda timidement Moussa apeuré, la tirant par son vêtement.

« Oui, mon enfant.

– Est-ce que c’est le diable qui a claqué la porte ?

– Non, Moussa, c’est un courant d’air.

– Alors pourquoi ont-ils eu si peur ?

– « “ Je rendrai le cœur de tes ennemis lâche au point qu’ils s’enfuient au bruit d’une feuille agitée par le vent, ” ou au bruit d’une porte qui claque. C’est Dieu qui a donné ces paroles. Il suffisait d’y croire.

– Lorsque tu as cité ce texte et qu’ils ont cru que tu invoquais le diantre, » interrogea Fabien, « était-ce de la magie ?

– Non, c’était de la foi.

– Décidément, Lynda, je n’arrive plus à te suivre ! »

« En tout cas, » constata Fabienne, « tu nous as donné une sérieuse leçon. Placez votre confiance en Dieu, et le miracle s’accomplira. »

Le commissaire Mansinque intervint dans le débat :

« La foi c’est très beau, mais les anges sont au ciel et nous sur la terre. Comment Yssouvrez a-t-il pu débarquer ainsi ? Qui l’a averti de notre présence et de notre secret ? »

« Des voisins nous auraient dénoncés, » supposa Fabienne.

« Nous n’avons pas de voisins. Personne ne nous a
vus venir.

– Alors, » dit gravement Mohammed, « l’un des nôtres a trahi. »

L’enthosiasme de la victoire laissa place à l’inquiétude et à la suspicion.

« Qui ? Et pourquoi ? » demanda Fabien après un pénible silence.

Chacun se regardait l’un l’autre, embarrassé.

« Nous allons bientôt le savoir, » dit Lynda sur un ton grave.

Ses simples mots provoquèrent une angoisse indéfinissable dans le groupe. La foi de Lynda la rend capable de mettre en fuite n’importe quel adversaire. Aurait-elle aussi reçu, par révélation, le nom du coupable. Tous la regardaient, livide, attendant de sa bouche la fatale prophétie.

Mais elle ne dit rien. Elle promena ses regard sur chacun membre de l’assistance. Puis, les yeux pleins d’ardeur, les sourcils froncés, elle regarda fixement chacun de ses compagnons.

Le regard de Lynda… Chacun baissait le front, personne n’osait l’affronter. Il se fixa enfin sur Elvire. Son visage était exsangue, ruisselant de sueur. Ses jambes n’était plus capable de la porter. Elle chancelait. Lynda la regardait toujours.

« Lève les yeux, Elvire. Aurais-tu peur de braver mon regard ?

– Non, » murmura-t-elle, « ce n’est pas…

– Regarde-moi dans les yeux et dis-moi d’une voix haute et intelligible : “ Ce n’est pas moi. ”

– Ce n’est pas moi. »

À la veulerie des réponse d’Elvire s’opposait la fermeté de la voix de Lynda.

« Dis-le avec plus d’assurance, et regarde-moi en face. »

Maintenant, Lynda avait empoigné les cheveux de sa rivale et lui maintenait la tête haute pour la forcer à croiser son regard de braise.

« Arrête, je t’en prie ! Tu me fais revivre des moments insupportables. Je revois tes ongles dans mes cauchemars. »

Lynda lâcha sa prise. Elle avait une nouvelle fois anéanti son adversaire.

« Pourquoi ? » demanda-t-elle à voix basse.

« Parce que je te hais, Lynda, je te hais.

– Comme tu me fais mal ! Moi je t’aimais. Tu m’as assassinée. J’en ai tant souffert ! Mais j’ai su pardonner. Aujourd’hui tu reviens, tu me trahis par un baiser, comme Judas. Tu me poignardes à nouveau. C’est moi qui aurais de bonnes raisons de te haïr. »

Elvire commençait à reprendre de l’assurance.

« Tu ne comprends donc pas ! Faut-il que tu sois naïve ! Je me suis servie de toi quand tu étais dans l’abondance, je t’ai méprisée quand tu étais dans la misère. Maintenant que tu relèves la tête je ne puis que te haïr. Je te hais parce que tu possèdes ce que je désire : la beauté, l’intelligence, mais surtout, la richesse, le succès et la gloire. Je te hais parce que Julien t’a aimée avant moi. Je te hais parce que je
te hais.

– Quelle folie ! Pauvre Elvire ! Quand je pense que j’ai vraiment cru à notre réconciliation ! Je ne suis décidément qu’une ravissante idiote.

– Laisse-moi partir maintenant.

– Pas encore. J’ai une question à te poser : Comment m’as-tu suivie jusqu’ici ?

– Ma pauvre amie ! Quand on est une célébrité comme toi, on ne peut pas se cacher, même avec une perruque ridicule et un français brisé. Tu ne lis donc jamais les journaux ? Tu ne lis pas France Dimanche ? C’est trop compliqué
pour toi ?

– Non. J’aurais dû ?

– Tu aurais appris tout ce qu’on dit sur toi.

– Et que dit cette vénérable presse à mon sujet ? »

Elvire sortit de son sac un journal qu’elle tendit à son ennemie :

« Lis-moi ça, pauvre cloche ! .J’en ai gardé un en souvenir. »

Lynda s’exécuta et lut un titre :

« “ Les nouvelles frasques de Lynda. ” Parce que j’ai aussi de vieilles frasques ?

– Lis !

–“ Sous la fausse identité d’une réfugiée bulgare, Lynda de Syldurie, l’actrice ratée subitement propulsée dans le Gotha balkanique hante à présent les quartiers chauds de Paris. »

– Ils ne te font pas de cadeaux, hein ! Cassée, ma Lynda.

– Comme ils ont d’imagination ! Me voici promue baronne de la mafia parisienne. Je comprends que cette littérature ait élevé ton esprit à un si haut niveau moral.

– Tu peux toujours ironiser ! Quand on a traîné son manteau royal dans la boue des bas quartiers !

– Continue ton histoire.

– Ayant donc appris que tu te planquais à nouveau du côté de Barbès-Rochechouart, chère Lynda, je me suis mis à écumer le quartier. J’ai pris mes renseignements. Je suis allée manger dans ton restaurant préféré : Le Palais de Shanghai de Hong-Kong de la Cité Interdite. Je dois reconnaître que tu m’avais habituée à mieux. Enfin ! J’ai cuisiné le vieux chinois, c’est tout de même un comble ! Je me suis fait passer pour ton amie. D’ailleurs je n’ai pas menti : je suis ta meilleure amie. J’ai joué à la fois de ma séduction, de ma persuasion et de ma perversion. Il a fini par me donner ta nouvelle adresse. Et me voilà débarquée comme une jolie fleur dans ta cambrousse, non sans avoir averti ton cher ami Paul Yssouvrez. »

Fabienne s’excitait à l’audition de ce récit :

« Laisse-moi lui servir une bonne raclée, cadeau de la maison.

– Non ! » cria Elvire. « Ne m’approchez pas !

– Laisse-la, » répondit Lynda méprisante. « Elle serait déjà morte si je n’étais pas devenue une disciple du Christ.

– Moi j’ai encore beaucoup de progrès à faire dans la vie chrétienne. Mes poings ne sont pas encore convertis.

– Encore une question, Elvire : Comment se fait-il que notre ami commun, Yssouvrez, soit arrivé avec toute une armée, comme s’il s’attendait à trouver Ben Laden en personne ?

– Je lui ai brossé un magnifique portrait de toi, et j’ai quelque peu exagéré la dangerosité de ta personne.

– J’ai bien envie de laisser Fabienne te corriger le tien, de portrait. Allez, va-t-en avant que je me déconvertisse. »



Copyright 2010 Lilianof


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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /2010 18:09
Encore une belle chorégraphie sur une musique de Gottschalk.

Par Lilianof - Publié dans : Mon ami Gottschalk
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Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 17:53
De quoi rendre jaloux notre roi Lune!

Par Lilianof - Publié dans : LES GLANURES DE LILIANOF
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Mercredi 27 janvier 2010 3 27 /01 /2010 20:16
Si quelqu'un te frappe la joue droite, allonge-lui une bonne gauche.



Il ne faudrait pas qu'elle vienne m'imposer les mains, j'aurais trop les jetons!
Par Lilianof - Publié dans : LES GLANURES DE LILIANOF
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Mardi 26 janvier 2010 2 26 /01 /2010 18:48

Chapitre XLII
Lévitique 26.17

Dans la ferme de Romilly, Rognes pour les inconditionnels de Zola, Lynda et ses amis avaient reçu une autre visite : celle d’Aïcha qui, dans sa petite voiture de célibataire avait emmené Valérie. Les deux jeunes femmes furent reçues dans le foyer avec joie.

Même Fabienne étreignit Valérie dans ses puissants bras, disant :

« Nous somme heureux que vous ayez finalement décidé de nous rejoindre, Aïcha, et vous aussi, Valérie. Je croyais vraiment que vous me haïssiez.

– Mon visage s’est dégonflé, ma colère aussi.

– Quelques jours de vacances à la campagne me feront du bien, » dit Aïcha. « J’ai invoqué ce prétexte à mon patron qui me trouvait fatiguée.

– Nous avons besoin de votre aide, Aïcha, » lui dit Mohammed. « Nous avons pris des décisions. Nous voulons abandonner totalement notre vie de délinquants. Nous sommes des disciples de Jésus-Christ, à présent.

– Je dois reconnaître qu’il a opéré des prodiges dans vos vies.

– Pourquoi ne croirais-tu pas toi aussi ? » proposa Mamadou.

« Je suis une mahométane. Je ne puis servir que le Créateur. Jésus n’est pour moi qu’un prophète. Mais je reconnais qu’il y a dans ses paroles un charisme qui change le mal en bien. »

Lynda s’approcha et lui tendit la main :

« Je suis ravie de faire votre connaissance, Aïcha. Les garçons m’ont raconté tout ce que vous avez fait pour eux. Vous êtes une jeune fille remarquable. J’aimerais vous avoir pour amie.

– Mon amitié vous est accordée. J’ai appris tant de choses sur vous ! À moi aussi, ils ont parlé de votre aventure extraordinaire et de votre dévouement. Je sais que vous prenez des risques pour aider nos deux protégés dans leur dilemme. »

Puis, Lynda se tourna vers l’institutrice :

« Et vous-même, Valérie Ozdenir. Je vous remercie d’avoir voulu nous rejoindre. Les Diallo m’ont parlé de votre gentillesse et de vos épreuves.

– Je désirais tant vous rencontrer ! Une reine qui quitte son trône lointain pour secourir des enfants dans la peine ! Je ne suis pas digne de vous avoir pour amie. Mais je suis désespérée. La séparation de l’homme que j’aime m’a été imposée.

– Je connais votre histoire, mais ne perdez pas courage. Mon pays est proche de la Turquie. Accompagnez-moi en Syldurie. Vous pourrez y enseigner le français. Et moi je n’aurai guère de difficulté à vous rendre votre mari.

– Lynda, pourquoi tant de sollicitude ? Je ne la mérite pas.

– Rien ne se mérite. Tout est question d’amour. »

Elvire et Julien, étaient partis faire une promenade à travers la campagne. Aïcha et Valérie furent invitées à rester quelques jours et proposèrent d’aller à Cloyes acheter quelques provisions.

Les amoureux rentrent à la ferme.

« Le vent se lève, » fit remarquer Elvire. « C’est pourquoi nous avons préféré  nous mettre à l’abri.

– Un drôle de vent, » précisa Julien. « Un vent tout chaud. Ce n’est pas banal, surtout en cette saison.

– Un vent qui nous agace, un vent qui fait peur.

– Un vent à rendre fou. »

Fabien se mit évidemment à chanter Brassens, sur un vers de Victor Hugo :

 « Le vent qui passe à travers la montagne, me rendra fou. »

« Un vent chaud qui rend fou ? » dit Lynda songeuse. « Cela existe en Europe centrale. On l’appelle le fœn. Un vent si chaud qu’en Allemagne on ne dit pas : “ Prête-moi ton sèche-cheveux ”, mais : “ Prête-moi ton fœn. ”

– Mais le fœn ne souffle pas dans nos régions, » fit remarquer Julien.

– C’est exact. »

En effet, le vent au dehors, agitait les branches du vieux saule pleureur et commençait à siffler.

Elvire remit une couche de compliments et d’excuses :

« Il ne faut pas m’en vouloir, ma petite. Je suis un peu ta sœur, et j’ai été malhonnête et injuste. Je serais morte de chagrin si tu m’avais gardé de la haine. J’ai compris que le sentiment qui nous avait unis n’était pas une amitié festive. Aussitôt la fête finie, après l’instant où je t’ai trahie et où tu m'as chassée, j’ai compris que j’avais perdu bien plus qu’une copine : une amie irremplaçable. J’ai réalisé que je ne pourrais plus vivre sans toi, mais je n’osais pas venir te demander pardon. Tu étais si furieuse ! Quand j’ai su que tu étais repartie dans ton pays, j’ai craint de ne plus jamais te revoir. J’étais désespérée. Heureusement pour moi, Julien m’a soutenue dans ces moments d’épreuve. Jour après jour j’ai repris goût à la vie, et puis nous nous sommes aimés. Je tiens à ce que tu sois témoin de notre mariage. Embrasse-moi, Lynda, j’ai trop attendu ce moment. »

Elvire entoura de ses bras le cou de Lynda et l’embrassa.

« Tu vois, » ajouta Julien, « notre aventure trouve une issue favorable. Tu as été cruelle avec moi, mais j’ai trouvé la consolation dans les bras d’Elvire. »

Ces pathétiques effusions furent brusquement interrompues par des bruits de moteur.

« Vous attendiez quelqu’un ? » demanda Fabien.

« Non, » répondit Mansinque.

Puis il regarda à la fenêtre.

« Lynda, venez-voir. »

Le commissaire paraissait angoissé. Lynda, à son tour se précipita à la fenêtre ; elle essaya de cacher son émotion.

« Alors-là ! Nous avons un gros problème.

– Qu’est-ce que c’est ? » demanda Fabien.

« Trois Heuliez bourrés de C.R.S.

– Tout ça en notre honneur ! » s’exlama Fabienne.

– Je n’imaginais pas, » répondit Lynda, « que nous fussions une si grande menace pour la République.

– Les voilà qui descendent, » commenta Mansinque. « C’est pire que pour Al-Qaïda. Ils ont des armes automatiques. »

Les deux policiers se sont mis eux aussi à la fenêtre.

– Regardez-moi qui dirige cette équipe de polichinelles ! » s’écria Fabienne.

– Qu’est-ce qu’il fait ici ? » demanda Fabien.

– Il n’a rien à faire ici ! » répondit Mansinque.

– En tout cas, » dit Lynda, « il est ici. »

Un brodequin militaire frappa le bas de la porte avec violence.

« Police, Ouvrez. »

Mais déjà, la vielle serrure avait cédé sous la pression du soudard.

« Paul Yssouvrez », crièrent ensemble les deux voyous repentis, saisis de frayeur.

Le vent n’avait cessé de souffler. Il soufflait de plus en plus fort. Son sifflement devenait de plus en plus aigu, l’atmosphère était angoissante. Pour la version théâtrale de notre récit, je suggère en fond sonore la troisième symphonie de Mahler, le cris strident des raffales couvrant la voix menaçante des trombones.

L’irascible divisionnaire avait investi la place, déjà vainqueur. Les C.R.S le suivaient, l’arme automatique au poing :

« Surpris de me voir, les cailles-rats ! »

Fabienne lui cracha quelques projectiles :

« Nous aussi, nous sommes surpris, le kangourou dégénéré !

– L’Eure-et-Loir ne fait pas partie du Dix-huitième arrondissement, autant que je sache, » lui fit remarquer Mansinque.

« C’est exact, » répondit-il, moqueur. « Vous n’êtes pas dans ma juridiction. Mais qu’à cela ne tienne ! J’ai des relations très élevées, vous le savez. C’est la raison pour laquelle je suis commissaire divisionnaire malgré mes piètres résultats scolaires. Et comme je tenais absolument à l’exclusivité de votre arrestation, je me suis arrangé avec Nénesse qui m’a procuré une dérogation.

– Nénesse ?

– En personne. »

Des murmures commençaient à circuler parmi les miliciens :

« On est venu pourquoi, nous ?

– Un groupe terroriste.

– Ah bon ! Je croyais que c’était un réseau de trafic d’héroïne.

– Mais pas du tout ! Ce sont des sans papiers à expulser. C’est la priorité de la République. Une femme et un enfant. Des Maliens.

– Je comprends qu’on nous envoie si nombreux et si bien armés. »

Le petit policier faisait de petits bonds et se frottait les mains :

« Quelle pêche miraculeuse ! Toute une brochette de malfaiteurs réunie dans ce trou à rats. Quelle prise ! Je serai bientôt Ministre de l’Intérieur, en attendant mieux !

– Ne pavoise pas trop vite, gerboise d’Egypte, » lui décocha Fabienne.

Mais l’autre poursuivait, sans se soucier de la méchante répartie de la jeune femme.

« Mamadou Djembé, trafiquant, receleur ; Mohammed Bendjellabah, trafiquant de stupéfiants. Depuis le temps que je retourne la terre entière pour vous trouver, vous voilà enfin à ma merci ! Et vous, les noircicots en cavale ! Vous irez cavaler dans le désert. »

Mamadou et Mohammed se regardèrent avec une expression de désespoir.

« Nous sommes fichus.

– Fichus de chez fichus. »

Lynda posa ses mains sur l’épaule de chacun d’eux.

« Faites-moi confiance, et surtout, faites-Lui confiance. »

Yssouvrez jeta sur elle un regard de colère.

« Et qui est cette sauterelle qui se paie ma tête en silence depuis le début ? »

Elle riposta en cachant son visage derrière ses cheveux, comme elle l’avait fait au restaurant avec sa perruque rousse, et reprenant son accent forcé :

« Je pas comprends. Vinir Boulgaria, chercher travail.

– Vous comprendrez bien assez tôt ce qui vous arrive, croyez-moi. Vous êtes la complice de ces malfrats. Vous passerez votre belle jeunesse en prison. Quand vous en sortirez, vous serez une vielle mémère toute décatie. Pareil pour vous deux : la honte de la police. Vous allez prendre perpète, les amoureux. On vous mariera à la Santé. Ça vous amuse, Mansinque, vous qui avez osé héberger des criminels dans votre bicoque ?

– Yssouvrez, » lui répliqua Fabienne menaçante, « nous ne sommes que des pieuvres, mais vous, vous êtres un encornet que je vais me farcir.

– Ah oui ? Assez ri, assez discuté. Rendez-vous.

– Non ! » cria Lynda avec détermination.

– Ne nous obligez pas à utiliser la force. »

Lynda mit la main dans sa poche. Croyant qu’elle allait en sortir un pistolet, les C.R.S. mirent un genou a terre et la visèrent de leurs fusils mitrailleurs. Elle dégaina sa Bible qu’elle brandit face à eux.

« Messieurs, j’ai entre les mains une arme bien plus puissante que vos mitraillettes.

« Qu’est ce que c'est que cette folle ? » dit l’un des militaires.

« On est tombés dans une secte.

– On n’a jamais été formé pour ça.

– Qu’est-ce qui va nous arriver ?

– Tirez une rafale au-dessus de sa tête, » ordonna Yssouvrez. « Ça va la dépeigner, cette fissurée du bocal. »

Les soldats les plus proches d’elle tirèrent, en effet, mais au lieu du crépitement assourdissant des balles, on n’entendit qu’un déclic métallique.

« Saloperie de mécanique française ! »

C’est alors que Lynda, son « arme » toujours tenue à bout de bras, parla :

 « Je tournerai ma face contre vous, et vous serez battus devant vos ennemis ; ceux qui vous haïssent domineront sur vous, et vous fuirez sans que l’on vous poursuive. »

« Qu’est-ce que c’est encore que ce charabia ?

– C’est une sorcière. Elle fait des incantations. »

Le vent faisait de plus en plus de bruit et faisait frapper contre les murs les volets mal fixés.

« Cette fille est une terroriste, » hurlait Yssouvrez. « Elle travaille pour les ayatollahs. Tirez ! Tirez ! Tirez ! »

Nouveau tir, nouvel échec.

« Saloperie de cochonnerie de mécanique à la noix ! »

 « Je rendrai pusillanime le cœur de ceux d’entre vous qui survivront, dans les pays de leurs ennemis ; le bruit d’une feuille agitée les poursuivra ; ils fuiront comme on fuit devant l’épée, et ils tomberont sans qu’on les poursuive. Ils se renverseront les uns sur les autres comme devant l’épée, sans qu’on les poursuive. Vous ne subsisterez point en présence de vos ennemis. »

« Elle appelle une armée de démons à son secours », crie un C.R.S tremblant de peur.

« Ils vont nous pulvériser, » s’écrie un autre.

« Ils vont nous entraîner dans les profondeurs infernales.

– Lévitique, chapitre 26, versets 17, 36 et 37, » proclama-t-elle avec triomphe. Les porteurs d’armes reculaient.

« Saisissez-la,  »s’égosilla Yssouvrez. « Menottez-la. ».

Une porte claqua brusquement.

« C’est le diable ! » cria l’un des hommes.

« Au secours ! » cirèrent les autres.

Et tous se précipitèrent dehors dans une grande bousculade. Yssouvrez vociférait :

« Mais ce n’est pas possible, ça ! Je délire ! J’hallucine ! Je cauchemarde ! Revenez ! Revenez, bande de pleutres ! Je vais vous taper un rapport sanglant ! »

Mais il avait beau menacer, ses troupes l’avaient bel et bien abandonné. Lynda s’approcha de lui, victorieuse et provocatrice :

« Alors, monsieur le futur Premier Ministre. Vous voici seul, face à une dangereuse criminelle. »

Le commissaire divisionnaire, qui n’était déjà pas très grand, se tassa encore plus.

« Comment avez-vous fait ?

– Je vous avais prévenu : Je possède une arme redoutable.

– Avec votre bouquin, vous avez mis en fuite une compagnie de C.R.S. en armes.

– Je vous conseille de courir aussi vite que vos copains, avant que je me mette en colère.

– Vous avez ridiculisé les forces de l’ordre. Vous m’avez humilié. Mais je me vengerai. Je vous retrouverai, je vous anéantirai. »

L’orgueilleux fonctionnaire se sentait vaincu. Il tourna le dos et sortit de la maison en baissant la tête.

« Salutations à votre ami Nénesse, ».lui lança Lynda.



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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /2010 18:37
C'est une question ouverte...

On a beaucoup parlé, dans les années 1980 des messages subliminaux utilisés par de nombreux groupes "rock". Il suffisait de tourner le disque à l'envers pour que "Stairway to heaven" devienne  un escalier vers l'enfer.

Le phénomène revient en force avec le fameux "Yes we can" martelé par le président américain.

http://www.youtube.com/watch?v=F_sC9HMd510

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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /2010 13:36
Par Lilianof
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Mercredi 20 janvier 2010 3 20 /01 /2010 13:27

Chapitre XLI
Rumeurs et complots

Sabine Mac Affrin, malgré sa crainte, avait accepté un nouveau rendez-vous, dans une salle peu fréquentée du palais royal, avec l’ambitieux marquis de Kougnonbaf.

« Pour une fois, vous êtes ponctuelle.

– Avez-vous apporté ma génisse ?

– Elle vous sera livrée chez vous. Imaginez le scandale que ferait ma fiancée si l’animal venait à bouser sur ce royal tapis du XVIe siècle.

– Je comprends la situation. Mais ne tardez pas trop.

– Avez-vous du nouveau concernant notre affaire ?

– Bien sûr. J’ai d’excellentes nouvelles pour vous. Notre Elvire nationale remplit très bien sa mission. Elle m’apporte de précieux renseignements ; Une véritable
Mata Hari !

– À quoi donc vous sert votre boule de cristal ?

– Pour le moment ? À rien. Elvire la remplace avantageusement.

– Et que voyez-vous dans votre Elvire ?

– Des choses qui vous réjouiront. Vous ne regretterez pas d’être passé à l’étape bovine.

– Mais encore ?

Notre chère Lynda est décidément une pauvre fille bien naïve. Elle est allée se jeter sans pagaie dans les chutes du Niagara.

– Voilà qui me réjouit. Mais j’aimerais un peu plus de détails.

– Lynda s’est acoquinée avec des voyous de la pire espèce : des trafiquants de drogue, des contrefacteurs, et j’en passe. Sous prétexte de vouloir les convertir à la foi chrétienne, elle s’est convertie à la mafia parisienne.

– Mais c’est merveilleux ! » S’exclama Ottokar en sautillant d’excitation. « Sabine, nous la tenons !

– Mais ce n’est pas tout. Cette folle s’est mis dans la tête de protéger des immigrants clandestins : de ces Africains qui parasitent la France comme des courtilières.

– Diable !

– Elle a même tourné la tête d’un commissaire corrompu dont elle a fait son complice.

– Trop fort !

– Elle a mis son commissariat à feu et à sang.

– C’est ma pire ennemie, mais je l’admire.

‑ C’est Nénesse qui ne va pas apprécier !

– Nénesse ?

– « Nén » comme Nicolas, et « Nesse » comme qui vous savez.

– Nestor ?

– C’est cela ! Bon ! Et c’est à ce stade de l’action que notre Elvire intervient. Elle use en virtuose de la science diabolique que j’ai mise à sa disposition.

– Que fait-elle ?

– Lynda et sa bande sont allés se cacher dans une ferme isolée à cent cinquante kilomètres de Paris. Mais Elvire a retrouvé leur repère, et elle l’a signalée aux autorités comme une redoutable terroriste. L’élite de la police française est à ses trousses. D’ici quelques jours, que dis-je, quelques heures, vous pourrez annoncer dans votre presse minable qui empoisonne le pays, que Lynda est morte, le corps transpercé par une cinquantaine de balles.

– Encore heureux que la Syldurie n’est qu’un tout petit pion sur l’échiquier international. Vous imaginez un peu si elle était présidente des Etats-Unis !

– Cette bonne nouvelle mérite bien un taureau, camarguais de préférence.

– Vous aurez votre taureau, avec l’arène et le matador qui se placent autour.

– La Toute-puissance récompensera votre générosité. »

Le marquis s’oubliait de bonheur et délaissait toute retenue. Tel le fameux boxeur Mohammed Ali qui, après chaque victoire bondissait sur le ring en criant « I’m the best ! I’m the king ! » il bondissait lui aussi en se frappant la poitrine :

« Vivre la Syldurie ! Vive le roi ! Vive Ottokar Premier ! Euh… Pas un mot de tout cela à Éva, bien entendu. Elle me prend toujours pour le charmant prince.

– Vous pouvez compter sur ma discrétion.

– Merci. Mais je ne vais pas vous prendre davantage de votre temps. Il me reste des tas de détails à régler. Plus tôt je serai intronisé roi, et plus tôt je serai satisfait. »

Et le marquis de Kougnonbaf, ivre de joie, s’éloignait en sautillant comme une petite fille dans la cour de récréation.

Sabine, la magicienne, envisageait la situation sous un autre angle :

« “ Vive Ottokar Premier ! ” Pauvre imbécile ! Sombre andouille ! Lamentable crétin ! Crois-tu qu’on se serve de la Toute-puissance comme d’un outil ou comme d’un larbin ? T’imagines-tu, pauvre bougre, que quelques poulets et quelques cochons suffisent à calmer son appétit ? Le prix à payer est bien trop élevé pour toi mon petit bonhomme ! La Toute-puissance te réclamera ton âme et ton sang. Et d’ailleurs, cela me fend le cœur de m’imaginer que je vais, moi seul, fournir tout le travail, affronter la colère de la famille royale au péril de ma vie, ou du moins de ma liberté, pour que toi, prétentieux marquis, tu te repaisses des marrons que je t’aurai tirés du feu. Tu ne connais donc pas la puissance que tu as invoquée pour te vautrer sur le pouvoir. Ah ! çà non mon ami ! J’ai donné à la Toute-puissance ce que je possédais de plus précieux : la place qui m’était réservée dans les lieux célestes. Je me suis totalement soumise à mon maître, et ce n’est pas gracieusement. Espères-tu, Marquis, que je me contente d’être rétablie dons mon rôle de “ Grande Astrologue royale ” ? j’en désire beaucoup plus, et je maîtrise des pouvoirs qui te sont étrangers. Attends un peu, mon petit marquis ! Tu n’es rien d’autre qu’un moineau dans ma main. Je te caresse les plumes, ça te réchauffe, c’est agréable et doux, mais au moment choisi, mes doigts vont se refermer sur toi, tu seras prisonnier dans mon poing comme dans une cage dont les barreaux de fer vont te broyer. Quand j’ouvrirai à nouveau la main, tu ne seras plus qu’une boule de chair et d’os que je jetterai à terre avec répugnance et que je chasserai loin de moi à coup de pied. Adieu, marquis, oublie tes insolents rêves de pouvoir. La Syldurie devra courber l’épaule sous le joug d’une reine impitoyable : moi, Sabine Première. Lynda voulait faire de ce pays un royaume chrétien, Ottokar un royaume athée, moi, Sabine, je placerai ce pays sous la lumière des ténèbres. Malheur à quiconque refusera de servir la Toute-puissance ? »

Éva, toujours sous le charme du beau marquis, était en proie à de vives inquiétudes, un sinistre pressentiment oppressait son cœur. L’absence de Lynda lui pesait, elle réalisait dans cette solitude qu’il lui manquait la force et la détermination de sa jeune sœur. Tel un fantôme invisible, elle sentait autour d’elle la présence de la redoutable magicienne.

« Lynda avait beau me prêcher que je suis couverte par le sang de Christ et que les forces des ténèbres ne peuvent rien contre moi… » pensait-elle, « souvent je sens les mains de Sabine serrer mon cou. Ah ! Lynda ! Lynda ! Reviens vite, je t’en supplie ! Il n’y a que toi qui possèdes l’autorité sur les forces de ténèbres qui m’entourent. Heureusement, Otto, mon fiancé, me soutient par sa présence, et son amour me réconforte. Pourtant Lynda m’avait préconisé de me méfier de lui. Je crois qu’elle s’est trompée. Ottokar est si doux, si bon envers moi ! Que ferrais-je sans lui ? »

Dans son angoisse, justement, elle allait chercher le réconfort dans les bras de l’homme qui lui avait déclaré son amour.

« Ottokar, mon bien aimé, te voici enfin ! Où étais-tu donc ?

– Je suis à la fois désolé et ravi de t’avoir manqué. J’ai été retardé par une conférence de presse. La Syldurie est dans une situation très délicate. Je ne sais pas si je dois t’en parler. Ta sœur Lynda… »

Éva étreignait Ottokar de toutes ses forces et collait son visage contre sa poitrine.

« Otto, je suis inquiète, j’entends toutes sortes de bruits de cour. Lynda serait en grande difficulté, on dit même qu’elle serait…

– Ma pauvre chérie, je sais que c’est très dur pour toi. Je connais l’amour que tu portes à ta sœur, mais il vaut mieux que tu saches maintenant la vérité, Lynda…

La jeune princesse éclata en sanglots.

« Elle est morte ?

– Lynda a été très imprudente, elle a voulu refaire sa révolution française avant de la faire chez nous. Pourquoi a-t-elle fait cela ? Elle a mené un combat qui n’était pas le sien. Elle s’est mise hors la loi.

– Est-elle morte ?

– J’en suis désolé, ma chère petite Éva. Elle a provoqué les autorités de ce pays et elle a été abattue par les forces de l’ordre.

– Ce n’est pas vrai ! Dis-moi que ce n’est pas vrai ! tout cela n’est que rumeur.

– Hélas, non. Nous le savons de source officielle. Dès ce soir, ma presse annoncera la fin tragique de notre souveraine.

‑ Ottokar, c’est épouvantable.

– Il faut être courageuse, » dit-il en caressant les cheveux d’Éva. À présent, tout le poids de la Syldurie repose sur tes frêles épaules. Te voilà reine, et moi, je suis ton Prince consort. »

Il ajouta tout bas, entre ses dents :

« En attendant d’être ton roi et ton maître, petite grue ! »



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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /2010 16:32

Chapitre XL
La terre d’Émile Zola

Le commissaire, pardon, le commissaire retraité Mansinque avait mis de l’argent de côté pour ses vieux jours. C’est ainsi qu’il s’est acquis d’occasion une auto-caravane, un camping-car si vous ne craignez pas les anglicismes.

A l’heure fixée, il stationna son véhicule à la porte de la Chapelle, pour ne pas attirer l’attention des habitants du quartier. De très bonne heure, les fugitifs quittèrent leurs foyers chargés du moindre bagage possible. Fabien et Fabienne firent un détour chez les Diallo pour les aider à porter les leurs. Yakouba, libérée de son plâtre, pouvait marcher en s’appuyant sur deux béquilles.

À cinq heures, tout était près pour le départ, Mansinque au volant, les pieuvres en révolte occupaient les deux places avant, Lynda et ses protégés s’installèrent, le plus confortablement possible dans la partie séjour.

La camionnette s’engagea sur le périphérique, libre à cette heure de tout encombrement, puis sur l’Océane. Sortis à Thivars, ils franchirent à Mignères, sans le savoir, la ligne de partage des eaux. La route est droite, le paysage est plat, seuls les clochers se dressent lointains comme des crayons fichés dans les champs.

« Le quatorze juillet, en Beauce, » expliquait Mansinque, heureux de retrouver son cher pays, « on peut se régaler en même temps de tous les feux d’artifices de la région. »

Arrivé au Bois-de-Feugères, montrant sur sa droite le vieux moulin de bois dont les ailes tournent encore, il ne manqua pas de narrer la mésaventure de Pelard, le meunier, qui a eu la malencontreuse idée de réparer sa meule pendant la bataille.

On contourna, et c’est bien dommage, Châteaudun, pourtant classé parmi les plus beaux détours de France. La route nationale 10 se faisait plus étroite, bordée de vieux platanes, elle laissait admirer sur la droite, perchée sur sa colline, l’harmonieux château de Montigny le Ganelon, dont l’image a inspiré à l’auteur l’illustration de couverture.

On laisse Cloyes à main droite et pénètre par une petite route sinueuse dans la vallée de l’Aigre, à Romilly, on peut apercevoir sur la rivière les restes délabrés de l’aube d’un moulin, on laisse derrière soi l’église aux deux tourelles et disparaît dans les étendues de maïs et de guérets. Une vaste ferme nous attend, isolée à plusieurs kilomètres du village. On s’introduit dans la grande cour entourée de bâtiments et de murs ocre. Nous voici arrivés.

« Soyez les bienvenus dans la Terre d’Emile Zola, » dit le maître des lieux.

– La terre d’Emile Zola ? » s’étonna Mohammed. « Mais je croyais que c’était vous le propriétaire.

– C’est exact. »

Le lecteur pourra constater qu’à partir de ce moment, Mohammed et Mamadou ont chacun perdu leur tic verbal. La vie nouvelle, en effet, passe aussi par le langage.

« La Terre ? » réagit Fabien qui avait quelques lettres. « Mais bien sûr ! La Terre ! Rognes, c’est ici, Romilly-sur-Aigre !

– C’est exact.

 Je ne comprends plus rien, moi », dit Mamadou. « Ici on est à Rognes ou à Romilly-Machintruc ? »

Émile Zola avait un jour décidé de s’offrir un petit ouiquende à la campagne, et s’est ainsi qu’il s’arrêta à Cloyes-sur-le-Loir et à Romilly-sur-Aigre. L’histoire locale n’aurait certainement pas retenu ce court séjour si l’écrivain n’y avait pas trouvé l’inspiration pour « La terre », renommant pour les besoins du livre Romilly en Rognes.

Et l’ancien commissaire, fièrement, commentait :

« Zola exagère un peu quand il écrit : “ Pas un arbre, pas un coteau. ” Vous verrez, la vallée de l’Aigre et celle du Loir offrent des promenades agréables, vallonnées et arborées. »

« Nous allons nous plaire ici, » dit Yakouba. « Ce n’est pas à Paris que nous trouverons ce calme propre à la méditation. Et puis cet air pur, cette verdure qui nous entoure ! Et pas de plomb dans la nourriture !

– C’est vrai, » répondit Mansinque, réaliste, « mais à partir de maintenant, nous sommes hors la loi. Yakouba et Moussa auraient dû être expulsés vers le Mali. Mohammed et Mamadou devraient être en prison. Quant à vous, Lynda, si l’on vous découvre ici en aussi bonne compagnie, je crains de sérieuses complications diplomatiques entre la France et la Syldurie.

– Raisons de plus, » dit Fabienne, « pour nous placer sous la protection de Dieu. Lynda, auriez-vous l’obligeance de prier en notre nom ? »

Tout le monde se tut. Lynda baissa la tête et éleva sa douce voix :

« Père Eternel, nous voulons te louer parce que tu as créé le monde et nous a donné la vie. Nous te louons également parce que tu nous a donné ton fils Jésus, qui s’est sacrifié pour nous afin de nous sauver du péché et de sa condamnation. Nous te demandons de garder notre séjour dans cette maison et de veiller sur nous, sachant que nous osons braver la loi des hommes en vertu de ta propre loi qui nous ordonne d’aimer et de secourir l’étranger au milieu de ton peuple. Nous voulons te présenter Mohammed et Mamadou qui ont fait le choix d’accepter Christ pour sauveur. Nous te demandons de les assister dans la décision qu’ils prendront au regard de leurs fautes passées et de la justice humaine. À toi seul, Père, soit la gloire, dans le nom de ton fils Jésus-Christ. Amen. »

Qui aurait reconnu, en entendant cette prière simple et sincère, l’aventurière d’autrefois, la teigne cruelle qui avait fait verser tant de larmes autour d’elle ?

Deux ou trois jours s’écoulèrent. Nos amis s’étaient installés dans leur nouvelle demeure et profitaient de la douceur automnale.

Une berline immatriculée en Seine-Saint-Denis s’introduisit dans la cour. Un homme et une femme en sortirent et frappèrent à la porte. C’était Elvire, accompagnée de Julien. Lynda les invita à entrer.

« Je ne m’attendais vraiment pas à votre visite, » dit-elle.

« Nous avons tenu à te faire la surprise, » répondit Elvire.

« Pour l’effet de surprise, c’est réussi !

– Lynda, » poursuivit Julien, « nous tenions à être les premiers à t’annoncer la bonne nouvelle. Elvire et moi, nous allons nous marier.

– Je vous souhaite beaucoup de bonheur.

– Elle n’a pas l’air vraiment ravie de nous revoir, » fit remarquer le jeune homme à sa compagne.

« Julien, je suis très heureuse pour toi. Mais j’aurais simplement souhaité que votre venue ait été annoncée.

– Je comprends. Pardonne-nous si nous arrivons à un mauvais moment. Nous avions une bonne intention. »

Lynda accepta les excuses du jeune couple et les invita à prendre place et à déguster une tasse de café, accompagnée de quelques biscuits.

On parla de Paris, de l’hôtel Georges V, puis de la déchéance de Lynda, ainsi que de son relèvement. Elvire reprit la parole :

« Ne sois pas fâchée contre Julien, ma petite Lynda. C’est moi qui ai eu l’idée de venir te retrouver ici. C’était peut-être une mauvaise idée, mais je tenais vraiment à te revoir. J’ai du remord, tu sais. Je voudrais tant me faire pardonner. Je voudrais que tu redeviennes mon amie, comme autrefois.

– C’est vrai nous avons vécu des moments mémorables, et il faut le reconnaître, des cuites fameuses. Maintenant, nous n’aurons plus l’occasion de nous enivrer ensemble, mais nous aurons encore celle de nous amuser, si toutefois tu acceptes la compagnie d’une chrétienne engagée.

– Ma chérie, tes convictions et tes engagements importent peu. Ce qui compte, c’est que tu m’aies pardonné mon attitude. J’étais ton amie dans les jours d’abondance, et je t’ai abandonnée dans les jours de disette. »

Lynda réfléchissait aux dernières paroles de son amie :

« Et maintenant que la fortune tourne en ma faveur, je suis de nouveau ta chérie. Méfie-toi petite Lynda. »

Puis elle répondit :

« Je n’ai laissé mon adresse à personne. Comment m’as-tu trouvée ici ?

– Ma pauvre Lynda ! Tu crois me connaître, mais tu ne connais de moi que l’Elvire fêtarde et superficielle. À présent que nous sommes de nouveau amies, tu vas connaître la véritable Elvire, la profonde. Cette Elvire-là n’a pas fini de t’étonner.

– Eh bien ! Tant mieux ! Mais cela ne répond pas à ma question. Comment es-tu parvenue jusqu’à moi ?

– Disons que mon instinct m’a conduite.

– Mais encore ?

– Il y a un Sherlock Holmes, doublé d’un James Bond qui sommeillait en moi, et que j’ai réveillé. Mais comme te voilà inquiète, ma petite chérie, que je t’aie retrouvée si facilement !

– Ecoute, Elvire. Je suis venue ici avec mes amis dans le plus grand secret. En effet, ça m’agace de savoir que tu as découvert mon repaire dans ta boule de cristal. Promets-moi au moins de ne rien dire de ma présence en ce lieu. D’ailleurs, je ne sais pas ce qui me retient de vous ligoter tous les deux et de vous enfermer dans la cave tout le temps qu’il faudra.

– Crois-tu qu’une bonne amie telle que moi ne soit pas capable de garder un secret. Je serais muette comme une girafe. Nous allons rester cette nuit chez toi, et puis nous repartirons demain matin. Personne ne saura que nous t’avons revue.

– Me voilà rassurée. »



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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 13:46

Les Émotions du Centurion

Saynète en 2 tableaux

Personnages :

Marcus : centurion

Claudius : légionnaire

Flavius : légionnaire

PREMIER TABLEAU

Une rue de Jérusalem

CLAUDIUS

Avé Marcus ! Tu m’as l’air de méchante humeur, ce matin.

MARCUS

Centurion Marcus Cumulonimbus !

CLAUDIUS

Avé centurion Marcus Cumulonimbus ! Vous m’avez l’air de méchante humeur, ce matin.

FLAVIUS

C’est vrai qu’il n’a pas l’air joice, notre centurion.

CLAUDIUS

Qu’est-ce qui vous arrive, Centurion ?

FLAVIUS

On vous a vendu des fabas qui n’ont pas voulu cuire ?


MARCUS

Il m’arrive que j’en ai ras le casque, de ce métier.

CLAUDIUS

Nous aussi.

FLAVIUS

Ce n’est pas nouveau.

MARCUS

J’avais trois jours de permission. Je devais passer le viquendum à Césarée avec Priscillia et les enfants. Mon paquetage était déjà bouclé. Voilà qu’hier soir le bigus bossus en personne, Ponce Pilate, m’appelle dans son bureau : nous avons une crucifixion demain, qu’il me dit, et vous êtes affecté au service d’ordre.

–Mais, ma permission ?

– Je m’en lave les mains de votre permission, qu’il me répond. Vous pouvez disposer.

CLAUDIUS

Mince alors ! Une crucifixion ! Il décide ça comme ça ? À la dernière minute ?

MARCUS

Et moi qui leur avait promis de les emmener voir les gladiateurs ! Ce sont les petits qui vont être déçus ! Me voilà retenu dans ce bled jusqu’à samedi matin. Et le samedi, il n’y a plus rien qui circule, avec leur fichu sabbat ! Ah ! fichu pays ! Quand je pense que j’avais demandé la Lusitanie.

FLAVIUS

Il fallait demander la Judée, ils vous auraient affecté en Lusitanie.

MARCUS

Arrêtez de faire le loustic, Flavius Altostratus. D’ailleurs, je vous rappelle que vous faites partie des réjouissances. Et vous aussi, Claudius Stratocumulus.

CLAUDIUS

Je m’en moque, je n’ai pas de permission.

FLAVIUS

Moi non plus.

MARCUS

Tout ça pour trois malheureux brigands ! Ils ne peuvent pas la faire sans moi, leur crucifixion ? Engagez-vous, rengagez-vous, qu’ils disaient !


DEUXIEME TABLEAU

Golgotha

MARCUS

Ici nous sommes bien placés.

CLAUDIUS

Qui sont-ils, ces trois gars qu’on crucifie ?

MARCUS

Comme d’habitude, des assassins, des pilleurs de caravane.

FLAVIUS

Et celui du milieu ? Pourquoi ils lui ont mis une couronne d’épine ?

MARCUS

Ah ! Lui ? C’est un peu plus compliqué. Il a dit qu’il allait détruire le temple et le reconstruire en trois jours, alors ça a vexé les rabbins.

FLAVIUS

Drôle d’idée ! Mais tout de même, on ne crucifie pas les gens pour ça. Il a du faire quelque chose de plus grave.

MARCUS

En tout cas, il n’a tué personne. Il a dit aussi qu’il était le Fils de Dieu.

CLAUDIUS

C’est tout de même bizarre cette affaire. Il y a un écriteau au dessus de sa tête.


FLAVIUS

De si loin, je n’arrive pas à lire. Tu peux lire ? toi ?

MARCUS

 « Iesu Nasarensis rex ioudei. » Jésus de Nazareth, roi des juifs.

CLAUDIUS

Drôle de fin pour un roi ! Et drôle de couronne !

FLAVIUS

Voilà ! C’est pour cela qu’on l’a crucifié. Il s’est auto-proclammé roi, et ça n’a pas plu à Hérode.

MARCUS

C’est bien plus compliqué que cela. C’est rapport à la religion des gens du coin. Il a dit des choses qu’il n’aurait pas du dire. Ce sont les pharisiens qui font la loi dans ce pays. Pilate a bien essayé de les calmer, mais tout le monde voulait sa peau. Il a même essayé de l’échanger contre Barabbas, le bandit. Mais le peuple n’a rien voulu savoir. La foule hurlait : « Crucifie-le ! » Alors Pilate, il n’ a pas voulu faire d’histoires : S’il se produit des émeutes dans sa juridiction, ce ne serai pas bon pour sa carrière. Il a pris une bassine d’eau, il s’est lavé les mains, et il leur a dit : « Je suis innocent du sang de ce juste. Ceci vous regarde. »


FLAVIUS

Quel carnage !

MARCUS

Vous en avez vu d’autres sur le champ de bataille.

FLAVIUS

Quand même, ça me fait quelque chose.

Voix de JÉSUS

Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’il font.

FLAVIUS

Vous avez entendu ?

MARCUS

Je n’ai jamais entendu parler de pardon sur une croix.

CLAUDIUS

Moi non plus.

MARCUS

C’et homme là n’est pas ordinaire.

CLAUDIUS

Et si c’était vraiment un roi ?

FLAVIUS

Un roi ne pardonne jamais.

MARCUS

Mais, on dirait que la foule s’agite.

CLAUDIUS

C’est après lui qu’ils en ont.


Voix du PEUPLE

– Toi qui détruis le temple et le reconstruit en trois jours. Descend de ta croix.

– C’est vrai ! Qu’il se sauve lui-même, puisqu’il est venu sauver le monde !

FLAVIUS

Oui ! S’il est le roi des juifs, qu’il descende de sa croix !

CLAUDIUS

Mais tais-toi donc, Flavius ! Tu ne sais même pas ce que tu dis !

MARCUS

Mais qu’est-ce qu’ils font ceux-là ?

CLAUDIUS

Ils sont en train de jouer aux dés.

MARCUS

Les jeux sont interdits pendant le service. Je m’en vais leur faire un rapport, moi. Ça ne vas pas traîner ! Flavius, allez prendre leurs noms.

FLAVIUS

Pas question ! Je suis un deuxième classe comme eux. C’est vous le chef.

MARCUS

Bon. Nous réglerons ça plus tard.

FLAVIUS

Ils sont en train de jouer la tunique du crucifié.


CLAUDIUS

Ça me rappelle quelque chose cette histoire-là !… Quelque chose que j’ai lu… C’est ça ! C’est un de leurs poètes : David.

MARCUS

Vous lisez les poètes juifs, Claudius ?

CLAUDIUS

Ce n’est pas parce que je suis porteur de pilum que je suis béotien.

MARCUS

Moi aussi, j’ai essayé de lire leurs livres sacrés, la Torah, les Prophètes. Ce n’est pas facile à comprendre.

CLAUDIUS

Ce qui est extraordinaire, c’est que le poète parle de ses mains et pieds percés, comme si c’était lui même qu’on crucifiait.

FLAVIUS

Mais c’est nous, les romains qui avons inventé la crucifixion. Pas les juifs !

Voix de JÉSUS

Éli, Éli, lama sabachtani !

FLAVIUS

Qu’est-ce qu’il a dit ?

MARCUS

Je ne sais pas. C’est de l’araméen.

CLAUDIUS

Éli, ça veut dire : Dieu. Mon Dieu… Mon Dieu… Pourquoi ?… Pourquoi m’as-tu abandonné ? Oui. C’est cela ! Mon Dieu ! mon Dieu ! Pourquoi m’as tu abandonné. C’est le début du poème en question. Vous ne trouvez pas cela troublant ?

MARCUS

Il le connaît sûrement par cœur.

FLAVIUS

Nous ne sommes pas à un concours de poésie, ici. S’il a dit cela, ce n’est pas sans raison.

MARCUS

David est mort il y a plus de mille ans, et il connaissait cet homme, et il savait comment il allait mourir.

(long silence)

Voix du PREMIER BRIGAND

Si tu es le Sauveur, sauve-toi, et sauve-nous.

MARCUS

Encore leurs blagues à un sesterce !

CLAUDIUS

Qui a dit ça ?

FLAVIUS

Celui de droite.

Voix du DEUXIEME BRIGAND

Arrête ! Nous payons pour nos crimes, mais lui, il est innocent. Crains Dieu !

(silence)

Jésus de Nazareth ! Souviens-toi de moi quand tu sera dans ton règne.

Voix de JÉSUS

En vérité, en vérité, je te le dis. Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis.

MARCUS

Vous croyez qu’il l’a sauvé ?

CLAUDIUS

Regardez son visage ! Ce n’est plus celui d’un brigand.

FLAVIUS

Il fait nuit.

CLAUDIUS

Où est passé le soleil ?

MARCUS

Ce n’est pas normal tout ça.

CLAUDIUS

Vous entendez ce grondement.

FLAVIUS

C’est l’orage.

MARCUS

Non, c’est un tremblement de terre.

FLAVIUS

Et si la terre s’ouvrait sous nos pieds ?

CLAUDIUS

J’ai peur.


MARCUS

Comment-ça ? Vous avez peur ! Des soldats de l’armée romaine ! Mais vous êtes des légionnaires ou des moineaux ?

Hm !… En fait, moi aussi, j’ai peur. J’aimerais mieux être en face de trois cents ostrogoth, n’importe où, ailleurs qu’ici.

Voix de JÉSUS

Tout est accompli.

MARCUS

Il est mort.

CLAUDIUS

Regardez ! Les prêtres arrivent en courant. Ils ont l’air complètement affolés.

MARCUS

La rumeur monte jusqu’ici.

(Ils se taisent pour écouter)

Il s’est passé quelque chose dans le temple.

FLAVIUS

Quelqu’un a déchiré le voile sacré.

MARCUS

Qu’ils attrapent le gaillard qui a fait ça ! Qu’on le crucifie et qu’on n’en parle plus.

CLAUDIUS

(tendant l’oreille pour écouter).

C’est pire que ça : Ils ont vu le rideau se déchirer de haut en bas. Tout seul, ou par une main invisible.

MARCUS

(après une longue réflexion)

Cet homme était vraiment le Fils de Dieu.

CLAUDIUS

Oui…

FLAVIUS

Oui…


Châteaudun, 12 janvier 2010

Par Lilianof - Publié dans : PLACE AU THEATRE - Communauté : auteurs dramatiques chrétiens
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